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Nos lecteurs ont la parole

Les sirènes arrivent à Beyrouth !

Non ce ne sont pas les sirènes, fabuleuses créatures mythologiques – quoiqu’au Liban tout est possible –, mais bel et bien les sirènes d’alerte qui ont retenti à Beyrouth ce 17 mai.

Elles ont résonné dans la capitale, ensommeillées, comme les gouverneurs de ce pays, avec un retard de cinq ans et 9 mois.

Elles se réveillent, sous les décombres d’un port, d’une ville, d’un pays entier. Mais elles assurent. Le test est réussi !

En août 2020, ces sirènes auraient pu sauver des centaines de vies et éviter l’handicap de milliers d’autres. Cinq ans plus tard, c’est surtout l’injustice qui résonne. Pas un seul responsable n’est puni. Pas une seule victime n’est honorée par un État moribond.

Les sirènes retentissent dans un port à peine reconstruit.

Elles retentissent dans un pays dont on décortique le Sud.

Elles retentissent sous un ciel semé de drones et d’avions militaires israéliens.

Elles retentissent près d’une banlieue enfumée où des slogans vénérant l’Iran et ses chefs avoisinent les débris de bâtiments bombardés et les restes de corps qui y sont encore enfouis.

Mais heureusement, ce n’est qu’un test. Tout va bien, donc.

Ce n’est qu’un test, histoire de remuer la mémoire collective autour d’un port victime de l’explosion non nucléaire la plus massive de l’histoire moderne.

Mais à quand la vraie alerte ? Au Liban, n’est-ce pas partout et tout le temps qu’elles doivent résonner ? Et au Sud, allons-nous planter des sirènes d’alerte aussi ? Pitié, laissons aux habitants du Sud le peu de sommeil qui leur reste…

Ces sirènes sentent le don, le cadeau qui ne sert à rien, qu’on ne sait pas trop où placer, mais qu’on utilise pour faire plaisir aux donneurs. Le don d’un certain pays qui ignore la réalité du Liban et qui pense aider. Ou d’un autre qui a beaucoup de sirènes, certaines défectueuses, et qui ne sait pas trop quoi faire avec. Et puis… le Liban s’y prête bien, soyons honnêtes. On peut bien comprendre qu’on pense à nous quand on voit une sirène d’alerte.

Mais entre nous, une sirène à Beyrouth… personne ne la prendra au sérieux. Elle sera probablement toujours en retard, elle n’aura pas suffisamment de temps pour réagir, elle ne sera pas alimentée tout le temps en électricité ou la batterie sera vite vide.

Une sirène à Beyrouth… c’est un peu comme voir des gens qui ne noient et leur lancer de la nourriture bio de qualité suprême pour bien se nourrir en attendant les flotteurs qui n’arrivent jamais.

Pour qu’elles nous alertent de situations inhabituelles, ces sirènes devraient retentir un jour où le courant électrique est disponible 24h/24h, par exemple, ou lorsque le niveau de pollution de l’air à Beyrouth baissera à des niveaux conformes, ou bien le jour où aucun avion israélien ne survole le pays, ou le jour où il n’y a pas un accident routier mortel ou encore le jour où il y aura des abris où les gens peuvent en effet aller lorsqu’elles retentiraient ! Des sirènes à Beyrouth… qu’elles retentissent le jour où on gagnera notre vraie indépendance, le jour où l’on arrêtera de danser au rythme des sirènes et de toutes nos catastrophes, ou qu’elles se taisent à jamais.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Non ce ne sont pas les sirènes, fabuleuses créatures mythologiques – quoiqu’au Liban tout est possible –, mais bel et bien les sirènes d’alerte qui ont retenti à Beyrouth ce 17 mai.Elles ont résonné dans la capitale, ensommeillées, comme les gouverneurs de ce pays, avec un retard de cinq ans et 9 mois.Elles se réveillent, sous les décombres d’un port, d’une ville, d’un pays entier. Mais elles assurent. Le test est réussi ! En août 2020, ces sirènes auraient pu sauver des centaines de vies et éviter l’handicap de milliers d’autres. Cinq ans plus tard, c’est surtout l’injustice qui résonne. Pas un seul responsable n’est puni. Pas une seule victime n’est honorée par un État moribond.Les sirènes retentissent dans un port à peine reconstruit.Elles retentissent dans un pays dont on décortique le...
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