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À La Une - Iran

A la veille de la présidentielle iranienne, modérés et réformateurs unis face aux conservateurs divisés

Les candidats conservateurs "transforment le fleuve des votes conservateurs en une multitudes de petits ruisseaux".

Le candidat des réformateurs et modérés, Hassan Rohani, salue ses partisans dans la ville de Shiraz, en Iran, le 11 juin 2013. REUTERS/Mohammad Hadi Khosravi

La campagne électorale étant terminée jeudi matin, les réformateurs aspirent à prendre leur revanche, vendredi, lors du premier tour des élections présidentielles iraniennes, quatre ans après la victoire contestée de Mahmoud Ahmadinejad, en ayant réussi "l'union sacrée" avec les modérés face à un camp conservateur miné par les divisions.

 

Les camps modéré et réformateur partent unis derrière Hassan Rohani (ancien négociateur en chef du dossier nucléaire entre 2003 et 2005), après le retrait mardi du réformateur Mohammad Reza Aref. Depuis, les partisans de M. Rohani se sont mobilisés sur les réseaux sociaux en appelant à un vote massif en sa faveur. L’ancien négociateur "est considéré désormais comme l'un des principaux candidats et ses chances d'être au second tour, s'il y en a un, sont plus importantes", a commenté à l'AFP Mehdi Fazayeli, un analyste politique conservateur basé à Téhéran.

 

Il y a quatre ans, la réélection contestée dès le premier tour de M. Ahmadinejad avait coupé court à tout espoir chez les réformateurs. En 2009, les deux candidats malheureux, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, avaient dénoncé des fraudes massives et appelé leurs partisans à manifester. La contestation avait été sévèrement réprimée et les deux dirigeants réformateurs sont en résidence surveillée depuis 2011.

 

M. Rohani, un religieux modéré de 64 ans a reçu le soutien de poids des ex-présidents Akbar Hachémi Rafsandjani (modéré) et Mohammad Khatami (réformateur). Le candidat réformateur a également reçu le soutien de l'Association des religieux combattants, un groupe religieux réformateur lié à M. Khatami.

"Je demande à tout le monde, en particulier aux réformateurs" de voter pour M. Rohani, a annoncé mardi dans un message M. Khatami, président entre 1997 et 2005. Un peu plus tard, c'était au tour de M. Rafsandjani, un pilier du régime iranien au pouvoir entre 1989 et 1997, et écarté de la course cette année. Il a appelé mercredi les électeurs à participer au vote malgré "les doutes", assurant que "les sondages montrent que M. Rohani est en tête", selon l'agence Mehr.

"Jusqu'ici, l'alliance entre les réformateurs et les centristes a réussi là où les conservateurs ont échoué: bâtir une coalition et s'unir autour d'un candidat", a déclaré à l'AFP Reza Marashi, du Conseil national irano-américain, basé à Washington.

 

Côté conservateurs, trois candidats semblent s’être détachés : l'ancien chef de la diplomatie Ali Akbar Velayati, le maire de Téhéran Mohammad Bagher Ghalibaf et le chef des négociateurs nucléaires Saïd Jalili. Les appels se sont multipliés pour un désistement en faveur du mieux placé, mais les trois prétendants à la succession de Mahmoud Ahmadinejad ont écarté mercredi toute idée de retrait, assurant qu'ils resteraient en course jusqu'au bout. En s'entêtant, les candidats "transforment le fleuve des votes conservateurs en une multitudes de petits ruisseaux", s'est alarmé jeudi Hossein Shariatmadari, éditorialiste du quotidien ultraconservateur Kayhan.

 

 

La crise économique et le nucléaire au cœur de la campagne

La crise économique provoquée par les sanctions internationales décrétées contre le programme nucléaire de Téhéran a été au centre de la campagne. Les grandes puissances soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique, ce que Téhéran dément.


Selon certains candidats, les sanctions auraient participé de façon plus ou moins forte à l’aggravation de la crise économique dans le pays.

"Je ne dis pas que les sanctions n'ont pas créé de problème (...) Mais elles ne sont pas la cause de la situation actuelle, due à la mauvaise gestion du gouvernement qui ne permet pas d'utiliser les capacités énormes du pays", déclare le candidat conservateur M. Ghalibaf, en faisant référence à différents projets du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, notamment la priorité donnée aux petites entreprises, les logements sociaux construits un peu partout dans le pays ou encore la manière dont la loi sur la suppression des subventions a été appliquée.

M. Jalili, autre candidat conservateur, n’a pas voulu "noircir le tableau", reprenant la formule du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei qui a affirmé qu'il fallait prendre en compte ce qui a été fait non seulement sous le président Ahmadinejad (conservateur) mais aussi ses prédécesseurs Mohammad Khatami (réformateur) et Akbar Hachemi Rafsandjani (modéré).

 

 

(Pour mémoire : L’Iran, en état de « faillite », prépare des mesures draconiennes)

 

 

Concernant l’attitude à adopter face aux Occidentaux sur le dossier du nucléaire, un fossé est apparu entre les candidats. M. Jalili, proche du guide suprême Ali Khamenei, est partisan d'une ligne dure, prônant une "économie de résistance" et un refus de toute "concession" aux grandes puissances. De son côté, Ali Akbar Velayati compte sur son expérience de 16 ans à la tête de la diplomatie pour réduire la pression sur Téhéran. "La diplomatie, ce n'est pas seulement la violence et la fermeté, c'est le compromis et l'entente", a-t-il souligné. Quant à M. Ghalibaf, il souhaite relancer avec "sagesse" les négociations, qui traînent en longueur depuis 2005.

 

Tous savent toutefois qu'ils n'auront que peu d'influence sur le dossier nucléaire car les questions stratégiques sont sous l'autorité directe du guide suprême de la République Islamique d'Iran, l'ayatollah Khamenei. Un guide, qui n'a pas fait de choix entre les candidats, et qui a appelé à une participation massive vendredi des électeurs.

 

 

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