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Lifestyle - Mode

Migdalah, le sac hommage de Rani Zakhem à sa mère


Migdalah, le sac hommage de Rani Zakhem à sa mère

Entre Rani Zakhem et sa mère Maggie, un sac qui résume plus d'un siècle de transmissions. Photo d'archives Rani Zakhem

Cela faisait cinq ans que Rani Zakhem avançait à pas mesurés, presque secrets, sur un objet qu’il portait en lui depuis toujours. Cinq années de travail patient, entre matières précieuses et démarches administratives, boucles en métal doré et souvenirs d’enfance. Cinq années pour accoucher d’un sac chargé d’un monde.

L’histoire en réalité commence bien avant lui. Fin XIXe, dans une autre vie, un autre continent. Le grand-père de sa mère, Ibrahim Chammas, quitte le Liban pour l’Argentine, emportant avec lui les espoirs d’un migrant parti d’une terre sans avenir. Là-bas, dans la province de Santa Fe, il fait fortune dans des élevages alors synonymes de luxe et d’exotisme : le chinchilla et l’alligator. Nous sommes au cœur de la Belle-Époque, l’une de ces périodes post-guerre qui ramène en Europe, surtout en France, hédonisme et prospérité. La demande est forte. Il rentrera au pays plus tard, les valises pleines et la mémoire enchantée. Sa fille, Laura Chammas, née en Argentine, est la grand-mère de Rani Zakhem. Dans le sang du couturier libanais coulent déjà l’éclat des peaux précieuses, la rumeur des fermes lointaines, la science du rare et du beau.

Rani naît à Beyrouth en octobre 1983. Quelques mois plus tard, sa mère Maggie part se refaire une santé à la clinique Valmont. Karl Lagerfeld vient tout juste de prendre les rênes artistiques de Chanel. La maison fondée par Coco Chanel a le vent en poupe. Maggie s’offre un sac de la marque, édition limitée d’un modèle de soirée en alligator noir. Elle le portera toute sa vie. Trente ans plus tard, l’anse ternie, la fermeture éclair altérée amènent Rani Zakhem à la maison mère de Chanel à Paris pour faire donner au sac un coup de frais. Il a en main l’écrin d’origine et le certificat d’authenticité. Le directeur de la boutique descend, prend le sac avec des gants, comme une relique, impressionné par son état de conservation. On change l’anse, on restaure le fermoir, on restitue à l’objet sa splendeur. C’est peut-être là que commence à poindre chez le créateur l’envie de relever le défi de créer un sac qui aurait une âme, une personnalité à part entière.

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Un jour, sa mère lui dit : « J’aimerais un sac comme celui-ci, mais sans cette fermeture éclair qui casse les ongles. » Ce souhait tout simple est le déclic. En 2013, Rani avait déjà dessiné sa boucle monogrammée RZ pour rehausser une collection où la ceinture était un élément-clé. Il reste du matériel, des rêves, des formes à l’état de projet. Une autre boucle naît, évocation d’une défense d’ivoire qu’il observait, enfant, dans une maison remplie d’objets mystérieux. L’enfance revient toujours. L’Argentine, l’Afrique où il passe les premières années de sa vie, les souvenirs qui font voyager... Il a donc déjà dans son atelier tous les éléments nécessaires à la construction d’un sac : les boucles dorées, une bandoulière inspirée d’une ceinture, des croquis épars et surtout une peau d’alligator bleu nuit (le noir est en rupture), livrée un an après avoir été commandée peu avant l’explosion du 4-Août. Il dessine un sac hybride, reprenant le trapèze du Kelly d’Hermès et la poche extérieure en demi-lune du Chanel classique, pensée pour y glisser l’essentiel sans tout ouvrir. Un sac pratique mais noble, à la fois singulier et familier.

Le modèle mesure 40 cm, la largeur d’une peau entière. Ni plus ni moins. Il en découle une forme, une contrainte, une élégance. Il le baptise Migdalah, ce nom biblique dont le prénom de sa mère, née un 14 juillet, est le diminutif. Il n’y avait pas prêté attention, mais le jour du lancement, il s’en souvient : la coïncidence est trop belle. Migdalah, c’est une histoire de transmission et d’inspirations ataviques.

Le sac Migdalah en alligator bleu-nuit, familier et singulier à la fois. Photo Pedro Hasrouni/Rani Zakhem
Le sac Migdalah en alligator bleu-nuit, familier et singulier à la fois. Photo Pedro Hasrouni/Rani Zakhem


Le sac se décline en plusieurs couleurs de peaux : citron éclatant, rouge Valentino, fuchsia insolent, lie-de-vin profond, noir classique, et un alligator Himalaya, merveille blanche striée de gris, presque irréelle. Toutes proviennent de fermes homologuées, en Asie. « L’alligator est un prédateur, commente Rani. Rien à voir avec la barbarie d’un monde qui laisse mourir les enfants de Gaza. » La première campagne est shootée en 2021 par le photographe Pedro Hasrouni, juste avant son départ définitif du Liban. Par la suite, la crise financière s’amplifie jusqu’à l’effondrement. Le pays vacille, mais l’idée résiste. Migdalah dort un temps, comme une pierre précieuse dans sa mine. Rani attend d’avoir les bonnes peaux, les bons partenaires. En 2024, il se remet à l’ouvrage. En 2025, le sac est enfin prêt et disponible sur commande. « J’avance à petits pas, dit le créateur, mais nous y sommes ! »

Migdalah n’est pas qu’un sac. C’est une synthèse, un héritage transcontinental. Il correspond à une vision du luxe juste, ni tapageur ni inaccessible, telle que l’assume Rani Zakhem. C’est un objet qui parle d’un monde révolu et le réveille au présent. Un désir tranquille qui a pris le temps de se réaliser. Un futur classique qui a observé les plus grands avant de définir sa propre identité.

Cela faisait cinq ans que Rani Zakhem avançait à pas mesurés, presque secrets, sur un objet qu’il portait en lui depuis toujours. Cinq années de travail patient, entre matières précieuses et démarches administratives, boucles en métal doré et souvenirs d’enfance. Cinq années pour accoucher d’un sac chargé d’un monde.L’histoire en réalité commence bien avant lui. Fin XIXe, dans une autre vie, un autre continent. Le grand-père de sa mère, Ibrahim Chammas, quitte le Liban pour l’Argentine, emportant avec lui les espoirs d’un migrant parti d’une terre sans avenir. Là-bas, dans la province de Santa Fe, il fait fortune dans des élevages alors synonymes de luxe et d’exotisme : le chinchilla et l’alligator. Nous sommes au cœur de la Belle-Époque, l’une de ces périodes post-guerre qui ramène en Europe,...
commentaires (2)

joli!

Marie Claude

08 h 15, le 14 juillet 2025

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Commentaires (2)

  • joli!

    Marie Claude

    08 h 15, le 14 juillet 2025

  • L'alligator est un alligator et se comporte comme tel, en revanche votre amalgame de l'alligator predateur et des enfants qui meurent à Gaza est d'un goût plus que douteux.

    Avette

    23 h 09, le 13 juillet 2025

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