Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban, pose alors qu’il quitte ses fonctions après 30 ans à la tête de l’institution, au siège de la Banque du Liban à Beyrouth, le 31 juillet 2023. Photo d'archives Mohamed Azakir / Reuters Archives.
L’ex-gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, poursuivi avec l’ex-PDG de Bank Audi Samir Hanna dans le cadre d’une action en justice intentée par la banque centrale, sera entendu pour la première fois mercredi par la juge d'instruction près la Cour d'appel de Beyrouth, devant laquelle les deux hommes avaient récemment été déférés par le parquet près la Cour de cassation après d’être mis en examen pour des infractions financières.
Selon une source judiciaire, c’est la juge de permanence Shéhérazade Nasser qui va démarrer l’instruction, la première juge d’instruction de Beyrouth, Roula Osman, étant actuellement en vacances. Il est possible que les conseils de Riad Salamé présentent une excuse médicale en raison de la dégradation de son état de santé. Rien ne garantit pour l’instant que cette requête soit acceptée, même si cette hypothèse semble probable, la justice ayant déjà autorisé son hospitalisation pendant sa détentio
La plainte de la BDL déposé en janvier dernier par l'actuel gouverneur Karim Souhaid porte sur des titres que la Banque du Liban aurait souscrits dans des sociétés et dont les garanties auraient été constituées par des actions de Bank Audi. Ces opérations présumées auraient causé d'importantes pertes financières en plaçant des fonds de la banque centrale auprès d'entités qui se seraient révélées par la suite fictives ou en difficulté financière.
Dans un communiqué émanant de ses avocats, la défense de Riad Salamé s’est « étonnée » que la Banque du Liban ait été acceptée en tant que partie plaignante dans cette affaire, réaffirmant que celle-ci, selon les faits exposés dans la plainte, avait été l’unique bénéficiaire des transactions visées par la procédure, en réalisant un bénéfice de 33 millions de dollars grâce à cette opération, laquelle avait en outre été validée par le Conseil central de l’institution.
Une source judiciaire proche de la BDL estime cependant que cet argument est inopérant, dans la mesure où la plainte ne porte pas uniquement sur l’opération en question, mais sur un montage financier plus complexe et aux contours juridiques plus flous, dont celle-ci ne constituerait qu’un élément et dans le cadre duquel l’ancien gouverneur aurait manqué à certaines de ses obligations.
Ses conseils estiment également que les faits faisant l’objet de la procédure seraient prescrits et que Riad Salamé avait déjà été entendu et présenté sa défense dans ce dossier. Ils affirment attendre la suite de l’enquête afin de s’assurer que la justice est à l’abri d’éventuelles pressions et appellent à prendre en considération l’âge de M. Salamé ainsi que son état de santé pour justifier l’application de l’article 111 du Code de procédure pénale, qui permet au juge de placer l’ex-gouverneur sous contrôle judiciaire plutôt qu’en détention. Ils font valoir qu’il a déjà fait l’objet d’une interdiction de voyager lors d’une précédente procédure et s’est vu retirer son passeport.
Le procureur général près la cour d’appel de Beyrouth, le juge Raja Hamouche, a engagé des poursuites contre Riad Salamé et l’ancien PDG de Bank Audi Samir Hanna, dans le cadre d’une affaire portant sur des infractions financières et monétaires.
Poursuivi dans plusieurs affaires de corruption au Liban et à l’étranger, tout en rejetant jusqu’à présent toute responsabilité dans les faits qui lui sont reprochés, Riad Salamé avait été arrêté le 31 juillet au centre hospitalier de Bhannès, où il avait été admis alors qu’il devait être auditionné par le procureur général près la Cour de cassation, le juge Ahmad Rami Hajjar.

