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Culture

Le Titanic ou la danse de la mort dans un vaisseau fantôme naufragé...

Festivals - Beiteddine

La danse contemporaine pour habiter le pont et les soutes à charbon du Titanic, vaisseau naufragé revenu hanter la grande cour du Palais des Eaux à Beiteddine, en cours de week-end.

28/07/2014

Le paquebot Titanic, fierté de l'industrie maritime du siècle dernier, coule en heurtant un iceberg lors de son voyage inaugural de Southampton à New York. Plus de 1 500 personnes périssent par une nuit froide et solitaire dans le mugissement des flots et le fracas du plus luxueux espace de loisir entre mer et ciel. C'était le 14 avril 1912.
Un siècle plus tard, les hommes se souviennent encore de cette terrible catastrophe. On oublie livres et films impressionnants inspirés par cet effroyable événement et on se penche ce soir sur la version dansée que propose, avec originalité et d'ingénieux accessoires de scène de haute technologie, le Ballet national de Marseille sous la férule du chorégraphe belge Frédéric Flamand et surtout du scénographe et vidéaste vénitien Fabrizzio Plessi.
Un moment grave et presque cérémonial où plane l'ombre de la mort dès les premiers pas et les premières images en noir et blanc. Une mort, une angoisse et une gravité accentuées, presque amplifiées à outrance, par une musique pointue, pesante, stridente, constamment tendue. Ce n'est pas pour rien que les partitions, surtout de Schnittke, jettent une atmosphère de fébrilité, d'agitation, d'oppression et de tension.
Dans un décor de proue de bateau et d'immenses rouleaux à câbles en bois, quelques danseurs entament une ronde endiablée sur le quai avant un grand départ promis à l'insouciance et au luxe. L'appel du large se fait clair. Les passagers se prélassent sur leur transat et comme dans un bal viennois, les couples se forment et, chevilles lestes, tourbillonnent comme pour une valse élégante. Torses bombés, fracs bien taillés, chapeaux au vent, robes froufroutantes. Et puis brusquement, sur la passerelle, au-dessus des rangées de hublots illuminés, par-delà un ouragan mugissant, le crash fait tanguer tout le monde. Sur un air de Dvorak, d'une lumineuse légèreté.
Et le drame s'enclenche. Sous le choc, la masse flottante se scinde comme une coque de noix creuse. Déroute et débâcle aussi bien dans la chambre des machineries que sur les pontons. Et la cavalcade et le sauve-qui-peut pour un brin d'équilibre se précise.
La danse ici est loin de toute prouesse ou virtuosité. Elle est discipline claire, ligne nette, pirouettes désespérées, mouvement d'appel à la vie. Pour un équilibre perdu. Avec des personnages et des accessoires symboles (une nymphette sur un balancier, une autre entre un marin en maillot prêt à se jeter à l'eau et une barre de funambule qu'il tient sur son épaule comme pour une marche sur une corde raide dans le vide) qui ramènent à cette lutte pour la survie. À ce désespérant combat à garder la tête hors de l'eau.
Dans la dérive totale, la dernière scène, hallucinante de surréalisme, groupe sous les sunlights les 14 danseurs et danseuses avec des... frigidaires. Exténués, les cheveux ébouriffés, hagards, ils empoignent cette boîte-catafalque, sachant pertinemment ce que le sort leur a réservé. Enterrement en blanc. Blanc de glace polaire. Sur un air de tango ou de slow où la mort grignote et ronge impitoyablement.
Si la danse reste un facteur de premier plan dans ce spectacle fortement visuel, on accorde certainement un poids non négligeable à l'éclairage, au décor et aux accessoires (ces deux derniers portant la signature de Walter Gonzalez). Un moment de danse contemporaine effrénée pour des images baroques et légèrement dérangeantes. Notamment à cause de cette musique qui ne laisse pas de répit, et lâchée ici à gros décibels, surtout quand les moteurs chauffent...
Fragilité de la vie entre les griffes de la Grande Faucheuse à visage d'un océan impassible et cruel. C'est ce dernier soubresaut de l'existence que décrit cette danse tourmentée, entortillée, nerveuse, qui ne craint ni de choquer ni de bousculer les conventions. On en sort un peu porté dans un monde où les pires cauchemars peuvent insidieusement accéder à notre traversée humaine...
Oui la danse peut tout dire. Avec grâce et éloquence, même un état de choc !

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