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La Dernière

L’énergie recyclable de Ziad Abichaker

Rencontre

Il est à la fois passionné, poète à sa façon, un idéaliste écolo qui a su transformer ses utopies en réalité. Mettre son savoir au service d'un pays qu'il aime, et qu'il aime vert et (plus) intelligent. Ziad Abichaker, fondateur et CEO de la société de recherches et de développement Cedar Environmental, recycle les déchets des municipalités et les transforme. Il en a même fait des verres, cruches et autres vases en verre soufflé sous le label Green Glass Recycling.

Carla Henoud | OLJ
01/09/2014

Il arrive à l'interview les bras chargés d'un cadeau, une boîte en carton – recyclé, évidemment – et un très beau sourire aux lèvres. Dans la boîte magique, 4 verres labélisés Green Glass Recycling Initiative Lebanon, GGRIL, un projet dont il est particulièrement fier et sur lequel il reviendra longuement. Sa passion pour son métier et toutes les possibilités encore inexploitées, sa passion pour le Liban se ressentent dans chaque mot, chaque histoire et idée qui jalonnent son parcours et son discours. « Je suis un homme heureux, dit-il. J'ai découvert très tôt ma passion dans la vie : les poubelles ! » Sur sa carte de visite, un cèdre vert, rafraîchi, rajeuni, est encerclé d'une énergie recyclable. On y lit immédiatement la vocation de Ziad Abichaker, à la fois écologique et pédagogique, qui se résume en une phrase : « Zéro gâchis au niveau des déchets municipaux. » Pas étonnant qu'il ait obtenu en 2011 le prix Synergos de Arab World Social Innovators...

Théorie et pratique

C'est en 1999, fort de ses années passées à la Rutgers University, College of Engineering, des années d'études et de recherches, que le jeune ingénieur industriel retrouve le Liban muni d'une licence et d'un master en génie environnemental, et surtout d'un brevet baptisé Dynamic Composting Technology, une méthode qui permet de réduire la période de fermentation des déchets de 90 à 3 jours. Il fonde alors Cedar Environmental, propose également une solution aux déchets des abattoirs et, quelques années plus tard, obtient un troisième brevet intitulé Eco-Board pour recycler les sacs en plastique et le packaging en les transformant en panneaux durables qui peuvent être réutilisés dans la création d'unités préfabriquées, de toilettes publiques, de murs ou encore de toits verts.

« On nous a toujours parlé de la difficulté de se débarrasser des sacs en plastique, explique-t-il. J'ai fait la réflexion inverse et j'ai pensé utiliser la résistance de ce matériau au temps, à la pluie, pour en faire quelque chose de bien et de durable. » Avec Eco-Board, Ziad est parti à la chasse aux projets intéressants. Et d'abord, les écoles. « Je crois énormément au potentiel et à la réceptivité des enfants et des femmes », confie-t-il. Auprès de cinq écoles, en 2013, dix en plus cette année, il a appris à ces jeunes écoliers comment recycler les papiers et autres emballages de friandises puis à les transformer en bancs, tables et murs. « Ils ont pu voir le résultat d'un geste simple et apprécier. » La viabilité d'Eco-Board réside dans les nombreuses déclinaisons possibles. Ainsi, Ziad Abichaker a recyclé 2 millions de sacs en plastique pour ériger sur 400 m² le bâtiment de la microbrasserie Colonel à Batroun qui fabrique une bière 100 % naturelle. Et ses idées ne manquent pas...

Recycler le verre

L'une des premières activités de Cedar Environmental a été de récupérer des municipalités les millions de bouteilles de bière (quelque 60 millions) et de vin (10 millions) consommées chaque année au Liban, et de réduire leur volume grâce à un broyeur également conçu par lui. « Jusqu'en 2006, explique Ziad, on vendait ces bouteilles à l'usine Maliban, dans la Békaa. » Mais lorsque, cette année-là, l'usine a été bombardée et totalement détruite, il a fallu trouver une autre solution à ces tonnes de bouteilles emmagasinées. « Dans nos usines, il est hors de question de jeter quoi que ce soit... » précise-t-il inlassablement. Le hasard aidant, Ziad fait la rencontre de Hussein Khalifeh, sans doute l'un des derniers souffleurs de verre au Liban. Avec ses frères, guettés par le chômage et l'extinction d'un savoir-faire artisanal précieux, à la veille de mettre fin à l'activité familiale, cette rencontre sera salutaire. « Il a été la solution à notre problème, et nous avons pu sauver son métier et son savoir-faire. » Naîtra ainsi Baal, une ligne de verres, carafes, vases, lampes et cruches disponibles en 4 couleurs, à des prix défiant toute concurrence, vendus à Plan Bey, Tawlet, à T Marbouta, au musée de l'AUB, dans quelques autres points de vente de la ville et en ligne.
Vient alors le moment d'ouvrir le paquet. Les verres sont simples, beaux, et confirment que la fabuleuse énergie de Ziad Abichaker est essentiellement recyclable... et contagieuse.


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Soeur Yvette

Avis a ces incapables....Ziad Achkar existe chez nous et d'autres...

Irene Said

Dire que des personnes comme Monsieur Ziad Abichaker existent chez nous...

et que l'on continue à perdre du temps, de l'argent, ainsi que notre environnement, en laissant des INCAPABLES dans ce soi-disant "Ministère de l'Environnement"...

Irène Saïd

NAUFAL SORAYA

Bravo!

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