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Nos lecteurs ont la parole

Le Liban, État-mendiant

Pourquoi le Liban doit-il faire bonne figure devant les bailleurs de fonds internationaux – les États-Unis bien sûr, mais aussi la France et d’autres pays européens, ainsi que les pays du Golfe ? En d’autres termes, pourquoi doit-il adapter sa politique intérieure aux désirs de ses généreux donateurs potentiels, si ce n’est carrément adopter la conduite qui lui est dictée ? Ne vous y méprenez pas : il ne s’agit là ni d’une aide du Fonds monétaire international ni d’un prêt de la Banque mondiale, mais bel et bien de dons venant directement d’autres pays.

Le Liban doit faire bonne figure, nous dit-on, parce qu’il a grand besoin des aides que lui verseront ces pays ; or l’obtention de ces fonds, nous dit-on toujours, est la condition sine qua non du redressement économique du pays.

Cette réponse devrait se faire lever plus d’un sourcil. Tout Libanais peut déjà constater que l’économie nationale va être reconstruite sur les mêmes bases que celles qui ont conduit à sa chute – à savoir une économie de rente et de prébendes, de consumérisme effréné et de « profitisme je-m’en-foutisme » qui boit goulûment à la mamelle de l’argent venu de l’étranger, fût-il envoyé par les émigrés-exilés ou généreusement donné par les grandes puissances. Pourquoi, en revanche, d’autres pays parviennent, après avoir consenti des efforts laborieux aux fins de bâtir un système économique viable, à déployer une agriculture nourrissante, une industrie productive et des services tournés vers leurs citoyens, sans avoir besoin de s’endetter jusqu’au cou auprès de donateurs-prédateurs ? Pourquoi faut-il que le Liban se vautre dans l’importation de biens de consommation, que le Libanais se refuse de travailler dans des domaines véritablement productifs et qu’il fasse de son pays une poubelle du bout de la chaîne mondiale ?

La réponse est simple, elle réside en l’existence d’une classe politico-financière et de groupes d’hommes d’affaires qui, consciemment, usent de tous les artifices possibles et imaginables pour éviter que le Liban ne se dote d’une telle économie productive. Ils ont ainsi sciemment semé le chaos économique en empêchant toute transformation de l’économie à travers une résolution « positive » de la crise bancaire, préférant sacrifier des centaines de milliers de Libanais sur l’autel de l’émigration plutôt que de perdre leur influence. Profitant du système rentier, suçant sans vergogne les ressources du pays, ils ne veulent surtout pas perdre le monopole que leur ont permis d’établir des années de patiente propagande et de lent renforcement de leur influence.

Pour cela, il leur est nécessaire de maintenir le Liban dans un état de mendicité permanente – littéralement chehadé. Ils exercent envers les Libanais un chantage au don, chantage qui leur permet de faire adopter leurs politiques économiques. Cela permet aux grandes puissances d’exercer à leur tour un chantage externe : point d’aides si les Libanais ne plient pas ! Nous n’inversons pas les phénomènes, bien au contraire : si le pays était doté d’une élite œuvrant pour qu’émerge un Liban indépendant des pressions des donateurs, ces derniers donateurs perdraient automatiquement l’essentiel de leur influence sur le cours des choses. Fort « heureusement », la bourgeoisie libanaise, profondément contaminée par le suivisme et la médiocrité culturelle, est docilement inféodée à l’Occident globaliste. Ainsi, il est facile de la manipuler en usant de la carotte du consumérisme et du bâton de la peur confessionnelle.

L’injection de ces « généreux » dons emporte deux conséquences : d’une part, le Liban est impotent et sans aucune sorte d’indépendance vis-à-vis des donateurs ; d’autre part, les Libanais restent soumis au joug de la caste politico-financière affairiste qui perpétue, à bas coûts, un modèle qui a prouvé à quel point il était néfaste.

Or la mendicité n’est pas une fatalité. Il faut d’abord sortir de la mentalité d’assisté, vouloir prendre son destin en main. Il faut ensuite poliment refuser les dons – sournoisement conditionnés – et accepter que le redressement sera progressif et devra impliquer une transformation qualitative – par une baisse de la consommation importée, notamment !

Le moyen à employer pour y parvenir est un instrument que manient tous les États, mais que la classe politico-financière ne veut surtout pas évoquer : l’impôt. Ces messieurs des banques n’ont-ils pas réalisé, des décennies durant, des revenus colossaux au détriment de la viabilité du système économique ? Il est temps pour eux de rendre à l’avenir du pays ce qu’ils lui ont indûment pris. Alors, la nécessité d’avoir recours aux dons, la dépendance aux donateurs et la mendicité disparaîtront d’eux-mêmes.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Pourquoi le Liban doit-il faire bonne figure devant les bailleurs de fonds internationaux – les États-Unis bien sûr, mais aussi la France et d’autres pays européens, ainsi que les pays du Golfe ? En d’autres termes, pourquoi doit-il adapter sa politique intérieure aux désirs de ses généreux donateurs potentiels, si ce n’est carrément adopter la conduite qui lui est dictée ? Ne vous y méprenez pas : il ne s’agit là ni d’une aide du Fonds monétaire international ni d’un prêt de la Banque mondiale, mais bel et bien de dons venant directement d’autres pays. Le Liban doit faire bonne figure, nous dit-on, parce qu’il a grand besoin des aides que lui verseront ces pays ; or l’obtention de ces fonds, nous dit-on toujours, est la condition sine qua non du redressement économique du pays.Cette réponse...
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