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Antoine Sfeir, lauréat du prix Livre et droits de l'homme à Nancy

LA BONNE NOUVELLE DU LUNDI
olj.com et AFP
29/07/2013

Le journaliste, écrivain et politologue franco-libanais, Antoine Sfeir, a remporté le prix Livre et droits de l'Homme pour son essai intitulé "L'islam contre l'islam", a annoncé mardi dernier la mairie de Nancy, en Meurthe-et-Moselle (est de la France).

 

Le jury, chargé de récompenser les meilleurs témoignages ou essais s'inscrivant dans les principes de la défense des droits de l'Homme, était cette année présidé par l'écrivain et ancien diplomate Jean-Christophe Rufin, de l'Académie Française.

 

"Je suis très honoré et flatté car il s'agit d'une reconnaissance de mes pairs et de personnalités incontestées", indique-t-il à Lorientlejour.com, avant d'ajouter : "Je ressens toujours le besoin d'être ce que j'appelle un scribouillard vulgarisateur, d’expliquer pour que les gens décident, ensuite, quoi penser".

 

Dans "L'Islam contre l'islam : l'interminable guerre des sunnites et des chiites", publié en janvier dernier chez Grasset, Antoine Sfeir, 64 ans, conteste la dichotomie entre démocratie et dictature dans le monde musulman, et place la ligne de fracture entre sunnites (majoritaires) et chiites (minoritaires) en remontant aux sources historiques et théologiques de cet antagonisme immémorial.

"De l'Iran à l'Égypte, du Qatar à la Syrie, du Maghreb à +l'Orient compliqué+ - et, surtout, du prophète Mahomet aux luttes de succession ouvertes par sa mort -, il brosse une fresque magistrale du monde arabe tel qu'il est, de ses +printemps+ à ses éventuels automnes", a résumé son éditeur.

 

"La lecture confessionnelle n’est pas la seule à faire, même si elle est aujourd'hui incontournable, souligne le journaliste à Lorientlejour.com. Il existe aujourd'hui une divergence profonde entre sunnites et chiites, nous sommes désormais face à deux religions différentes d'un point de dogmatique, social... Aujourd'hui, les divergences entre sunnisme et chiisme sont plus importantes qu'entre catholicisme, protestantisme et orthodoxie".

 

En ce qui concerne la dichotomie entre démocratie et dictature, Antoine Sfeir estime que le terme de démocratie est galvaudé. "La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Aujourd'hui, la démocratie est souvent réduite à l'idée de la loi du nombre. Or, la loi du nombre ne fonctionne pas au Moyen-Orient, véritable mosaïque" de communautés.

 

La république, poursuit M. Sfeir, qui préside le Centre d'études et de recherche sur le Proche-Orient (CERPO) et enseigne les relations internationales au CELSA-Paris IV, "est autre chose, elle implique des outils démocratiques, mais a des valeurs propres. L'idée centrale étant que chacun est responsable de la cité, en conséquence de quoi les membres de la cité sont égaux et solidaires". C'est malheureusement, estime le politologue, "ce que les religions cherchent à détruire".

"La religion cherche à créer une identité communautaire qui n’existe pas", souligne-t-il, ajoutant que cette situation "se nourrit de l'ignorance".

 

Revenant plus précisément sur la situation en Égypte, le fondateur et directeur des Cahiers de l'Orient, estime qu'avant le coup d’État militaire du 3 juillet, un autre coup d’État avait été perpétré par le président Mohamed Morsi, contre le judiciaire.

 

Arguant que Mohamed Morsi, issu de la confrérie des Frères musulmans, ne pouvait régler la grave crise politique secouant le pays, l'armée l'a déposé le 3 juillet et a nommé un président civil intérimaire pour conduire la transition avant la tenue de législatives, en principe début 2014, puis d'une présidentielle.

Élu en juin 2012, Mohamed Morsi était contesté par une grande partie de la population et l'opposition qui l'accusaient d'accaparer le pouvoir au profit des Frères musulmans.

 

L'ancien président égyptien s'est à maintes reprises retrouvé à couteaux tirés avec le pouvoir judiciaire. Des tribunaux égyptiens ont à plusieurs reprises invalidé des décisions de M. Morsi et les juges ont été le fer de lance de la mobilisation contre le président islamiste en novembre 2012, pour protester contre les pouvoirs élargis qu'il s'était attribués, plaçant notamment ses décisions hors d'atteinte de la justice. Ce décret avait ensuite été levé.

 

"La république interdit aux trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, d'interférer, de s’entrelacer. Ils doivent être indépendants les uns des autres. Quand l'exécutif s’en prend au législatif, il commet un coup d’État. Souvenons-nous de Hitler en 1933 et demandons-nous ce qui se serait passé si les Allemands avaient arrêté Hitler cette année-là ?"

 

Aujourd'hui, le journaliste travaille sur un nouveau livre, "Charia, mythe ou imposture", qui devrait être publié à la fin de l'année.


Le prix Livre et droits de l'Homme a été créé en 2002 par Simone Veil et le maire de Nancy, André Rossinot.

En 2011, l'écrivain et cinéaste cambodgien Rithy Panh et le romancier Christophe Bataille avaient été distingués pour leur ouvrage "L'Élimination" (Grasset).

 

 

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Ali Farhat

Bravo à monsieur Sfeir. Ceci dit, en Europe on distribue allègrement et facilement des prix à ceux qui vont dans le sens de leurs politiques dans leurs pays d'origine... c'est bien connu.

Paul-René Safa

Ceux qui aspirent à comprendre les convulsions qui bouleversent le monde arabe depuis décembre 2010 liront avec beaucoup d'intérêt le livre extrêmement documenté d'Antoine Sfeir.
Attribuer, dit-il, à ces mouvements populaires uniquement une aspiration à la démocratie et à la suppression des dictatures, ne suffit pas à "...rendre compte d'une réalité fondamentale : l'antagonisme immémorial des sunnites et des chiites" [sic].
En clôture du livre, des "repères chronologiques" et " l'arbre de l'islam " (annexes 1 & 2) viennent compléter en quelque sorte l'argumentation de l'ouvrage.

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