
Chère lectrice, cher lecteur
- « Allo Matt ? On va à Damas ? »
-« Mais de quoi tu parles ? »
Dimanche 8 décembre 2024. Vers 7h du matin, un coup de fil de ma collègue Caroline Hayek me réveille. Nous n’arrivons pas à en croire nos yeux. Quelques heures plus tôt, Bachar el-Assad a fui la Syrie. Elle qui a raconté les histoires de ce pays de loin va enfin pouvoir le faire sur place. Moi qui n’ai jamais mis les pieds en Syrie, je vais pouvoir voir de près la fin de 50 ans de dictature.
Quelques heures plus tard, Caroline, notre collègue Mohammad Yassine et moi-même traversions la frontière à Masnaa -contre l’avis de notre expert en sécurité-. Pas de fixeur, pas de carte SIM syrienne, et l’incertitude totale sur ce que nous allons trouver de l’autre côté de la frontière. Nous roulons sur quelques centaines de mètres dans un no man’s land, avant de tomber sur une pancarte « Welcome to Syria ». En arrière-plan, un portrait de Bachar el-Assad vandalisé. Face aux hommes armés non identifiés qui tiennent le barrage syrien, nous optons pour la prudence et faisons demi-tour après avoir enregistré notre vidéo. Il faudra mieux préparer le voyage en Syrie, deux jours plus tard.
Contrairement à Caroline, Emmanuel Haddad et d’autres collègues, je ne fais pas partie de ceux qui couvrent la Syrie régulièrement. J’ai longtemps hésité à le faire. Six mois exactement, avant de sillonner Damas, Homs, Hama et la côte alaouite avec Caroline. Pour moi, il fallait laisser les Syriens raconter leur propre pays et leur donner un espace dans nos colonnes, comme nous le faisons occasionnellement avec nos collaborateurs Ahmad, Hassan et Karam.
Mais il y a aussi cette guerre interminable au Liban-Sud que je me dois de raconter à travers mon objectif. Et la fatigue physique, mais surtout mentale, qui s’installe. « Vous souffrez de PTSD et d’anxiété », me lance ma psy un matin. «Dans ‘Post-traumatic stress disorder’, il y a le terme ‘post’. Sauf qu’ici, le trauma est en continu », lui dis-je.
Entretemps, les tensions en Syrie restent vives. Les récits de survivants, comme ces femmes alaouites kidnappées et violées, doivent être documentés. À l’approche du premier anniversaire de la chute d’Assad, je ne sais toujours pas si j’irai à Damas couvrir cela. Car de l’autre côté de la frontière, chez nous, tout le monde retient son souffle. Après la visite du pape, de nombreux experts, pessimistes (ou juste réalistes), s’attendent à une reprise de la guerre. Le PTSD, lui, devra attendre.
Matthieu Karam


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