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La Dernière

Michelle et Noël Keserwany, dites-le en musique !

Rencontre

Pour dénoncer, appuyer là où ça fait mal en toute légèreté, les sœurs Keserwany ont choisi la dérision et la musique, plaisanter sur des sujets sérieux, pour en parler, à leur façon, pour se faire entendre. Et ça marche ! Leurs vidéos « Jagal el-Usek », « al-Jamal bi Wassat Beirut », puis « Panique bel Parlement » ont créé le buzz, suivies par plus de 300 000 personnes...

Carla Henoud | OLJ
15/09/2014

Elles sont presque jumelles, non pas physiquement, pas réellement, mais de cœur, dans leur démarche, leurs goûts et leur talent. Michelle, 26 ans, et Noël, presque 24, forment un parfait duo Keserwany. Toutes les deux munies d'un master en publicité et graphisme, toutes les deux illustratrices en free-lance, elles sont toutes les deux tombées dans cette aventure musicale sans vraiment la chercher. Et elles sont, bien entendu, toutes les deux ravies...

Tout a commencé à la fac, lorsque, encore étudiante, Michelle enregistre, avec un simple téléphone, une chanson intitulée Jagal el-Usek. Sur une musique et des paroles signées par elle, cette satire du jeune étudiant libanais, même si les clichés y sont volontairement très présents, enregistrée uniquement pour son plaisir, apparaît, sans même qu'elle ne le sache, deux ans plus tard sur les réseaux sociaux. En colère, mais également ravie de voir le succès inattendu et spontané qui a suivi, elle décide d'en filmer une version remasterisée. Les figurants-acteurs sont eux-mêmes des élèves, Jagal ou pas, de l'Usek. La vidéo, postée sur les réseaux sociaux, fait rapidement le tour de la Toile. Les deux sœurs, se sentant l'âme de compositrices-chanteuses, réunissent alors 10 titres dans un album paru en 2011 et rapidement Sold out.

 



Suivront des invitations à participer à des concerts et autres festivals, de Beyrouth à Tannourine, dans des endroits underground ou branchés. Sans se prendre au sérieux, elles prennent un malin plaisir à délivrer des messages perçus par une génération pressée. « Au cours d'une soirée de gala au profit d'une ONG, raconte Michelle, une personne travaillant pour MTV, et qui avait apprécié notre performance, propose de produire notre prochain projet. » Ce nouveau projet, un cran plus élevé dans la satire et le message, un cran plus social, plus grinçant, consistait, pour les Keserwany Sisters, à débarquer par surprise au centre-ville de Beyrouth... à dos de chameau, portées par le son et les paroles de leur chanson al-Jamal bi Wasat Beirut. L'entreprise a été difficile, trouver des chameaux – il n'y en a que quatre au Liban –, les déplacer, préparer caméras, effectifs, et ne pas se laisser impressionner par les services de l'ordre et les badauds, tous particulièrement étonnés, certains carrément choqués.

« Nous voulions, à notre façon, dire que la ville appartient à tous, même aux personnes qui n'ont pas de gros moyens. Sans insulter, sans agresser. » Le clip fera le tour de Facebook, YouTube et autre Twitter, les gens sourient et applaudissent l'audace. « Nous avons voulu aller encore plus loin, poursuit Michelle, forte de ce succès, car finalement, tous nos projets sont liés... Parler de ce qui se passe dans la ville en transposant les problèmes quotidiens du citoyen au Parlement. » Dans leur scénario catastrophe, les députés, enfermés ensemble, subiront le manque d'eau, d'électricité, de confort. Perdront la tête, se feront des petites guerres dans un chaos total. Ainsi naîtra Panique bel Parlement, sur une animation et des dessins signés Michelle et Noël. « Nous avons l'air de plaisanter, mais en fait, nous ne plaisantons pas, confie-t-elle. Nous n'avons pas plus de prétention que juste d'être regardées. C'est déjà une victoire. »

 

 


Le secret de leur réussite réside dans une rapidité de création et de mise en image, beaucoup d'énergie, un travail collectif, bien organisé, et une équipe homogène. Outre Michelle et Noël, citons Angèle Keserwany, la troisième sœur et directrice artistique, Mira Abou Malhab et Élie Mhanna, graphistes, costumiers, producteurs, et Liliya Helou, responsable de l'animation. Travaillant également sur des projets plus importants, encore confidentiels, Michelle et Noël s'avouent complémentaires, se comprennent à demi-mot, font tout à 4 mains dans une complicité qui « facilite beaucoup les choses ». Naviguant entre les concerts, les compositions et les clips à venir, Michelle conclut, pour les deux : « Je suis tout le temps très heureuse. Tous les matins je me réveille satisfaite de faire ce que je fais. »


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