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Le Liban à l’ONU : un bilan exempt de condamnation


À l’instar de Beyrouth « Mère des lois », le Liban est l’un des pères de la légitimité internationale. Le Liban occupe une place singulière et prestigieuse au sein des Nations unies, ayant le statut de fondateur et architecte, figurant parmi les cinquante et un membres fondateurs de l’Organisation en 1945. Cette stature historique s’est traduite par une participation active aux organes de l’ONU : le Liban a été élu membre non permanent du Conseil de sécurité en 1953 et en 2010 ; et a assuré la présidence du Conseil de sécurité à cinq reprises (1953, 1954, 2010 et 2011), ainsi que la présidence de l’Assemblée générale (1958), du Conseil économique et social (1948) et de la Cour internationale de justice (2024). Cette présence constante au sommet de la diplomatie mondiale explique pourquoi, malgré les décennies de crises, le Conseil de sécurité n’a jamais adopté de résolution condamnant l’État libanais pour non-respect du droit international. Contrairement à d’autres États membres de la région comme Israël, l’Irak, l’Iran ou la Turquie, le Liban n’a jamais été formellement accusé de violation substantielle.

1- L’ONU condamne Israël pour sa violation systématique de la souveraineté libanaise : l’examen de la jurisprudence du Conseil de sécurité révèle que le terme « condamnation », la forme la plus sévère de réprimande diplomatique, a été quasi exclusivement dirigé contre Israël dans le cadre du dossier libanais. Depuis 1945, le Liban a été au cœur de 122 résolutions du Conseil de sécurité jusqu’à aujourd’hui, dont une grande partie concerne les agressions israéliennes. La liste des condamnations est interminable dont celles explicites, à titre d’exemple, la résolution 262 de 1968 qui a condamné fermement Israël pour son attaque préméditée contre l’Aéroport international de Beyrouth, stipulant que le Liban avait droit à une indemnisation ; les résolutions 509 et 517 de 1982 qui ont fustigé l’invasion israélienne, exigeant un retrait immédiat et inconditionnel des forces vers les frontières internationalement reconnues ; et la résolution 520 (1982) qui avait condamné l’incursion israélienne à Beyrouth, en la considérant comme une violation des accords de cessez-le-feu.

Sur une autre piste, le secrétaire général de l’ONU, et jusqu’en 2025, a maintenu cette ligne de fermeté, qualifiant les survols incessants et la présence militaire israélienne au nord de la ligne bleue de violations flagrantes de la souveraineté libanaise et de la résolution 1701 (2006). En outre, les attaques contre la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) ont fait l’objet de condamnations spécifiques; depuis la résolution 467 en 1980 jusqu’à la résolution 2790 en 2025, l’ONU a dénoncé avec vigueur les incidents ayant affecté le personnel et les installations des Casques bleus. Ces prises de position signifient que la communauté internationale reconnaît bien Israël comme acteur agresseur qui viole la souveraineté libanaise et le droit international.

2- L’ONU condamne les ingérences syrienne et iranienne au Liban : l’ONU n’a pas hésité d’identifier et de condamner les ingérences de puissances tierces qui entravent l’indépendance politique du Liban. La résolution 1559 (2004) a été déterminante en exigeant le retrait de toutes les forces étrangères, conduisant au départ de l’armée syrienne le 25 avril 2005. Ainsi, après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1636 (2005) sous chapitre VII, considérée comme l’une des condamnations les plus fermes de la Syrie, exigeant qu’elle cesse toute déstabilisation du Liban. Les résolutions 1636 et 1644 de 2005 ont également fustigé le refus de Damas de coopérer pleinement avec la Commission d’enquête internationale.

Par ailleurs, le secrétaire général a souligné, à plusieurs reprises dans ses rapports, le rôle préjudiciable de l’Iran dans le soutien financier et logistique du Hezbollah en violation des résolutions 1559 (2004) et 1701 (2006). L’ONU tient la Syrie et l’Iran pour responsables de contribuer au non-respect de la souveraineté libanaise par le biais de transferts illégaux d’armes à travers des frontières non délimitées. Même historiquement, bien qu’aucune condamnation formelle n’ait été prononcée contre la République arabe unie (Syrie et Égypte) en 1958, l’ONU avait envoyé un groupe d’observation (Unogil) pour enquêter sur les infiltrations illégales dénoncées par le gouvernement libanais.

3- Le désaveu des entités non gouvernementales et des milices armées : une distinction fondamentale est opérée par les instances onusiennes entre l’autorité légitime de l’État et l’activisme des groupes armés non étatiques depuis l’adoption de la résolution 1559 (2004). Le secrétaire général considère que la présence de milices libanaises et non libanaises opérant hors du contrôle du gouvernement constitue une violation flagrante de ladite résolution. L’ONU condamne sans équivoque la détention d’armes par le Hezbollah et d’autres groupes, considérant que cet arsenal limite la capacité de l’État à exercer pleinement sa souveraineté.

Les rapports onusiens dénoncent régulièrement les transferts de matériel militaire à travers la frontière syrienne en violation de la résolution 1701(2006), tout en précisant que ces acteurs ne sont pas affiliés à l’État libanais. Cependant, Le Conseil de sécurité soutient explicitement le gouvernement et l’armée libanais dans leurs efforts, reconnaissant les difficultés posées par les acteurs non étatiques. L’ONU exhorte cependant le gouvernement à mettre en œuvre le désarmement de tous les groupes, conformément à l’accord de Taëf, pour garantir le monopole de la force par l’État.En conclusion, le Liban voit en l’ONU le dernier rempart de sa légitimité face à l’instabilité d’un ordre mondial en pleine mutation. Cette protection, illustrée par l’absence historique de condamnation de l’État libanais, demeure toutefois précaire face à l’érosion du multilatéralisme et à l’échéance cruciale de décembre 2026, qui marque la fin du mandat de la Finul. Le retrait de cette « ombrelle onusienne » marquerait officieusement la fin de la résolution 1701 et exposerait dangereusement le Liban aux ambitions régionales et à la loi du plus fort. Dès lors, le maintien des résolutions internationales ne constitue pas une simple option diplomatique mais une condition de survie impérative pour éviter que le Liban ne devienne un territoire vulnérable, livré aux forces de la géopolitique mondiale qui ne cherchent qu’à imposer leurs propres dispositions au détriment du droit international.

Antonios ABOU KASM

Avocat international

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

À l’instar de Beyrouth « Mère des lois », le Liban est l’un des pères de la légitimité internationale. Le Liban occupe une place singulière et prestigieuse au sein des Nations unies, ayant le statut de fondateur et architecte, figurant parmi les cinquante et un membres fondateurs de l’Organisation en 1945. Cette stature historique s’est traduite par une participation active aux organes de l’ONU : le Liban a été élu membre non permanent du Conseil de sécurité en 1953 et en 2010 ; et a assuré la présidence du Conseil de sécurité à cinq reprises (1953, 1954, 2010 et 2011), ainsi que la présidence de l’Assemblée générale (1958), du Conseil économique et social (1948) et de la Cour internationale de justice (2024). Cette présence constante au sommet de la diplomatie mondiale explique pourquoi, malgré les...
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