Si la visite au Liban de Léon le 14e avait quelque chose de rythmé, c’est qu’elle s’est déroulée au pas de charge et en deux coups de cuillère à pot. Rien à voir avec le verbiage compassé et autres moulinets constipés qui d’habitude ponctuent chez nous les visites officielles. Sous les vitraux de la basilique de Harissa, ambiance apaisée : pas d’aboyeurs loyalistes ou opposants, pas d’hystériques barbus enterrés parmi les missiles ou jouant les zouaves à l’air libre, pas de hauts responsables politiques qui tentent de fourguer un poulain à l’administration du Vatican, pas un seul ponte officiel essayant de finasser au nom du consensus en inventant une formule de compromis…
Bon, il y avait certes les quelques petites âneries habituelles partagées par les médias : le patron des Fleus schlinguait-il à ce point le pâté pour qu’il soit boudé à l’accueil du pontife ? La guerre nucléaire est-elle déclarée entre Bkerké et le Vatican ? Pourquoi Madame du Château se trouvait-elle au même rang que son époux, alors que chez les Arabes les fatmas trottinent toujours à l’arrière ? Autant de libaniaiseries futiles destinées à animer les repas de famille des grouillots et les dîners en ville des bêcheurs, lesquels ne savaient plus quoi inventer pour exciter le Koullouna de base doté d’une intelligence de base.
Léon parti, le cérémonial solennel qui a accompagné sa visite devrait pourtant inspirer en temps normal plus d’un chargé de com de nos turlupins locaux. Tout comme le souverain pontife chez lui à son balcon, le Déplumé en chef du Hezbollah pourrait grimper sur un mirador directement relié à sa grotte, Istiz Nabeuh ajouter un escabeau à son perchoir, le Basileus monter sur l’arbre le plus haut de son verger, et le Tondu sautiller sur son caillou de Meerab. Ça aurait certainement de la gueule !
On pourrait même affiner le concept en permettant à la piétaille de voir son idole de près et non à la jumelle. Allez, un geste commercial ! Pour 10 biftons verts, le pèlerin serait autorisé à rencontrer personnellement son demi-dieu exotique. Et s’il promet de bien voter aux prochaines législatives, le garde-chair personnel de ce dernier viendra lui servir le café à domicile. En plus, s’il trouve moins cher ailleurs, on lui rembourse la différence.
Y a pas à dire, la vie est belle chez nous, où le jeu de dés suit son cours mollasson. On invente le problème, on s’étripe pour en trouver la solution, puis bernique, comme d’habitude : redistribution de cartes, de soutanes, de turbans et l’on se retrouve chrétiens et musulmans, gros clans comme devant.
« Habemus bordelum ! » Le marigot libanais déborde, n’en jetez plus.
gabynasr@lorientlejour.com


Liban-Sud : six secouristes tués près de Tyr dans des raids israéliens
Étant catholique,je suis très reconnaissante pour l'accueil chaleureux et l'excellent service de sécurité réservés au Pape. Mais si par malheur quelqu' un aurait concocté un projet morbide ce n'était pas à l'intérieur du Liban qu'il aurait fallu chercher, plutôt chez les voisins...
15 h 06, le 05 décembre 2025