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Lifestyle - Mode

Paul Poiret, le grand couturier qui a défait le corset


Paul Poiret, le grand couturier qui a défait le corset

L’exposition se tient jusqu’au 11 janvier 2026 au musée parisien des Arts décoratifs. Photo DR/ Montage L'OLJ

Il lui avait suffi de remonter la taille. On ne va pas tout lui attribuer, puisqu’en réalité c’est Madeleine Vionnet qui a supprimé le pénible corset enserrant la taille et la poitrine des femmes jusqu’à la fin du XIXe siècle et quelques poussières. Mais l’histoire a voulu faire de lui cet innovateur qui a banni la taille creusée en « S », laissant à Vionnet la maternité de la coupe en biais. Lui, c’est Paul Poiret, dont la robe Joséphine créée en 1907, taille haute et structure invisible, incarne un manifeste moderne inspiré du Directoire. Le musée parisien des Arts décoratifs lui consacre depuis le 25 juin et jusqu’au 11 janvier 2026 une fascinante rétrospective.

Sous l’intitulé « Paul Poiret, la mode est une fête », le visiteur est invité à une immersion dans l’univers foisonnant du créateur, de la Belle Époque aux Années folles. L’exposition explore ses créations dans les domaines de la mode, des arts décoratifs, du parfum, de la fête et de la gastronomie. À travers 550 œuvres (vêtements, accessoires, beaux‑arts et arts décoratifs) la scénographie met en lumière l’influence durable de Paul Poiret et révèle l’étendue de son génie créatif. Un voyage passionnant à la rencontre d’un homme dont l’héritage continue d’inspirer les créateurs de mode contemporains, de Christian Dior en 1948 à Alphonse Maitrepierre en 2024.

Paul Poiret en pleine séance d'essayage. Photo Musée parisien des Arts décoratifs
Paul Poiret en pleine séance d'essayage. Photo Musée parisien des Arts décoratifs


Un monde de collaborations artistiques

C’est que Poiret ne s’est pas contenté de réinventer le vêtement féminin. Autour de lui, il a bâti un monde. Il fréquente les artistes, collabore avec le peintre Raoul Dufy, avec qui il crée des tissus imprimés, notamment pour la collection « La Perse ». L’illustrateur Paul Iribe réalise pour lui en 1908 un album de mode illustré (Les Robes de Paul Poiret), considéré comme le premier lookbook moderne. Georges Lepape, dessinateur de mode, illustre les créations de Poiret dans La Gazette du Bon Ton et dans divers supports visuels de la maison. Il est le premier à inventer le principe d’un univers de marque : couture, décoration, parfums. C’est ainsi qu’il fonde en 1911 La Maison Martine, un atelier-école dédié aux arts décoratifs (mobilier, textiles, papiers peints), dans la lignée des ateliers d’art de l’époque qui inspirera plus tard le Bauhaus. Pour lui, tout doit raconter une histoire : le tissu, le flacon, le décor d’un salon. Il compose comme un chef d’orchestre. Poiret, qui a eu cinq enfants, dédie à sa fille Rosine une ligne de parfums, Les Parfums de Rosine, chaque flacon, conçu par un artiste, ayant sa propre identité visuelle.

Phototypie colorée au pochoir de l'illustrateur Georges Lepape pour Paul Poiret. Photo Musée musée parisien des Arts décoratifs
Phototypie colorée au pochoir de l'illustrateur Georges Lepape pour Paul Poiret. Photo Musée musée parisien des Arts décoratifs


Sultan dans un jardin orientaliste

Mieux, à partir de 1910, Paul Poiret invente sa propre stratégie artistique et marketing en donnant des fêtes spectaculaires et thématiques dans son hôtel particulier de l’avenue d’Antin, devenue avenue Franklin D. Roosevelt, à Paris. Ces soirées, parmi les plus brillantes de l’époque, réunissaient le tout Paris autour de célébrités telles que le peintre Kees Van Dongen et la grande prêtresse de la danse libre, Isadora Duncan, dont Poiret réalisait les costumes de scène. L’un des événements majeurs de la scène mondaine parisienne fut « La Mille et Deuxième Nuit », une fête donnée le 24 juin 1911 pour laquelle Poiret, déguisé en sultan, a transformé son jardin en campement oriental, avec fontaines, tapis et encens. Certains témoignent même qu’une panthère vivante s’y trouvait enchaînée. Une idée qu’on retrouvera recyclée par Cartier.


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Denise, muse discrète, égérie vivante

L’exposition invite aussi le visiteur dans l’univers intime du créateur. Celui-ci est dévoilé à travers des photographies et portraits de famille. On y voit Denise Poiret, son épouse, les enfants du couple, mais aussi la sœur du couturier, Nicole Groult, mère des écrivaines Benoîte et Flora Groult. D’ailleurs, il serait injuste de parler de Paul Poiret sans évoquer l’influence de sa femme, Denise Poiret, muse discrète et incarnation de l’élégance de son époque. Mannequin, styliste de l’ombre, partenaire de création, égérie vivante, libérée, déliée, voyageuse, cosmopolite, cultivée, son rôle auprès de Paul Poiret fut inestimable.

L’espace met en lumière des moments précieux de sa vie personnelle. Le parcours de l’exposition se prolonge par l’évocation de ses créations dans le cinéma des années 1920, par exemple dans L’Inhumaine de Marcel L’Herbier. Il s’achève par l’influence de Poiret sur les couturiers et créateurs de mode des XXe et XXIe siècles. Des couturiers comme John Galliano, Christian Dior, Christian Lacroix et Yves Saint-Laurent ont puisé dans l’orientalisme, le folklore, l’esprit de fête et les arts du spectacle. À l’image de Paul Poiret, ils ont incarné le rôle de directeurs artistiques, donnant à la mode une dimension narrative et spectaculaire. Paul Poiret a été le premier couturier à faire appel à des artistes pour intervenir sur ses textiles, décors, illustrations et autres moyens de communication. Il est de ce fait le pionnier de ce que l’on appelle aujourd’hui les « collabs » ; pratique commune depuis le début des années 2000 entre les marques de mode et les artistes.

Il lui avait suffi de remonter la taille. On ne va pas tout lui attribuer, puisqu’en réalité c’est Madeleine Vionnet qui a supprimé le pénible corset enserrant la taille et la poitrine des femmes jusqu’à la fin du XIXe siècle et quelques poussières. Mais l’histoire a voulu faire de lui cet innovateur qui a banni la taille creusée en « S », laissant à Vionnet la maternité de la coupe en biais. Lui, c’est Paul Poiret, dont la robe Joséphine créée en 1907, taille haute et structure invisible, incarne un manifeste moderne inspiré du Directoire. Le musée parisien des Arts décoratifs lui consacre depuis le 25 juin et jusqu’au 11 janvier 2026 une fascinante rétrospective.Sous l’intitulé « Paul Poiret, la mode est une fête », le visiteur est invité à une immersion dans l’univers foisonnant du...
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