
Chère lectrice, cher lecteur,
C’est vrai ce que l’on dit, on s’habitue à tout, même à la mort.
À L’Orient-Le Jour, nous avons souvent ce débat. Que reste-t-il à dire ? Les mots ne suffisent plus, le silence n’est pas une solution, reste à trouver quoi dire. Gaza hante nos consciences, voilà combien de jours, voilà combien de nuits.
Un matin, il y a de ça plusieurs mois, une image m’attrape l'œil. C’était un samedi, peut-être un dimanche. C’est un enfant assis sur un lit d'hôpital. Ou était-il au sol ? Son visage est poussière, son regard fixe l’objectif. En temps normal, je ne me serais pas arrêtée. Mais à cet instant, mon sang se glace.
Depuis quand ? Depuis quand la vue de la chair déchirée fait-elle partie du paysage ?
Je ne sais pas. Mais je sais que plus il y a d’images, moins on les voit. Nous regardons sans regarder. Nous entendons sans écouter. Gaza est devenu un bruit de fond. Il dérange, mais n’empêche rien.
Les mots aussi ont perdu leur sens. Cible, attaque, cessez-le-feu, violations, intensification, opération. Trop de matière brassée qui ne veut plus rien dire.
Dans cet océan de trop, je cherche ce qui parvient encore à raconter quelque chose - un fragment d’humanité, un soupçon de révolte. Heureusement, il en reste.
« Mohamad, 12 ans, ne pèse plus que 24 kg ». C’est précis, c’est chirurgical. Depuis deux ans, Noor al-Yaacoubi nous parle de l’autre côté. Je ne sais pas comment elle écrit, ni dans quelles conditions. Mais j’attends ses lettres. Avec elle, les mots sont bruts, sans fioritures, à hauteur de réalité.
« Si c’est la paix, pourquoi avons-nous toujours l’impression d’être en guerre ? » demandait-elle dernièrement. À Gaza, le feu n’a pas cessé. Les bombes continuent de pleuvoir. Les morts continuent de mourir. Mais le nom a changé.
Face au vertige des mots, nous ne nous tairons pas. Nous continuerons d’écrire, de rapporter et de contester le détournement des mots.
Mais dans le vacarme de l’information en continu, je pense à Mahmoud Darwich. Le poète palestinien avait vu juste. Gaza n’est pas la plus belle des cités. Nous ne lui rendons pas justice en en faisant un mythe. Les mythes n’existent pas.
Stéphanie Khouri


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