Une soldate se tient au milieu des tombes lors des funérailles du sergent-major Alexander Glovanyov, tué la veille au combat près de la frontière libanaise, à Petah Tikva, le 11 mai 2026. L'armée israélienne a annoncé le 11 mai la mort d'un de ses soldats dans des combats près de la frontière libanaise. Photo Ilia Yefimovich/AFP
Alors que la nouvelle guerre entre le Hezbollah et Israël marque bientôt son troisième mois, que les troupes israéliennes qui ont envahi le Liban-Sud poursuivent les destructions massives de villages, tout en étant incapables de contrer les nuées de drones rudimentaires du Hezbollah, la presse israélienne ne se prive pas ces derniers jours d’exprimer son incompréhension face au conflit qui se poursuit malgré le cessez-le-feu théorique, tout en donnant une tribune aux militaires israéliens qui expriment leur ras-le-bol, alors que plus d’une vingtaine d’entre eux ont déjà été tués au Liban.
« Il est inutile de rester au Liban », affirment d’emblée des « hauts commandants sur le terrain » au média proche de la droite Israel Hayom. « Les forces armées continuent de détruire des bâtiments dans le sud du Liban, mais en réalité, l’armée n’obtient aucun résultat concret dans ces combats, tels qu’ils se déroulent actuellement », a affirmé l’un de ces gradés. « Les commandants de brigade ne comprennent pas ce qu’on attend d’eux : ils ne savent pas s’il y a un cessez-le-feu, si nous le souhaitons vraiment, ou si nous voulons qu’il échoue. Sur le terrain, il n’y a pas de cessez-le-feu, mais il est impossible de mobiliser toutes nos capacités », expliquent des sources militaires. « Aux infos, ils disent « cessez le feu, cessez le feu » – de quoi parlez-vous ? Savez-vous combien de drones ils (le Hezbollah, NDLR) nous envoient ? Ce cirque n’en finit jamais. C’est ça, un cessez-le-feu ? » s’interroge pour sa part un réserviste cité par le journal de gauche Haaretz.
« Guerre permanente »
Des récriminations qui sont également portées par le journaliste spécialiste des questions militaires pour la radio de l’armée israélienne (GLZ) Doron Kodosh. S’il a à plusieurs reprises dénoncé ces dernières semaines le manque de transparence de la troupe quant à ses opérations sur le terrain au Liban-Sud, il s’en est pris mercredi au ministre de la Défense, Israel Katz, qu’il accuse d’éviter des sujets sécuritaires « majeurs ». « Comment les services de sécurité, sous sa direction, s’emploient-ils à mieux gérer les drones explosifs qui ont tué cinq combattants le mois dernier ? » demande le journaliste. « Comment, en tant que ministre de la Défense, entend-il assurer la sécurité des habitants du nord du pays, qui continuent de subir des bombardements, vivent une guerre permanente et n’entrevoient aucune perspective concernant la fin du conflit ? », poursuit-il.
Un horizon bouché qui semble se traduire dans les sondages. L’un d’eux, publié fin avril par la radio publique israélienne KAN, évoque 57 % de personnes interrogées qui pensent qu’Israël n’a gagné sur aucun front depuis le 7-Octobre. En outre, à peine 14 % des répondants expriment leur confiance dans une victoire contre le Hezbollah.
La menace des drones du Hezbollah
Outre le manque de clarté des objectifs politiques et militaires israéliens au Liban, c’est surtout la question des drones suicides du Hezbollah, opérés via fibre optique et donc difficiles à intercepter, qui continue d’alimenter la polémique. « La situation est extrêmement difficile pour les forces israéliennes », confient au site Walla News de hauts gradés de l’armée israélienne.
À contre-sens des militaires interrogés par Israel Hayom, ces officiers estiment, eux, qu’au lieu d’un retrait du Liban-Sud, il faudrait « étendre la zone contrôlée » par les Israéliens. « Une manœuvre terrestre ciblée, permettant d’étendre la zone contrôlée par l’armée israélienne et de repousser le Hezbollah vers Beyrouth, pourrait réduire le nombre de victimes des drones suicides », estiment-ils. D’un point de vue technique, plusieurs solutions ont déjà été évoquées à cette menace venue du ciel pour les soldats israéliens, sans qu’aucune n’ait encore été mise en place. Les militaires se contentent de solutions de fortune comme des filets tendus entre les bâtiments ou sur les véhicules, dans l’attente d’un système plus perfectionné. Le Haaretz avait dans ce cadre évoqué la possibilité de drones équipés de filets qui pourraient déposer les engins piégés du Hezbollah au sol sans les détoner, tandis que le média Maariv révèle que d’autres solutions seraient à l’étude.
L’entreprise Israel Aerospace Industries, qui appartient à l’État hébreu, et d’autres entreprises de défense « ont présenté au ministère de la Défense et à l’armée des solutions, parmi lesquelles un système d’interception quantique, des systèmes alimentés par l’énergie, dont un système basé sur la force électromagnétique censé capturer le drone et l’empêcher de se déplacer », explique Maariv.
Dans une longue enquête sur le « pourrissement moral » de l’armée israélienne au Liban-Sud, le Haaretz relate pour sa part des récits glaçants de plusieurs soldats, dont l’un va jusqu’à confier que « de l’autre côté de la frontière, on peut être un peu fou ». Le quotidien revient entre autres sur les pillages en cours sur le territoire libanais et sur lesquels l’armée israélienne est accusée de fermer les yeux. Ces dernières semaines, plusieurs médias avaient également appelé les autorités à tirer des leçons de l’occupation, pendant plusieurs décennies, du Liban-Sud, jusqu’au retrait de 2000.



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