
Chère lectrice, cher lecteur
En cette fin d’année, on m’a demandé de choisir un épisode marquant.
Un seul.
Comme si l’année avait la décence de se laisser résumer. Comme si le Liban fonctionnait par épisodes. Comme si ce pays savait offrir des moments isolés plutôt qu’un enchaînement continu de péripéties qui défierait même un scénariste sur‑caféiné.
Je suis l’actualité locale et régionale presque 24 heures sur 24. À 7h comme à 3h du matin, je bombarde la rédaction : « N’oubliez pas l’alerte ! Pensez aux réseaux sociaux ! » À force, on m’a surnommée « la police » de l’info. Et je plaide coupable.
Depuis le 7 octobre 2023, l’actualité ne court pas : elle sprinte, elle voltige, elle nous dépasse en klaxonnant. Plusieurs fois, j’ai rédigé un article avec l’énergie de celui qui court après le temps — et à mi-chemin, hop, jeté. Déjà dépassé.
Nous avons eu droit à une série de secousses, impossibles à hiérarchiser. Certaines ont pesé, d’autres ont insufflé un peu d’espoir. Mais autant vous le dire franchement : rien ne m’a marquée… parce que tout m’a marquée.
Et pourtant, parmi ce tumulte — ce mélange de tensions, de peurs, de joie, de rebondissements et d’urgences — une image a résisté. Une seule, aussi improbable qu’inoubliable : le pape Léon XIV agenouillé devant le tombeau de Saint Charbel. Une scène d’une simplicité déchirante, dans ce monastère d’Annaya où la montagne murmure à qui sait écouter l’éternité. Un instant suspendu, doux comme un répit, rare comme un silence à Beyrouth. Comme si, l’espace d’un instant, le Liban retrouvait son centre de gravité. Comme si le saint de ce pays l’emportait sur ses démons.
Ce n’était pas une énième déclaration sordide, ni des menaces d’une nouvelle guerre. C’était une scène de grâce, de celles qui vous attrapent alors que vous pensiez n’avoir plus de place pour ressentir quoi que ce soit.
Pendant quelques minutes, le Liban a arrêté de trembler. L’actualité a arrêté de hurler.
Comme si, après avoir prié pour nous, le pape nous confiait encore une fois à la seule lumière de Charbel — ce veilleur céleste qui ne dort jamais. Un peu comme moi.
Rita Sassine


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