
Chère lectrice, cher lecteur
Depuis mardi, son nom est sur toutes les lèvres au Liban. Depuis qu’une photo de lui en compagnie du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a été diffusée, Antoun Sehnaoui est au cœur d’une vive polémique qui, comme souvent au pays du Cèdre, a rapidement viré à la caricature. Ses plus fervents détracteurs s’affichent en parangons de la morale, feignant d’oublier que le pays a été livré aux appétits de Damas puis de Téhéran depuis des décennies ; ses partisans, eux, se posent en défenseurs de la paix, comme si cela autorisait à se glorifier d'apparaître aux côtés d'un dirigeant qui occupe une partie du pays, le bombarde quotidiennement et est lui-même visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale.
Si L’Orient-Le Jour a décidé de consacrer une enquête en cinq épisodes sur le patron de la SGBL, ce n’est pas pour trancher ce débat ni pour surfer dessus. C’est parce qu’avant son « coming out » pro-israélien, Antoun Sehnaoui était déjà l’un des hommes les plus influents du Liban sur qui l’on sait le moins de choses. En première ligne dans la bataille des banques, aux premières loges dans les négociations entre Tel-Aviv et Beyrouth, il tient une partie du destin du Liban entre ses mains.
Cette enquête vise à comprendre comment cela a pu arriver. Comment un jeune banquier aux ambitions sans limites a-t-il réussi à prendre le contrôle de l’entreprise familiale, à devenir l’un des plus grands joueurs du casino libanais, un mécène à la portée internationale, mais aussi un patron de médias, un faiseur de députés et de deals ? Quel rôle a-t-il joué dans le torpillage des plans de réformes visant à rembourser une partie des dépôts et à aboutir à un deal avec le FMI ? Pourquoi son nom est-il associé à des affaires opaques ou au groupe extrémiste chrétien Jnoud el-Rab ?
Pour répondre à ces questions, nos deux journalistes, Caroline Hayek et Cyrille Nême, ont mené l'enquête pendant des mois. Ils ont essuyé des refus, des silences, des sources qui reconnaissaient, parfois dans un souffle, être « terrorisées » à l'idée de parler. Il a fallu peser chaque mot, vérifier chaque information dans un pays où la rumeur fait tant de ravages, et ne céder à aucune facilité. Il a fallu rencontrer des dizaines et des dizaines de personnes, parfois proches et même membres du clan, pour dresser le portrait de ce banquier aux allures de dandy mais aux méthodes parfois peu scrupuleuses.
Refusant de répondre à notre demande d’interview, Antoun Sehnaoui a essayé de faire interdire la publication de cette série devant un juge des référés. Sans succès. Une victoire, modeste mais réelle pour la liberté d'expression, dans un pays où tant de confrères sont aujourd'hui convoqués pour de simples articles. La bataille judiciaire, elle, est loin d'être terminée.
Anthony Samrani
Rédacteur en chef

Antoun Sehnaoui, une ombre sur le Liban | Série spéciale


Dans la famille Sehnaoui, il était une fois le neveu Antoun (1/5)

Banquier, mécène et patron de médias, « faiseur de députés » comme de « deals », Antoun Sehnaoui, PDG de la Société générale de banque au Liban (SGBL), est aujourd’hui l’un des acteurs les plus influents du Liban.
Le 27 février 2010 à Beyrouth, le jet privé de l’héritier décolle du tarmac de l’aéroport. Antoun Sehnaoui quitte le pays quelques heures seulement après une fusillade dans la rue de Damas. Dans la foulée, un mandat de recherche sera délivré à son encontre. Découvrez le premier épisode de notre série par Caroline Hayek et Cyrille Nême.

Antoun Sehnaoui, les années fastes du Golden Boy (2/5)

En octobre 2007, Antoun Sehnaoui, 35 ans, est élu PDG de l’une des grandes banques de la place libanaise : la Société générale de banque au Liban (SGBL). Pendant une décennie, il va connaître une ascension fulgurante. « D’une certaine manière, il va suivre la voie tracée par son oncle Maurice, mêlant stratégie agressive de croissance, conquête de nouveaux marchés, mécénat, etc. Mais la méthode et les moyens employés sont sans commune mesure... », commente un analyste financier. Découvrez le deuxième épisode de notre série par Caroline Hayek et Cyrille Nême.

Antoun Sehnaoui, la bataille des banques et les milliards envolés (3/5)

À l’été 2019, au sein de la place financière libanaise, le temps est à l’orage. Depuis plusieurs mois, les dollars se raréfient et l’hypothèse d’une restructuration de la dette publique n’est plus taboue. Dans les grandes banques, certains commencent à retirer leur argent, tandis que les établissements les plus exposés cherchent des liquidités. Pour le patron de la SGBL, l’enjeu n’est plus seulement de poursuivre son ascension : il s’agit surtout de préserver, depuis son exil doré, sa place privilégiée dans l’architecture vacillante. Découvrez le troisième épisode de notre série par Caroline Hayek et Cyrille Nême.

Dans la toile médiatique et politique d’Antoun Sehnaoui (4/5)

Antoun Sehnaoui n’a jamais caché son goût pour le pouvoir. Pour le mettre en œuvre, il a besoin de tisser sa toile au sein de la classe politique mais aussi d’avoir ses propres relais médiatiques. Dans son jeu d’échecs, ses médias et ses députés sont des pièces maîtresses de sa stratégie. Son premier essai en la matière remonte à 1998, avec le mensuel économique libanais Executive, qui s’impose rapidement comme une référence sur les sujets d’affaires en langue anglaise. Ancien correspondant de RFI à Beyrouth, il fonde également la société de production Median et ouvre son vaste carnet d’adresses dans les milieux audiovisuels et culturels au « patron ». Découvrez le quatrième épisode de notre série par Caroline Hayek et Cyrille Nême.

La passion israélienne d'Antoun Sehnaoui (5/5)

Longtemps resté discret sur ses affinités politiques et idéologiques, le banquier ne se cache plus. Convaincu d'être devenu intouchable, il s'autorise même, le lundi 27 juillet, une ultime provocation. Une photographie le montre de dos, attablé avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son épouse, Sara, lors d'un dîner organisé en l'honneur du sénateur républicain Lindsey Graham. Découvrez le dernier épisode de notre série par Caroline Hayek et Cyrille Nême.

