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Moyen Orient et Monde - Irak

À Kirkouk, une tactique du Moyen Âge pour se protéger des voitures piégées

Une tranchée renforce le fossé entre les communautés kurde et arabe.

La province de Kirkouk est depuis quelques mois le théâtre d’une recrudescence de violences. Marwan Ibrahim/AFP

Pour se protéger des voitures piégées, la ville pétrolière de Kirkouk, dans le nord de l’Irak, a recours à une tactique du Moyen Âge : elle a décidé de se doter d’une tranchée de 53 kilomètres de long.
La tranchée, dont l’excavation devrait être achevée d’ici à quelques semaines, a pour but de restreindre l’accès à cette agglomération de 900 000 personnes.
« Les autorités provinciales de Kirkouk ont décidé, à l’unanimité, de construire cette tranchée pour contrôler la ville et empêcher les terroristes d’y pénétrer avec des voitures piégées ou des véhicules volés », affirme le gouverneur de la province, Najm al-Din Karim.
Le fossé, profond de deux mètres et large de trois, est rehaussé côté ville par un remblai de terre, et quelque 56 postes de guet seront construits pour assurer la surveillance. Seules les parties sud et ouest de la ville, qui donnent sur le désert, seront ceinturées par la tranchée, car des collines préviennent l’accès par le nord et l’est. Une opération semblable avait été menée en 2006 à Erbil ainsi qu’autour de certaines zones de Mossoul lorsque les troupes américaines s’y étaient installées.
« La tranchée construite autour d’Erbil est une des principales causes de la sécurité de la ville », affirme Hamza Hamid, le porte-parole de cette municipalité.
Mais à Kirkouk, l’opération est loin de faire l’unanimité. Pour certains, le projet renforce avant tout le fossé politique entre les habitants arabes et kurdes de la ville.
Abdelrahman al-Assi, le leader de la communauté arabe au conseil provincial, a estimé que la tranchée « a pour but de vider la ville de sa communauté arabe afin que les Kurdes puissent en devenir maîtres ».
Longtemps habitée par des communautés kurde, turcomane et arabe, Kirkouk a vu sa démographie changer dans les années 1980 lorsque le régime de Saddam Hussein a cherché à la peupler majoritairement d’Arabes en leur offrant des habitations ou des terres. Depuis la chute du dictateur, les Kurdes ont commencé à y revenir et la Constitution prévoit la tenue d’un référendum pour décider si la ville doit être incorporée ou non à la région autonome du Kurdistan. Ce référendum, initialement prévu pour 2007, a plusieurs fois été reporté sur fond de tensions entre les différentes communautés.
Bien que le gouverneur ait déclaré que « le projet est destiné à servir tous les habitants de la ville; les Arabes, les Turcomans et les Kurdes », Burhan al-Assi, un autre représentant de la communauté arabe en ville, le voit plutôt comme « une mesure politique plutôt que sécuritaire, ça ne va en rien protéger Kirkouk ».
« Il y a d’autres endroits dans la province qui sont attaqués bien plus souvent que Kirkouk », ajoute-t-il.
La province est depuis quelques mois le théâtre d’une recrudescence de violences. Mi-juillet, un attentat-suicide contre un café à Kirkouk a fait au moins 38 morts.
La communauté arabe veut que le gouvernement fédéral, dont le siège à Bagdad est isolé et protégé par des kilomètres de murs en béton, fasse stopper la construction de la tranchée. Mais, dit le gouverneur, « pourquoi voulez-vous que quelqu’un à Bagdad s’y oppose alors que le gouvernement fédéral vit lui-même dans une tranchée qui a pour nom “la zone verte” » ?
(Source : AFP)

Pour se protéger des voitures piégées, la ville pétrolière de Kirkouk, dans le nord de l’Irak, a recours à une tactique du Moyen Âge : elle a décidé de se doter d’une tranchée de 53 kilomètres de long.La tranchée, dont l’excavation devrait être achevée d’ici à quelques semaines, a pour but de restreindre l’accès à cette agglomération de 900 000 personnes.« Les...

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