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Rencontre

Claire Chazal à « L’OLJ » : On m’a accusée de complaisance envers des hommes politiques

Claire Chazal, star du JT de TF1, relate pour « L'Orient-Le Jour » son parcours, en marge de la conférence « Women in the front lines 2015 » organisée à Beyrouth par la Fondation May Chidiac.

Claire Chazal, lors d’une entrevue exclusive avec « L’Orient-Le Jour », en marge de la conférence.

Elle était loin de se douter de sa grande popularité au pays du Cèdre, où sont salués sa simplicité, sa classe, son professionnalisme et son légendaire sourire. Elle était à mille lieues d'imaginer que « ce lien incroyable » qui unit la France aux Libanais était « si fort ». Claire Chazal, star du 20 heures de TF1, invitée vedette de la conférence « Women in the front lines 2015 (Femmes sur les lignes de front) », organisée par la Fondation May Chidiac à l'hôtel Phoenicia, se confie en exclusivité à L'Orient-Le Jour. Agréablement surprise par « cette proximité » et « cette ressemblance » entre les deux cultures, elle se dit « très touchée ». Touchée d'entendre les Libanais manier si bien la langue de Molière, alors que les Français « pratiquent mal » les langues étrangères. Touchée, au point de se plier de bonne grâce aux sollicitations de nombreux participants et participantes à la conférence, pour une photo-souvenir, une question, un compliment. « Je n'ai jamais senti à ce point-là cette chaleur et cette amitié », avoue celle qui s'invite, au quotidien, dans nombre de foyers libanais. « Merci de nous regarder, c'est très important pour nous », dit-elle, dans un message d'amitié aux téléspectateurs du Liban.


La rédactrice en chef de l'information de TF1 tient pourtant à rester modeste. Elle rappelle ses débuts dans la profession où elle a « tapé aux portes » avant d'être embauchée dans la presse écrite, au journal Le Quotidien de Paris, munie de son diplôme d'HEC et d'un DEA d'économie de l'université Paris II-Panthéon Assas. « J'y ai appris le métier avec Philippe Tesson, mon modèle et parrain. Un excellent souvenir, malgré le manque de moyens », affirme celle qui se lançait aussi, à l'époque, dans le reportage radio.

 

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Volonté de féminiser le JT
C'est par hasard que Claire Chazal est arrivée à la télévision. « Chez nous, il y avait du mépris pour la télé, mes parents de milieu modeste aimaient les livres (un père instituteur devenu énarque, une mère professeure agrégée de lettres). L'instruction était pour eux un moyen de sortir de la pauvreté. Moi j'aimais écrire. » Sur Antenne 2 (aujourd'hui France 2), elle apprend sur le tas « à mettre des mots sur les images ». Le défi est de taille. Mais la journaliste séduit, par sa façon personnelle de transmettre l'information. Elle est récompensée du « 7 d'or » du meilleur présentateur de journal télévisé avant de rejoindre TF1 en 1991. « J'avais 35 ans », se souvient-elle. Et contrairement à la femme libanaise qui souffre si souvent de discrimination dans le monde professionnel et dans la vie politique, Mme Chazal n'a pas besoin de jouer des coudes. « Je n'ai pas souffert de machisme. Il y avait une volonté de féminiser le journal télévisé », révèle-t-elle. Alors son JT, elle le prépare, écrit ses textes et le présente avec l'aide d'une équipe de journalistes de terrain. Elle reçoit également des invités en direct. « On ne peut présenter un journal qu'on n'a pas contribué à préparer », explique-t-elle. Et si elle ne court pas de risques, elle essaie de rendre compte des événements « le mieux possible ». De présentatrice du JT, elle en devient la rédactrice en chef, avant d'être nommée directrice adjointe de l'information à TF1.


Mais comme toute mère, elle est confrontée à un choix, celui de poursuivre sa carrière tout en ayant un enfant. « J'ai eu la chance d'avoir les moyens d'élever mon fils en étant aidée », confie-t-elle. La journaliste reconnaît avoir eu le privilège de ne travailler qu'une partie de la semaine. « J'ai eu le sentiment d'avancer en même temps que mon fils grandissait. Je n'ai donc ressenti aucune culpabilité. » A-t-elle le sentiment d'avoir réussi ?
« Je ne sais pas, mais j'ai fait avec mon cœur. Nous sommes soudés », observe-t-elle. Elle comprend certes que certaines mères se sentent coupables de travailler. « Ne pas attendre son enfant à la maison, mais avoir des choses à faire durant la journée, est libérateur, lance-t-elle. Et puis une mère qui travaille n'est pas un poids pour ses enfants. » C'est dans cette optique « d'émancipation de la femme » que Claire Chazal est marraine de l'association « Toutes à l'école », qui milite pour l'éducation des filles au Cambodge. « L'éducation des filles évite les mariages précoces et la prostitution. Elles ont un bagage qui les rend plus aptes à se défendre », observe-t-elle.

 

Portée par le monde de la culture
Des difficultés professionnelles, Claire Chazal en a eu. Elle y a fait face. « J'ai été accusée par des confrères de complaisance envers certains hommes politiques lors d'interviews. On m'a reproché de ne pas avoir été assez agressive. Il s'agissait pourtant de questions personnelles et ces hommes étaient jetés en pâture, y compris sur mon plateau. » Elle cite à ce propos Laurent Fabius dans l'affaire du sang contaminé, Dominique Baudis dans une affaire de prostitution et Dominique Strauss-Kahn... La journaliste a également été critiquée pour avoir fait « une biographie trop lisse d'Édouard Balladur. « Il m'est difficile d'affronter les personnes que j'interviewe, je préfère les mettre en confiance », avoue-t-elle. La journaliste, qui « ne regrette rien », n'hésite pas à pratiquer l'autocritique. « Je n'ai pas dû être à la hauteur dans ces situations. En même temps, la rumeur peut si facilement salir l'image de certaines personnalités. »


Les grands moments n'ont pas manqué, fort heureusement, parmi lesquels les événements sportifs. « Nous avons fait des journaux d'exception lors de la Coupe du monde de foot. » Claire Chazal s'est rendue dans les stades pour couvrir ces « moments joyeux ». Elle se remémore à ce titre les interviews de champions, parmi lesquels le célèbre joueur du PSG, Zlatan Ibrahimovic. Également parmi les « moments de grâce », les rencontres et événements culturels, qu'elle considère comme « les plus merveilleux. » « Le monde de la culture me porte aujourd'hui », indique-t-elle, qualifiant sa rencontre avec Richard Gere « d'inoubliable ».
« J'ai de la chance », dit enfin Claire Chazal tout sourire. La directrice adjointe de l'information de TF1 est consciente qu'elle occupe une « place enviable, enviée et convoitée ». « Ce n'est pas un emploi à vie », reconnaît-elle, avec une sérénité relative. Pour l'heure, ce qui la met hors d'elle-même, c'est un éventuel ratage ou une mauvaise interview. « Mais il faut accepter l'erreur, estime-t-elle, c'est ce qui fait l'humanité d'un journal télévisé. »

 

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