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Liban

Violences rapidement transmissibles : les accrochages atteignent Saïda après Tripoli

Un tué et quatre blessés dans des accrochages meurtriers entre les partisans de cheikh Assir et des miliciens du Hezbollah. L’armée affirme qu’elle ripostera aux tirs.

Après Tripoli et la Békaa, l’armée a dû intervenir hier à Saïda, pour mettre fin aux accrochages entre les miliciens d’Ahmad el-Assir et du Hezbollah. Mohammad Azakir/Reuters

Il semblerait que la crise syrienne qui déborde sur les frontières libanaises dévale le pays de haut en bas. Après les heurts meurtriers de Tripoli, qui connaît aujourd’hui un moment de répit fragile, et les incidents de Ersal et de la Békaa, c’était hier au tour de la région de Saïda d’être le théâtre de violences.
Dans l’après-midi, de violents accrochages à l’arme automatique ont ainsi opposé des partisans de l’imam radical de la mosquée Bilal ben Rabah, cheikh Ahmad el-Assir, à des miliciens du Hezbollah, dans la périphérie de la ville. Plusieurs médias ont fait état de tirs de roquettes. Des hommes cagoulés et en armes ont investi le quartier de Abra, place forte du cheikh islamiste, tandis que des francs-tireurs prenaient position sur les toits des immeubles. Les roquettes se sont abattues sur Abra et une présence milicienne a été rapportée dans le centre de la ville de Saïda où des tirs ont été entendus.


Cet accrochage armé a éclaté hier sur fond d’un ancien différend, lorsque les partisans d’el-Assir ont attaqué une épicerie appartenant à un membre de la famille Sousse. Plusieurs personnes ont ensuite brisé les vitres d’une camionnette appartenant au frère d’el-Assir dans la région de Qayaha. L’imam de la mosquée Bilal ben Rabah a vite fait de signaler qu’il ne resterait pas les bras croisés devant « ces actes criminels » et, en réaction, des hommes armés ont bloqué la route près de la mosquée Bahaeddine Hariri à Saïda, avant que la situation ne dégénère. Les partisans d’el-Assir ont pris d’assaut un appartement situé dans l’immeuble Dandachli à Abra et les partisans du parti chiite qui occupent des appartements jouxtant la mosquée Bilal ben Rabah se sont joints à la bataille. Selon des sources sécuritaires, des membres du Hezbollah se sont déployés en force à Haret Saïda et ont attaqué au moyen de roquettes Abra et la région où réside cheikh Ahmad el-Assir.


Sur un autre plan, des partisans du Hezbollah ont pris d’assaut la résidence de l’ancien chanteur Fadl Chaker, bras droit d’Ahmad el-Assir, à Saïda. Une photo du chanteur, qui refuse toujours de comparaître devant les juges dans le cadre de l’enquête sur la récente tentative d’assassinat de cheikh Maher Hammoud, avait déjà été mise en lambeaux le matin sur la corniche maritime. De son côté, le frère d’Ahmad el-Assir a été poursuivi dans la ville par des inconnus, avant que sa voiture ne percute un mur et qu’il se réfugie dans la maison de l’un de ses amis. Les services de sécurité ont fait état de la mort de deux de ses compagnons, une information démentie par les milieux de cheikh el-Assir.

 

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Un calme précaire
En fin de journée, l’armée s’est déployée en force dans la région pour tenter de ramener le calme, alors que toutes les routes menant au théâtre des affrontements ont été bouclées, et les commerces ont fermé leurs portes. Selon l’Agence nationale d’information, la troupe a bloqué la route menant vers le quartier de Abra. L’armée a également renforcé les mesures sécuritaires dans la ville de Saïda afin d’empêcher de nouveaux accrochages entre les deux parties. Le bilan des affrontements n’était pas disponible dans l’immédiat, mais les médias ont fait état d’un tué et de quatre blessés, alors qu’un calme très précaire régnait le soir sur la ville. Le photographe de l’AFP, Joseph Barrak, a lui aussi été blessé. En soirée, cheikh Ahmad el-Assir a affirmé qu’il respectera le cessez-le-feu jusqu’à lundi, délai donné au mufti de Saïda, cheikh Soussane, pour « faire évacuer les appartements occupés par le Hezbollah à Abra ».
L’armée a reçu hier des ordres stricts de mettre un terme aux accrochages. Le commandement de l’armée a publié un communiqué demandant à « tous les miliciens de se retirer immédiatement des rues ». Il affirme que les forces régulières n’admettront pas le chaos, ouvriront le feu en direction de toute personne armée et riposteront aux tirs.

 

(Lire aussi : Paris estime que le Liban est bel et bien au bord du gouffre)

Démarches d’apaisement
Des contacts intensifs ont été entrepris à plus d’un niveau afin de rétablir le calme. Le mohafez du Liban-Sud, Nicolas Kalouche, s’est ainsi entretenu avec les chefs de la sécurité, tandis que la députée de Saïda, Bahia Hariri, entrait en contact avec le président de la République Michel Sleiman, le ministre sortant de l’Intérieur Marwan Charbel, le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Jean Kahwagi, et le chef des renseignements de l’armée au Sud, le général Ali Chahrour, pour obtenir le déploiement de l’armée dans la ville.
Le Premier ministre démissionnaire Nagib Mikati a pour sa part suivi de près la situation et s’est entretenu par téléphone avec le ministre de l’Intérieur et les chefs des services de sécurité. Il a appelé dans ce cadre toutes les parties à faire preuve de sagesse, les exhortant à la retenue durant cette période critique.
La Jamaa islamiya de Saïda a elle aussi dénoncé, dans un communiqué, les accrochages à Abra, appelant à déjouer le complot ourdi contre la ville.
L’ancien Premier ministre et député de Saïda, Fouad Siniora, a suivi lui aussi la situation et a contacté la députée Bahia Hariri, le président de la République, le président de la Chambre, Nabih Berry, le Premier ministre démissionnaire et le commandant en chef de l’armée.

À Saïda, mais ailleurs aussi...
Parallèlement aux accrochages à Saïda et Abra, d’autres incidents sécuritaires, à caractère politique, ont été signalés dans plus d’une région. Hier soir, deux roquettes tirées depuis la Syrie sont tombées sur la Békaa.
Par ailleurs, lundi soir, et suite à l’arrestation d’un citoyen de la famille Jezzini, ses proches ont bloqué la route de la Cité sportive au moyen de pneus brûlés. L’incident a causé un embouteillage monstre pendant plus d’une heure, avant que les forces de sécurité ne rouvrent la route. Selon certaines informations, les forces de l’ordre auraient relâché le dénommé Jezzini pour obtenir la réouverture de l’axe de la Cité sportive.
D’autre part, le quadruple crime du jurd de Qaa, qui a coûté la vie à deux hommes du clan Jaafar, un homme du clan Amhaz et un Turc de mère libanaise, dimanche, continue de mobiliser les responsables qui s’inquiètent sur le sort de la Békaa. Le ministre sortant de la Défense, Fayez Ghosn, a discuté avec le commandant en chef de l’armée de la situation sécuritaire. Le ministre a applaudi aux efforts de l’institution militaire dans la Békaa et au nord du Liban visant à maintenir la stabilité et empêcher la dégradation de la situation.


De son côté, le juge d’instruction militaire, Imad el-Zein, a poursuivi son enquête sur le meurtre des trois soldats de l’armée à Ersal. Il a sur ce plan émis un mandat d’arrêt par contumace contre le Syrien al-Wazir el-Machhour, accusé de meurtre et de possession d’armes, selon les articles 546 et 72 de la loi.


Le député Ziad Kadri, membre du bloc parlementaire du courant du Futur, a affirmé quant à lui que « le 14 Mars refuse que la Békaa soit entraînée dans une discorde sunnito-chiite ». Pour sa part, le ministre d’État Mohammad Fneich (Hezbollah) s’est prononcé sur le crime qui a eu lieu dans la Békaa. « Le Hezbollah traite l’affaire avec sagesse et vigilance pour ne pas entraîner la région dans une discorde confessionnelle », a-t-il affirmé, appelant à déférer les coupables devant la justice. Lundi soir, des inconnus ont ouvert le feu sur le Syrien Ali Allouch, croyant qu’il était impliqué dans le crime de dimanche. Atteint de blessures graves, il a été transporté à l’hôpital Dar el-Hikmé.
Enfin, la route de Tripoli a été bloquée hier en signe de protestation contre le retard dans le paiement des indemnisations, par le Haut-Comité de secours, aux habitants de Bab el-Tebbaneh et Jabal Mohsen, à la suite des derniers affrontements entre ces deux quartiers rivaux. La route a été rouverte à la circulation quelques heures plus tard. Le centre de la ville de Tripoli a en outre été le théâtre hier soir d’une manifestation organisée par l’uléma al-Chahhal, en signe de soutien à cheikh Ahmad el-Assir, après les incidents de Saïda.

 

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