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Moyen Orient et Monde

Face à l’hostilité à l’encontre du Hamas, le jeu du Caire est plutôt de renforcer l’Autorité palestinienne

Trois questions à

Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l'Institut Thomas More.

01/08/2014

Le blocus de Gaza est l'œuvre de deux acteurs : Israël et l'Égypte. Pourquoi le rôle complice du Caire n'est pas mis en lumière ?
Le terme de complice n'est peut-être pas adéquat. L'État égyptien a signé les accords de Camp David qui ont ouvert la voie à un traité de paix israélo-égyptien (1979). De par ce traité, l'Égypte est associée aux questions de sécurité autour de la bande de Gaza et elle a contracté un certain nombre d'obligations.
De surcroît, Le Caire redoute une extension du désordre et du terrorisme au Sinaï, en liaison avec les divers trafics de part et d'autre de la frontière avec Gaza. Aussi, l'armée égyptienne n'est-elle pas disposée à rouvrir cette frontière. Il est à noter que l'ancien président issu des Frères musulmans, Mohammad Morsi, s'était lui aussi montré prudent sur cette question. Il avait eu recours à l'armée pour combattre des mouvements terroristes implantés au Sinaï.
La discrétion sur le rôle de l'Égypte attire l'attention sur le décalage entre les rhétoriques géopolitiques unitaires qui ont cours au Proche-Orient, envers et contre Israël, et une géopolitique régionale fragmentée, voire éclatée. Progressivement, le conflit israélo-arabe s'est transformé en un conflit israélo-palestinien. Puis le mouvement palestinien s'est divisé.
Enfin, c'est l'ensemble de la région, depuis la Méditerranée orientale jusqu'au golfe Arabo-Persique, qui est menacée d'éclatement. Voir la guerre en Syrie, avec l'instauration d'un pseudo-califat, l'effacement de la frontière Syrie-Irak... Les problématiques géopolitiques régionales dépassent très largement la question palestinienne.

 

(Eclairage : USA - Israël, une relation de confiance à toute épreuve)

 

Aujourd'hui, seule l'initiative égyptienne pour une trêve est sur la table. Quels en sont les éléments ? Porte-t-elle sur les tunnels ou sur le désarmement du Hamas ?
Schématiquement, l'initiative égyptienne est fondée sur le principe de la démilitarisation de Gaza contre l'allègement puis la levée du blocus économique. Les différentes initiatives et les négociations diplomatiques tournent autour de cette idée qui relève du bon sens. Toute la difficulté repose sur l'absence de confiance réciproque et l'accumulation des haines. De surcroît, le Hamas ne reconnaît pas le droit à l'existence d'Israël, ce qui pose un problème de fond.
Le Hamas a argué du fait qu'il n'était pas informé en amont de l'initiative égyptienne pour refuser cette proposition de cessez-le-feu et ses conditions politico-militaires. Du côté israélien, les autorités politiques veulent atteindre leurs objectifs militaires sur le terrain – destruction maximale de l'arsenal du Hamas et des tunnels qui permettent à des groupes armés de surgir sur le territoire israélien –, avant de s'engager pleinement dans la négociation d'un cessez-le-feu. Au-delà du cessez-le-feu, la question d'un État palestinien et de ses modalités concrètes est toujours ouverte. Le provisoire est appelé à durer encore, les phases de non-guerre, le lancement de roquettes sur Israël, suivi de représailles militaires et les opérations militaires de plus grande envergure, se succédant.

 

(Eclairage : Plus que jamais derrière leurs soldats, les Israéliens ne veulent pas d'une guerre « pour rien »)

 

L'animosité affichée du régime égyptien envers le Hamas peut-elle saboter son rôle de médiateur dans le conflit ? Y a-t-il d'autres acteurs-clés qui pourraient faire figure de médiateur (Arabie saoudite, Iran, Qatar...) ?
Il est vrai que l'hostilité du pouvoir égyptien à l'encontre du Hamas ne facilite pas la chose. Le jeu du Caire est plutôt de renforcer l'Autorité palestinienne. Rappelons que le Hamas est la branche palestinienne des Frères musulmans, ceux-ci étant pourchassés pour terrorisme depuis le coup de force des militaires, l'été dernier. En 2012, Mohammad Morsi, le président déchu, avait joué un rôle important dans la négociation d'un cessez-le-feu.
Pourtant, l'Égypte de Moubarak, guère favorable elle aussi aux « Frères », a pu jouer ce rôle dans le passé. Et ces toutes dernières années, le Hamas a perdu une partie de ses « sponsors » internationaux, dont le pouvoir syrien d'Assad et le régime chiite iranien. Les chefs du Hamas ne peuvent donc ignorer Le Caire, et Khaled Mechaal (le chef du Hamas) aurait accepté de se rendre en Égypte. Le Caire est toujours un acteur central dans cette question géopolitique.
Si Ankara et Doha peuvent jouer les utilités, leur pouvoir d'intermédiation est plus limité qu'il y a quelques années encore. Pour Israël, la Turquie n'est plus le partenaire stratégique d'autrefois et les relations bilatérales sont très abîmées. D'une manière générale, la diplomatie turque d'intermédiation et la politique du « zéro problème » aux frontières, incarnée par Ahmet Davutoglu (le ministre turc des Affaires étrangères), se sont fracassées sur les réalités géopolitiques régionales.
Quant au Qatar, le conflit en Syrie ne tourne pas à son avantage. Ses voisins et partenaires du Conseil de coopération du Golfe (CCG), dont l'Arabie saoudite, exercent de fortes pressions sur Doha, et la diplomatie qatarie a perdu en efficacité. L'Arabie saoudite est tout à la fois centrée sur ses problèmes domestiques (dont la question sensible de la succession dynastique) et la géopolitique du golfe Arabo-Persique (éclatement de l'Irak et question iranienne).
Seuls les Occidentaux – c'est-à-dire les Américains et les Européens – pourraient, de concert, jouer le rôle de tiers pacificateur, mais la tâche n'est guère aisée. Ils ont leurs propres contradictions. Aussi et surtout, le contexte international et le durcissement général ne sont pas favorables (voir la situation en Ukraine et la « paix froide » avec la Russie).

 

Voir aussi
30 juillet 2014 : une journée (en images) dans la bande de Gaza

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LA TABLE RONDE

Ce que je sais c'est que c'est pas Sissi le traitre qui ira boucher les tunnels de ses propres mains , il donnera des ordres qui seront exécutés ou qui ne le seront pas !! l'être humain a des faiblesses , faut savoir lui parler !!

Sabbagha Antoine

Le HAMAS devra donc négocier au nom de la paix sinon il perdra avec le temps toute son autorité sur Gaza .

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