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Guerre et paix, un même test


Quoi d’aussi frustrant, ou presque, qu’une guerre perdue ? Une guerre gagnée à demi ou à moitié ratée, une guerre pour rien ou pour des clopinettes. Une guerre où pertes et acquis n’auraient pas fini de se disputer le haut du podium ; une guerre qui, surtout, laisserait à peu de chose près la situation en l’état, les morts et les destructions en plus. En est-on vraiment là dans les interminables conflits d’Iran et du Liban ? Et est-ce nécessairement faire figure de pousse-au-crime que de s’en alarmer au lieu de s’en réjouir ?


Le cauchemar politique d’une guerre bâclée, plutôt que bouclée, ne quitte visiblement pas Donald Trump. Pour la énième fois on le voit menacer l’Iran de tous les enfers et puis laisser ses alliés arabes du Golfe retenir son bras in extremis. Talonné par les élections de mi-mandat, le président des États-Unis a grand besoin d’une victoire diplomatique pouvant justifier sa dénonciation du traité nucléaire de 2015 conclu par Barack Obama. Aussi résiste-t-il aux incessantes incitations de Benjamin Netanyahu à poursuivre sans plus de retard l’offensive interrompue contre la République islamique. En attendant, l’Israélien ne se prive guère d’intensifier, de jour en jour, sa campagne contre le Hezbollah. À peine prolongé pour la deuxième fois, le cessez-le-feu s’avère encore plus chimérique ainsi que ses premières moutures.

Est-ce à dire pour autant que les dossiers iranien et libanais se trouvent dissociés, du moins dans l’optique de Tel-Aviv ? C’est ce que semble indiquer la recrudescence des violences que commet Israël sur notre sol, et qui contraste avec son respect total de la trêve en Iran. L’État hébreu affirme à qui veut le croire (entre autres Washington) qu’il n’a aucun litige avec le Liban et qu’il en veut seulement à l’influence iranienne qui y est implantée. Sans évidemment prendre ces assurances pour argent comptant, on peut parfaitement en tirer la conclusion suivante : quoi qu’on en dise, le sort du Liban reste intimement, irrémédiablement lié à l’issue non point seulement d’une guerre, mais de deux. Et encore, s’il n’y avait à se soucier que des guerres et de leurs cortèges de calamités…

L’équipée militaire israélo-américaine contre l’Iran est paradoxalement entreprise sous le slogan de la paix, celle-ci étant appelée à s’étendre sur un Moyen-Orient tout nouveau, tout beau. On sait quel maudit concours d’aberrations a plongé le Liban, contre son gré, dans les affres des guerres récurrentes. On sait aussi quelles pressantes urgences ont acculé l’État à engager une négociation directe avec l’occupant pour sauver ce qui peut l’être encore. En même temps que du nucléaire et de l’arsenal de missiles à longue portée, Washington a bien fait de l’arrêt du soutien iranien au Hezbollah l’une de ses principales exigences ; mais sommes-nous pour autant à l’abri des mauvaises surprises ? L’histoire contemporaine regorge d’exemples de pays plus ou moins cruellement sacrifiés sur l’autel des compromissions entre puissances rivales.

Unique dans les annales reste cependant la situation de notre pays ; car il a autant à redouter de la guerre que des arrangements prétendant mettre fin à toutes les guerres. À l’écart des hostilités entre Israël et le Hezbollah, l’État n’en est pas moins tenu d’en encaisser la déferlante onde de choc avec son triste lot de victimes, de destructions et de déplacements de populations. Sous le regard du surveillant américain, il passe un acrobatique oral face au vieil ennemi ; mais il lui faut aussi détecter et déchiffrer, avec la plus grande vigilance, tous les subtils non-dits que peut receler la diplomatie souterraine.

De toutes ces tâches résultant en droite ligne des folles équipées du Hezbollah, l’État s’acquitte plus qu’honorablement ; en témoigne d’ailleurs la vague d’appuis internationaux qu’a suscitée son esprit de décision. Mais en fait-il assez pour défendre son honneur au plan domestique ? Surmontant enfin ses querelles bassement sectaires, la gent parlementaire se prononçait mardi pour une amnistie générale et une commutation de la peine de mort. Mais dans notre doux pays, on a toujours le loisir d’accuser impunément de trahison présidents et chefs de gouvernement, et même de les menacer de mort.

Il est beau, non, le Liban de toutes les libertés ?

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Quoi d’aussi frustrant, ou presque, qu’une guerre perdue ? Une guerre gagnée à demi ou à moitié ratée, une guerre pour rien ou pour des clopinettes. Une guerre où pertes et acquis n’auraient pas fini de se disputer le haut du podium ; une guerre qui, surtout, laisserait à peu de chose près la situation en l’état, les morts et les destructions en plus. En est-on vraiment là dans les interminables conflits d’Iran et du Liban ? Et est-ce nécessairement faire figure de pousse-au-crime que de s’en alarmer au lieu de s’en réjouir ? Le cauchemar politique d’une guerre bâclée, plutôt que bouclée, ne quitte visiblement pas Donald Trump. Pour la énième fois on le voit menacer l’Iran de tous les enfers et puis laisser ses alliés arabes du Golfe retenir son bras in extremis. Talonné par les élections de...