
Chère lectrice, cher lecteur
Après la signature à distance d’un accord-cadre le 17 juin, entre le président américain Donald Trump et son homologue iranien Massoud Pezeshkian, afin de mettre fin aux hostilités et de rouvrir le détroit d’Ormuz, l’après-guerre demeure incertain. Ce protocole d’accord en quatorze points, censé ouvrir la voie à 60 jours de négociations entre Washington et Téhéran, semble déjà fragilisé. Deux jours à peine après sa signature, le gouvernement suisse annonçait le report sine die des discussions qui devaient se tenir, le 19 juin, à Genève entre les deux parties. Ce, notamment, en raison d’une nouvelle escalade des violences au Liban.
Quel bilan faire de cette guerre aujourd’hui ? Comme le rappelle notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani dans son éditorial, citant le politologue Olivier Roy, « la justesse d’une guerre se juge non à son déclenchement mais à son résultat ». Or, à ce stade, le bilan apparaît particulièrement ambigu. En Iran, les transformations engagées par le régime durant la guerre pourraient durablement remodeler sa gouvernance et sa stratégie régionale, et accentuer la répression envers sa population. Les États-Unis peinent, pour leur part, à démontrer l’utilité d’une intervention dont les bénéfices restent flous, tandis qu’Israël semble sortir affaibli d’une confrontation dont les objectifs paraissent loin d’avoir été atteints.
Pour aller plus loin sur ces questions, nous vous invitons à lire les commentaires, analyses et éclairages de nos journalistes ci-dessous.
L'Orient-Le Jour


Guerre en Iran : les leçons d’une défaite

« La justesse d’une guerre se juge non à son déclenchement mais à son résultat » expliquait le politologue Olivier Roy à L’Orient-Le Jour au début du mois de mars, quelques jours après le lancement de l’offensive menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran. Mais malgré l’accord-cadre signé à distance la semaine dernière entre le président américain et son homologue iranien, et l’ouverture des négociations, comment ne pas voir dans cette guerre un fiasco aux conséquences potentiellement graves pour l’Iran, pour le Moyen-Orient et pour l’ordre international ? Retrouvez l’édito d’Anthony Samrani.

Que prévoient les 14 points du protocole d'accord entre l'Iran et les État-Unis

Mercredi 17 juin, le président américain Donald Trump et son homologue iranien Massoud Pezeshkian ont signé à distance, un protocole d’accord visant à mettre fin aux hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban. Celui-ci ouvre également la voie à 60 jours de négociations entre les deux adversaires. La version officielle du protocole comprend 14 points dont la levée progressive des sanctions américaines contre l'Iran et des restrictions sur la circulation maritime dans le détroit d'Ormuz, et stipule que l'Iran « ne produira jamais d’armes nucléaires ». L’Orient-Le Jour fait le point.

En Iran, la guerre a-t-elle généré une nouvelle République islamique ?

Avec le lancement de cette guerre, les Etats-Unis et Israël espéraient affaiblir durablement la République islamique d’Iran, voire provoquer sa chute. Mais au lendemain de la signature de l’accord-cadre entre les Etats-Unis et l’Iran, ce-dernier est certes meurtri économiquement mais le régime a survécu à la pire menace existentielle de son histoire récente. Les transformations engagées par l’Iran durant la guerre pourraient durablement remodeler sa gouvernance et accélérer sa mutation vers un système plus militaire et répressif. L’analyse de Clara Hage.

L'accord Washington-Téhéran, une défaite stratégique pour Israël ?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a bâti une grande partie de sa carrière sur la conviction que l’Iran constitue la principale menace pour l’existence d’Israël et que la diplomatie ne suffirait jamais à l’arrêter. Pourtant, alors qu’il avait promis une « victoire totale » dans cette guerre, l’accord signé la semaine dernière et la perspective d’une issue diplomatique pourraient déboucher sur le scénario qu’il a toujours cherché à éviter. D’autant que les trois dossiers jugés essentiels par Israël — le nucléaire iranien, les missiles balistiques et l’avenir du Hezbollah — restent en suspens. Les explications de Dany Moudallal.

Après la guerre, quel avenir pour le détroit d’Ormuz ?

Lorsque les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran en février, Téhéran a rapidement riposté en fermant le détroit d’Ormuz, faisant de cette voie maritime stratégique l’un des principaux enjeux du conflit. Un levier qui a contribué à pousser Washington vers un compromis largement favorable à l’Iran. Si le protocole d’accord signé la semaine dernière prévoit la réouverture du détroit pendant deux mois, il laisse entière la question de sa gestion à long terme. L’analyse de Dany Moudallal.

Nucléaire, pétrole, fonds gelés, Liban : après l’accord Iran-USA, le plus dur commence

Certes un accord-cadre a été signé entre Donald Trump et Massoud Pezeshkian pour mettre un terme à la confrontation armée entre les adversaires, mais le plus dur reste à venir. Les questions qui avaient justifié le lancement de ce conflit, sont encore loin d’être réglées. Si l’Iran peut paraître victorieux au regard des points mentionnés dans le protocole d’accord, la voie vers un accord final qui lui serait favorable est semée d’embûches et pourrait bien mener à une reprise des opérations militaires, ou à des pourparlers qui s’éterniseront. Laure-Maïssa Farjallah fait le point.

Trump reconnaît implicitement l'influence iranienne au Moyen-Orient

Pendant des décennies la stratégie américaine au Moyen-Orient reposait sur l’hypothèse selon laquelle l’Iran pouvait être contenu, isolé et progressivement affaibli jusqu’à provoquer un changement interne. Mais la signature du protocole d’accord la semaine dernière, révèle les limites de cette théorie. Plus qu’un simple cessez-le-feu, il s'agit d'une reconnaissance implicite d’une nouvelle réalité stratégique : ni les États-Unis ni l’Iran ne sont parvenus à imposer seuls leurs conditions, obligeant les deux camps à passer d’une logique d’escalade permanente à une rivalité plus encadrée et négociée. Explications de Joe Macaron.

Pour le Moyen-Orient, une guerre pour moins que rien

Telle qu’elle se dessine aujourd’hui, la fin de la guerre en Iran a laissé un goût amer en Israël, qui n’y a pas atteint ses objectifs politiques. De plus, l’accord-cadre signé mercredi par Donald Trump et Massoud Pezeshkian se révèle transactionnel, occultant le programme de missiles balistiques iranien ainsi que le réseau de mandataires régionaux de Téhéran, et reléguant la question du nucléaire à des négociations à venir. L’essentiel pour le président était d’ouvrir le détroit d’Ormuz pour faire baisser les cours du pétrole avant les élections de mi-mandat. En soi, régler un problème qu’il a contribué à créer. Laure-Maïssa Farjallah fait le point.

