Des forces israéliennes dans les rues de Jénine à bord de véhicules blindés lors d'un raid, le 21 janvier 2025. Photo d'archives Jaafar Ashtyeh/AFP

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez sûrement déjà été confrontés au phénomène de « l’illusion de fréquence », un biais cognitif qui veut que quand on sait quelque chose, on le voit davantage. Ça m’arrive tout le temps. Je pars sur un sujet de reportage et j’ai l’impression que la terre entière ne parle que de ça. Parfois, cette illusion me joue des tours quand je réalise que, non, tout le monde ne s’intéresse pas aux défis des agriculteurs syriens face à la sécheresse historique frappant la région. Mais je garde l’infime espoir qu’en lisant mon article sur le sujet, certains y penseront en réalisant qu’ils ont un peu bronzé en ce début estival de novembre.
Il y a quelques mois, ce sont bien des chiffres sonnants et trébuchants qui m’ont poussé à me rendre au Liban-Sud. Depuis le début du cessez-le-feu le 27 novembre, L’Orient-Le Jour tient une comptabilité macabre des frappes de drones israéliens faisant des victimes presque quotidiennes dans la région, dont de nombreux civils. Je voulais recueillir des images et des mots pour décrire le coût humain de ces violations de la trêve. Mais je ne m’attendais pas à ce que mon intérêt pour le sujet percute le réel avec autant d’acuité. Arrivé le 6 août à Mejdel Selm pour recueillir le témoignage d’Ali Zaoui sur la mort de son neveu Wadih, 6 ans, tué par une frappe le 29 janvier, j’apprends qu’un autre enfant, Abbas Awala, 11 ans, vient d’être fauché par un drone dans un village situé à 4 kilomètres de là. Pas d’illusion, la fréquence de la mort s’était belle et bien accélérée.
Le même jour, je découvre qu’Ali, 15 ans, le grand frère de la victime, est le petit génie de Touline, après avoir remporté un championnat du monde de calcul mental. Le 8 août, je me rends à l’enterrement de Abbas. Dans la maison de son grand-père, Ali me tend une assiette de shish barak, me parle de son frère et me livre une image en quelques mots : « Il aimait le football, la chasse et surtout la moto. Ce jour-là, mon père lui apprenait à conduire un nouveau scooter ».
Emmanuel Haddad, Reporter


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