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Convergence d’ennui


Face à la boucherie à Gaza et la béchamel au Liban-Sud, on l’aura compris, le Liban officiel en lambeaux joue à la serpillière en instance de recyclage. Mikou psalmodie à contre-courant des cantiques pro-iraniens d’Istiz Nabeuh, mais les deux compères attendent, la trouille au ventre, la dérouillée qui viendra d’outre-frontière, priant fort pour qu’un rot ou une flatulence échappé(e) d’une ambassade ou d’un émissaire étranger vienne embaumer leurs maigres espoirs d’y échapper. Comme pour conjurer le mauvais sort, les deux croûtons multiplient les saillies lénifiantes, tout en croisant les doigts pour que rien ne se passe. À défaut de méthode Coué, les Libanais commencent à gober la technique « Arnaquoué » .

Bien loin des lignes du front et comme si de rien n’était, les canards boiteux de la politique s’adonnent entre-temps à leur passe-temps favori : la castagne dans les médias et sur les réseaux. Le Basileus orangé, toujours aussi imbuvable, et le Déplumé défraîchi, toujours aussi soporifique, s’échangent des mandales fleuries, pendant que leurs pendentifs respectifs dégustent leur bave à grandes lampées. En face, le frère aîné de l’élevage Hariri commence à agiter ses biftons devant la cohorte de larbins accourus soumettre leurs offres de service. Lui entend bien se vautrer dans le fauteuil de son cadet Mollasson, lequel se prélasse auprès de l’émir d’Abou Dhabi dont il est le voisin de palmier.

Et c’est au milieu de cette convergence d’ennui que quelques simplets prennent courageusement la relève pour se rabattre sur la revanche du pauvre : boycotter les produits « made in Youessay »… tous, sauf bien entendu les iPhone et autres appareils Android servant à partager ces moments historiques.

Simplets, mais surtout ignares. Car si l’on peut, sans gros dommages pour nous – et encore moins pour les Ricains, d’ailleurs –, bouder un paquet de clopes par-ci, une flotte gazeuse par-là, ça la ficherait mal lorsque quelques cinglés et autres agités du keffieh viennent s’en prendre à des établissements, sous label amerloque certes, mais donnant du boulot à une brouettée de salariés, libanais pur jus ceux-là.

Alors en attendant que Wall Street vacille sur ses bases et que le dollar soit indexé sur la livre libanaise, va faire comprendre à quelques paumés qu’il ne sert à rien de casser une boisson pétillante ou une gargote à viande hachée, vu que son propriétaire carbure à la franchise. Donc, bourré de pognon ou à poil, le patron paye quand même chaque année son autre patron yankee… peut-être même avec les impôts des casseurs, s’il est copain du ministre !

De tous les pays arabes, dont les dirigeants ont héroïquement choisi de réagir au carnage des Palestiniens en se massant les orteils, il a fallu que la solidarité s’exprime chez nous de la façon la plus niaise. Et où ça siouplait ? Dans un pays où tour à tour l’armée, les « services », les milices chrétiennes et chiites, sans oublier les frérots syriens, ont tous broyé du Palestinien jusqu’à la purée. La fraternité arabe dans toute sa splendeur !

Mais bon, dans ces cas-là dit-on, mieux vaut prêter à sourire que donner à réfléchir.

gabynasr@lorientlejour.com

Face à la boucherie à Gaza et la béchamel au Liban-Sud, on l’aura compris, le Liban officiel en lambeaux joue à la serpillière en instance de recyclage. Mikou psalmodie à contre-courant des cantiques pro-iraniens d’Istiz Nabeuh, mais les deux compères attendent, la trouille au ventre, la dérouillée qui viendra d’outre-frontière, priant fort pour qu’un rot ou une flatulence échappé(e) d’une ambassade ou d’un émissaire étranger vienne embaumer leurs maigres espoirs d’y échapper. Comme pour conjurer le mauvais sort, les deux croûtons multiplient les saillies lénifiantes, tout en croisant les doigts pour que rien ne se passe. À défaut de méthode Coué, les Libanais commencent à gober la technique « Arnaquoué » .Bien loin des lignes du front et comme si de rien n’était, les canards boiteux...
commentaires (5)

"mieux vaut prêter à sourire que donner à réfléchir."... CQFD

Wlek Sanferlou

03 h 19, le 08 juillet 2024

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Commentaires (5)

  • "mieux vaut prêter à sourire que donner à réfléchir."... CQFD

    Wlek Sanferlou

    03 h 19, le 08 juillet 2024

  • Rectification, « les conards boiteux » qui croient pouvoir trôner avec les fossoyeurs de leur pays. Pour le reste, on ne peut plus éloquent, les libanais ont toujours préféré défendre toutes causes de la région aussi diamétralement opposées à nos principes et aussi lointaines soient elles, plutôt que de défendre leur pays qui vit sous le joug des autres pays, tantôt syriens tantôt iranien. Ils préfèrent leur communauté à la patrie qui leur a tout donné et qu’ils préfèrent sacrifier pour rien ou plutôt pour des illuminés qui les maltraitent et les tuent tant qu’ils sont des leurs.

    Sissi zayyat

    13 h 12, le 07 juillet 2024

  • Et maintenant ou on va . Le film de Labaki

    Eleni Caridopoulou

    17 h 12, le 05 juillet 2024

  • ""Dans un pays où tour à tour l’armée, les « services », les milices chrétiennes et chiites, sans oublier les frérots syriens, ont tous broyé du Palestinien jusqu’à la purée"". L’ironie : ""L’essentiel n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu"" (de Coubertin), comme si la guerre, notre sport national, notre loisir, après l’avoir apprivoisé, fait partie de notre ADN. On s’est "bien battus" ennemis de nous-mêmes, et on n’a vaincu personne, ni nous-mêmes, ni nos ennemis. A l’heure de la guerre au Sud, on passe le baccalauréat, et à Tyr, on va à la plage, au son des détonations…

    Charles Fayad

    12 h 42, le 05 juillet 2024

  • Bien vu. Et maintenant ?

    F. Oscar

    08 h 20, le 05 juillet 2024

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