Des secouristes sur le site d'une frappe israélienne à Kfar Remmane, au Liban-Sud, le 26 mars 2026. Photo Abbas Fakih / AFP
La journée de samedi a été placée sous le signe de l'escalade au Liban-Sud, où des raids israéliens continus sur différentes régions ont fait plus de 60 morts, dont neuf secouristes « en mission » et trois journalistes, parmi lesquels le reporter de guerre d'al-Manar Ali Choeib. Les combats se sont parallèlement poursuivis entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Cette dernière consolide son invasion du Liban-Sud, détruisant et incendiant sur son passage nombre de maisons dans les villages dont elle a pris le contrôle, comme à Khiam et Adaïsset el-Qousseir, dans le caza de Marjeyoun. Le parti chiite a revendiqué pour sa part avoir fait des victimes dans les rangs israéliens et détruit plusieurs véhicules militaires.
Dans son dernier bilan quotidien, le ministère de la Santé a fait état samedi soir d’au moins 47 tués et 112 autres blessés dans les attaques israéliennes menées tout au long de la journée. Un bilan qui s'est encore alourdi avec des frappes qui ont fait au moins 18 victimes de plus en cours de soirée.
Selon les chiffres officiels publiés à 17h, le total des victimes s'élève à au moins 1 189 tués et 3 427 blessés au Liban depuis le début de l’offensive israélienne le 2 mars. Dans ce bilan total du conflit, l'on compte notamment 124 enfants et 86 femmes, mais aussi 51 secouristes, comme l'a confirmé au cours d'une conférence de presse le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine.
Parmi les tués samedi, trois journalistes ciblés délibérément par l'armée israélienne à Jezzine, dont le reporter de guerre Ali Choeib de la chaîne al-Manar du Hezbollah, et ses collègues d'al-Mayadeen Fatima et Mohammad Ftouni. Cette attaque, dans une frappe inédite sur la route principale de la ville, a été condamnée unanimement au Liban.
Bombardements incessants du Liban-Sud
Des dizaines d'autres personnes ont été tuées dans les bombardements incessants du Liban-Sud, notamment à Aïchiyé (caza de Jezzine), Deir Zahrani et Kfar Tebnit, où des soldats de l'armée libanaise ont trouvé la mort, Zaoutar al-Charkiyé, Mayfadoun (Nabatiyé), Maaraké (Tyr), Haddatha (Bint Jbeil), selon notre correspondant Mountasser Abdallah. Deux personnes, un père et son fils, ont également été tués sur la route reliant les villages chrétiens de Debel et Rmeich, dans le caza de Bint Jbeil aussi, tandis qu'un raid à l'aube sur Haniyé (Tyr) a fait au moins sept morts, parmi lesquels six Syriens dont un enfant. Plusieurs bombardements ont ciblé au même moment les villes de Nabatiyé et Bint Jbeil. Dans la Békaa, un raid israélien s'est produit aux abords de la localité de Lebbaya, selon notre correspondante Sarah Abdallah.
Dans la banlieue sud de Beyrouth, l'armée israélienne a largué samedi matin des tracts qui sont tombés à Jnah, occasionnant des dégâts dans un appartement du quartier, et faisant croire initialement à une frappe aérienne. « Fais attention. C'est uniquement dans ce tract que tu peux lire la vérité. Le Hezbollah transforme vos maisons en repaires terroristes », pouvait-on lire sur l'une des feuilles, selon une photo prise par notre journaliste sur place.
L'armée israélienne sur les rives du Litani
L'invasion terrestre israélienne s'est par ailleurs poursuivie sur fond d'accrochages avec le Hezbollah, qui ont occasionné selon lui des pertes dans les rangs israéliens et la destruction de nombreux véhicules.
Dans le secteur-est, les affrontements se sont concentrés sur l'axe Taybé-Qantara, où les combats font rage depuis plusieurs jours, et où le Hezbollah a dit avoir attaqué des soldats israéliens qui auraient atteint les rives du Litani, pour la première fois depuis le début de son invasion du Liban-Sud, au niveau du village de Taybé (caza de Marjeyoun). Le Hezbollah a annoncé en fin de journée avoir visé à quatre reprises « des soldats et des véhicules de l’armée ennemie israélienne par des salves de roquettes » sur le site du « Projet du Litani » de Taybé, situé dans la vallée où s’écoule le fleuve entre les villages Taybé et de Yohmor el-Chaqif (de l'autre côté du fleuve, dans le caza de Nabatiyé). Ce lieu se trouve à environ 3,5 kilomètres du point le plus proche de la frontière entre le Liban et Israël. Lors de sa précédente offensive terrestre de l’automne 2024, l’armée israélienne avait atteint le Litani dans les derniers jours précédant le cessez-le-feu du 27 novembre, près de Deir Mimas, village voisin de Taybé. La formation chiite a précédemment indiqué avoir tendu une embuscade à l’armée israélienne à Baïdar al-Faqaani, dans le village de Taybé, très proche du Litani, provoquant « un grand nombre de pertes dans les rangs des forces ennemies, les contraignant à évacuer leurs morts et leurs blessés sous un feu nourri et un écran de fumée ». L'armée israélienne a quant à elle démoli à l'explosif plusieurs maisons à Khiam (Marjeyoun), qu'elle a conquis après plusieurs jours de combat, et Taybé. Elle a incendié dans le même secteur des habitations dans village de Aadchit el-Qousseir, à l’ouest de Taybé. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, avait donné l'ordre à l'armée d'accélérer la destruction des habitations dans la bande frontalière.
Des Merkava détruits au sud de Tyr
Dans le centre de la bande frontalière, le Hezbollah a également revendiqué des attaques contre des chars Merkava près de Debel, ainsi que contre des soldats positionnés au carrefour de Wadi al-Ouyoun-Rchaf.
Des avancées terrestres ont par ailleurs été signalées, notamment par les attaques annoncées par le parti pro-iranien, au niveau de Bayada et Chamaa, sur le littoral au sud de Tyr, où tirs de roquettes et de drones kamikazes en série, tout au long de la journée, ont notamment pris pour cible des soldats dans une maison du village, des véhicules de transport de troupes et des chars Merkava, ainsi qu'une équipe venue sur place « évacuer » les victimes. Un véhicule en flammes a été observé dans la localité depuis Tyr.
Dans la matinée, le Hezbollah avait affirmé avoir contraint à 7h45 un avion militaire de reconnaissance de type RC-12 à battre en retraite, alors qu’il survolait la Békaa-Ouest. Ce type d’avion est surtout utilisé par l’armée américaine et, contrairement aux drones, comprend un équipage à bord. Le parti a enfin revendiqué une attaque de drones contre la base de Nashreem, au sud-est de Haïfa, dans le nord d’Israël.

