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Liban

« Le choix du président libanais est une affaire syrienne, avait intimé Assad à Hariri »

TSL

Reprise des témoignages « politiques » à La Haye avec Ghaleb Ahmad Chamaa.

11/02/2015

Homme de confiance de Rafic Hariri, dont il fut également l'ami d'enfance, Ghaleb Ahmad Chamaa a livré hier son récit aux juges de la chambre de première instance du Tribunal spécial pour le Liban, chargé de juger les assassins de Rafic Hariri. Durant une journée, le témoin a décrit sa relation avec l'ancien Premier ministre, le rêve qu'ils partageaient sur l'avenir du Liban mais aussi les déceptions successives de le voir se réaliser à la lumière des relations conflictuelles entretenues avec le régime syrien. Le témoin évoquera tour à tour le rôle que l'ancien Premier ministre a joué dans la perspective des accords de Taëf, la dégradation progressive des relations libano-syriennes et les tentatives inlassables de Rafic Hariri de pouvoir arracher le Liban des griffes de l'occupant syrien.


M. Chamaa relate son amitié de longue date avec l'ancien Premier ministre, leur séjour en Arabie saoudite et le retour au Liban dans les années 90 lorsque Rafic Hariri entame son chantier de reconstruction, édifiant en parallèle son réseau de services sociaux, dont la Fondation Hariri.
M. Chamaa, qui a accompagné l'ancien Premier ministre durant toute la période de gestation des accords de Taëf, « amorcés à l'initiative du roi saoudien Fahd ben Abdel Aziz », explique comment ce dernier avait développé une relation de confiance avec Rafic Hariri. L'ancien Premier ministre est alors désigné comme médiateur pour les pourparlers par le roi, qui « admirait sa manière de faire », dit-il. « Le brouillon des accords fera l'objet de plusieurs amendements de sorte à convenir aux différentes parties », rappelle le témoin. La clause relative au retrait syrien du Liban « sera toutefois la plus ardue », explique-t-il, soulignant que ce point avait nécessité un va-et-vient continu et de nombreux efforts avant sa rédaction finale.


M. Chamaa, qui suivait fidèlement Rafic Hairi dans toutes ses tournées auprès des responsables, notamment à Damas, évoque longuement le changement d'attitude et de ton des responsables syriens à l'égard de l'ancien Premier ministre. Hafez el-Assad entretenait une relation de respect à l'égard de Rafic Hariri, ce qui devait foncièrement changer avec l'accès de son fils Bachar à la présidence, confie le témoin.
« Avec Hafez el-Assad, la relation était acceptable. Les deux hommes s'entendaient plutôt bien sur les questions fondamentales. (...) Après la mort de Hafez, la relation est devenue de type hégémonique, marquée par l'animosité et la provocation. » Une fois Bachar el-Assad au pouvoir, les services de renseignements ont acquis un rôle prépondérant dans la relation entre Rafic Hariri et le régime syrien, « Rustom Ghazalé étant devenu le fer de lance du pouvoir syrien au Liban ». M. Chamaa évoque alors la célèbre réunion qui a regroupé Rafic Hariri avec Bachar el-Assad en présence des trois généraux, Rustom Ghazalé, Ghazi Kanaan et Mohammad Khallouf, en août 2004, et dont l'ancien Premier ministre est sorti « humilié ». « Bachar el-Assad avait utilisé un ton très dur pour intimer à l'ancien Premier ministre que le choix du président libanais était une affaire syrienne », dit-il.


M. Chamaa explique comment progressivement les espoirs de Rafic Hariri de pouvoir amener les Syriens à adopter son point de vue et à desserrer l'étau autour du Liban se sont progressivement estompés. Petit à petit, il a été gagné par le désespoir, convaincu désormais que Damas ne rallierait jamais sa position, alors qu'augmentaient les pressions exercées sur lui.
L'avènement de la résolution 1559 de l'Onu et le Syrian Accountability Act adopté par le Congrès américain devaient refléter les attentes de l'ancien Premier ministre pour ce qui est de l'application des accords de Taëf.
Rafic Hariri a cependant tenu à envoyer un message aux Syriens leur signifiant qu'il n'était pas l'instigateur de la 1559, mais en vain. « Ils persistaient à vouloir lui en faire assumer la responsabilité, affirme M. Chamaa. Ils étaient convaincus qu'il était derrière cette décision. »
Selon lui, le retrait d'Israël du Liban en 2000 devait être une autre période-clé et nourrir les espoirs d'un retrait syrien, dit-il. « Mais personne n'osait en parler à l'époque. Rafic Hariri en rêvait, mais ne croyait pas que cela était réalisable. »


En automne 2004, Rafic Hariri avait complètement désespéré de pouvoir convaincre les Syriens de sa vision et ce à quoi il aspirait, notamment la fin de leur ingérence au Liban, sans pour autant que cela ne menace leurs intérêts. En bref, « une relation fondée sur l'amitié et non sur un rapport de gouvernant à gouverné », précise le témoin.
Conscient que ses communications téléphoniques étaient sur écoute, l'ancien Premier ministre prenait ses précautions. Parfois même, il en profitait « pour envoyer des messages aux Syriens ».
M. Chamaa évoque enfin les multiples réunions qui ont eu lieu entre le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et Rafic Hariri, « parfois chez un ami commun et parfois au siège du parti dans la banlieue sud ». L'ancien Premier ministre comptait sur le chef du parti, principal allié de la Syrie, pour tenter de trouver une issue à l'impasse et réfléchir à l'avenir du Liban. « Il cherchait en outre à convaincre Hassan Nasrallah qu'il n'avait pas l'intention de faire front à la Syrie ou de comploter contre le régime de Damas, mais qu'il aspirait tout simplement à établir des relations saines entre les deux pays. »


Quant aux armes du Hezbollah – une question qui se posait avec force à l'extérieur, notamment aux États-Unis – elles devraient faire « l'objet d'une entente interlibanaise, avait promis Rafic Hariri à Hassan Nasrallah ».
Pour ce qui est de la 1559, Rafic Hariri avait proposé au cours de ses rencontres avec le secrétaire général que son application se fasse en deux étapes : un retrait syrien jusqu'à la Békaa lors d'une première étape et un retrait total au cours d'une seconde étape. « Il n'a pas pu convaincre les Syriens », conclut le témoin.

 

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Gebran Eid

PRESIDENT, 1er MINISTRE, MINISTRES, CHEF DE L'ARMÉE, DÉPUTÉS ET MÊME LES JUGES ET TOUS LES POSTES CLEFS, NE NOUS CONCERNENT PLUS NOUS LES LIBANAIS DEPUIS L'ARRIVÉE DE SLEIMAN FRANGIEH QUI A VENDU LE PAYS À LA FAMILLE ASSAD. C'EST LA TRISTE RÉALITÉ. CE QUI EST ÉTONNANT C'EST QUE LE PETIT FILS DE SLEIMEN EST TOUJOURS LÀ CONCIDÉRÉ COMME UN GRAND CHEF DANS CE PAYS. VA COMPRENDRE TOUT ÇA.

Le Faucon Pèlerin

Question pour un champion
L'ONU est formée de 193 pays indépendants, tous reconnaissent l'indépendance du Liban sauf un. Lequel ?
Réponse : La Syrie.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Ils se sont jetés d'eux-mêmes dans la sale gueule de ce lionceau, puis viennent après coup pleurnicher ! Franchement niais et puînés, ces Libanais(h).

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAUVRE LIBAN... PRIS ENTRE LE MARTEAU PERC(S)É ET L'ENCLUME SYRIENNE !

Halim Abou Chacra

"Le choix du président libanais est une affaire syrienne, avait intimé Assad à Hariri". Et aujourd'hui le choix d'un président libanais est une affaire iranienne, à travers le Hezbollah, bras de l'Iran au Liban. La tutelle a changé de mains. Jusqu'à nouvel ordre, c'est tout et ça résume tout.

FAKHOURI

« L’Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi l’Etat, je suis le peuple.” »
de Friedrich Nietzsche
Extrait de Ainsi parlait Zarathoustra

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