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Culture - Spectacle

« Antar wa Abla » à Abou Dhabi : l’ambition libanaise d’un opéra arabe aux standards internationaux

Cette nouvelle production est présentée du 12 au 14 décembre au Zayed Sports City, dans le stade de tennis spécialement aménagé pour l’occasion en une scène spectaculaire de 600 m².

« Antar wa Abla » à Abou Dhabi : l’ambition libanaise d’un opéra arabe aux standards internationaux

Les interprètes de « Antar w Abla », réunis pour cette production lyrique arabe d’envergure internationale à Abou Dhabi. Photo fournie par Nadim Tarabay

Faire exister l’opéra en langue arabe autrement que comme un geste symbolique : c’est le pari, longtemps jugé impossible, qu’a relevé Antar wa Abla. Et c’est précisément là que s’inscrit le travail de Nadim Tarabay, compositeur libanais de 28 ans, dont la réécriture, l’orchestration et la refonte dramaturgique de l’œuvre marquent un tournant décisif dans l’histoire lyrique du monde arabe.

À l’origine du projet, une ambition collective : promouvoir une véritable industrie culturelle arabe en faisant du Liban un foyer naturel de création. Maroun al-Rahi en pose dès le départ les fondations intellectuelles et philosophiques, imaginant un opéra chanté en arabe, fidèle à la musicalité de la langue tout en dialoguant avec les codes occidentaux. Une première version scénique voit le jour en 2016 : encore expérimentale, proche du musical, mais déjà portée par un succès public révélateur. Le mot «opéra» est là, l’élan aussi, mais la forme reste à conquérir.

Le basculement s’opère en 2025, lorsque Antar wa Abla est programmé pour six représentations à Abou Dhabi. Le projet change alors d’échelle. Maroun al-Rahi sollicite Nadim Tarabay pour recomposer entièrement l’œuvre selon les standards de l’opéra occidental, sans renier l’âme arabe du livret. Le défi est colossal : trois mois pour transformer une partition hybride en un opéra pleinement assumé. « Il fallait rendre à Antar wa Abla sa monumentalité lyrique », explique à L'Orient-Le Jour le compositeur, en repensant à la fois la ligne vocale, la matière orchestrale et l’architecture dramatique. À cette refonte s’ajoute un choix audacieux : un final amer, qui accentue la dimension tragique du mythe et rompt avec toute tentation d’héroïsation facile.

La distribution vocale répond à une logique d’archétypes, fidèle à la tradition opératique. Antar, guerrier intrépide traversé de fragilité, est confié au ténor Amine Hachem. Abla, incarnée par la mezzo-soprano Mariam Mouawad, porte l’héritage du grand chant arabe. Shaddad, père noble et vulnérable, trouve sa voix dans le baryton léger Fady Jeanbart, pour lequel le rôle a été écrit sur mesure. Face à Antar, le baryton-basse Cesar Nassy campe Mared Tay, figure de virilité brutale et d’amour conflictuel. Autour d’eux gravitent Salma, la nourrice d’Abla (Mireille Bittar), Chayboub, frère rusé d’Antar (Pierre Sammia, ténor léger), et Amara Abs, le vendeur d’armes (Saba Abi Younes).

Nadim Tarabay, artisan de la refonte musicale et orchestrale de "Antar & Abla", lors des répétitions de l’opéra à Abu Dhabi. Photo fournie par l'artiste
Nadim Tarabay, artisan de la refonte musicale et orchestrale de "Antar & Abla", lors des répétitions de l’opéra à Abu Dhabi. Photo fournie par l'artiste

La mise en scène, confiée au réalisateur Andrew J. Hachem – multi-lauréat des Emmy Awards – introduit une perspective résolument cinématographique dans un médium théâtral. En dialogue avec le scénographe Élie Zeidan, il conçoit un dispositif visuel spectaculaire : une scène monumentale de 600 m², divisée en trois espaces symboliques. À l’arrière, derrière le chef et l’orchestre, l’exil d’Antar ; au centre, la tribu des Abs ; à l’avant, la tribu de Tay et la prison d’Abla. L’ensemble prend place dans un lieu inattendu : un terrain de tennis du Zayed Sports City, à Abou Dhabi, entièrement métamorphosé pour l’occasion. L’Orchestre symphonique de Lanzhou, dirigé par Brian Holman, et la chorale de l’Université antonine complètent ce dispositif.

Pour Nadim Tarabay, Antar wa Abla est bien plus qu’une « production prestigieuse : c’est une étape fondatrice ». Né en 1997, pianiste dès l’âge de cinq ans, compositeur à quinze, il suit un parcours atypique, entre droit des affaires, formation au New England Conservatory de Boston, puis études de composition au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris – dont il devient le premier Libanais diplômé depuis quarante ans. Largement autodidacte à ses débuts, il mène aujourd’hui une carrière internationale, notamment comme compositeur et arrangeur de l’UAE National Orchestra (des Émirats arabes unis) pour lequel il écrit la Symphonie émirienne inaugurale.

Après cette production, il prépare la création de sa messe maronite, un oratorio de cinquante minutes pour grand orchestre, chœur et solistes, attendu à Bkerké le 6 avril 2026. Mais l’opéra reste, à ses yeux, une démonstration essentielle : « Qu’un opéra peut s’écrire, se chanter et exister en langue arabe avec la même dignité esthétique que les grandes traditions lyriques internationales. » Avec Antar wa Abla, cette affirmation quitte le registre du manifeste pour s’incarner pleinement sur scène.

Faire exister l’opéra en langue arabe autrement que comme un geste symbolique : c’est le pari, longtemps jugé impossible, qu’a relevé Antar wa Abla. Et c’est précisément là que s’inscrit le travail de Nadim Tarabay, compositeur libanais de 28 ans, dont la réécriture, l’orchestration et la refonte dramaturgique de l’œuvre marquent un tournant décisif dans l’histoire lyrique du monde arabe.À l’origine du projet, une ambition collective : promouvoir une véritable industrie culturelle arabe en faisant du Liban un foyer naturel de création. Maroun al-Rahi en pose dès le départ les fondations intellectuelles et philosophiques, imaginant un opéra chanté en arabe, fidèle à la musicalité de la langue tout en dialoguant avec les codes occidentaux. Une première version scénique voit le jour en 2016 : encore...
commentaires (1)

Félicitations et bravo à Nadim Torbay et collaborateurs. Il était temps qu’après Zarkal Yamama un grand opéra arabe soit fondateur de ce genre dans le monde Arabe.

Allam Charles K

23 h 33, le 13 décembre 2025

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Commentaires (1)

  • Félicitations et bravo à Nadim Torbay et collaborateurs. Il était temps qu’après Zarkal Yamama un grand opéra arabe soit fondateur de ce genre dans le monde Arabe.

    Allam Charles K

    23 h 33, le 13 décembre 2025

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