La plage de Tyr au premier jour de l'Adha, le 16 juin 2024. Photo Olivia Le Poidevin/L'Orient Today
« Pourquoi aurais-je peur de rentrer dans mon village du sud alors que sayyed Hassan (Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah) mène la lutte contre Israël ? », lance Dana Hamdan, une étudiante de 20 ans originaire de Tayr Debba, dans le caza de Tyr, à L'Orient Today, au deuxième jour de la fête de l’Adha, lundi.
Bien que les avions de combat israéliens aient franchi le mur du son au-dessus de nombreuses régions du sud, lancé des ballons thermiques, mené des raids aériens et des frappes meurtrières, la circulation est restée dense sur l'autoroute reliant Beyrouth au sud durant la fête de l’Adha.
« Nous sommes des habitants du sud, nous n'abandonnons pas notre terre. Nous n'avons pas peur des agressions israéliennes », assure Hajj Mohammad Hamdan, 62 ans, père de trois enfants et grand-père de trois petits-enfants, qui s'est entretenu avec L'Orient Today en marge du troisième anniversaire de sa petite-fille dans sa ville natale de Kfar Hatta (Saïda).
« Au cours de ma longue vie, j'ai été témoin de la brutalité d'Israël, mais j'ai aussi observé l'abnégation de nos combattants de la résistance (du Hezbollah). Tout comme nous avons remporté la victoire en 2000, nous vaincrons aujourd'hui, mais le prix sera élevé - un prix que nous, habitants du Sud, sommes habitués à payer. Nous n'avons donc pas vraiment peur de rentrer dans nos villages natals à cause d'Israël », conclut-il avec un sourire.
Le 25 mai 2000, 22 ans après sa première invasion, l'armée israélienne s'est retirée de la bande frontalière qu’elle occupait au Liban-Sud. Ce retrait unilatéral, intervenu dans un contexte d’attaques incessantes du Hezbollah, a fortement contribué à la popularité du parti chiite. Ce dernier continue toutefois d’appeler à la libération de la bande dite des « hameaux de Chébaa » (officiellement revendiqué par le Liban mais considéré par la communauté internationale comme un territoire syrien annexé par Israël).
« Ce n'est pas l'Adha si... »
« Pour moi, la fête de l’Adha est synonyme de côtelettes d'agneau grillées au barbecue, de poulet ‘taouk’ et de taboulé préparé par ma grand-mère dans son jardin à Adaïssé », explique Hussein Attié, originaire de ce village du caza de Marjayoun. « Je n'ai pas l'impression de fêter l'Adha si je ne suis pas chez mes grands-parents à Adaïssé ».
En raison du bombardement intensif de ce village frontalier et de sa proximité avec les bases militaires israéliennes, Hussein Attié et sa famille ont choisi de passer l'Adha chez sa tante à Saïda. « J'aspire à être au Liban-Sud, mais j'aspire aussi à la sécurité », se lamente-t-il, exprimant sa détresse de voir son village dévasté à plusieurs reprises par les attaques israéliennes. « Je ne sais pas quand j’y reviendrai, mais en attendant, je continuerai à dénoncer Israël et à prier pour les combattants du Hezbollah qui défendent courageusement nos terres », conclut Hussein Attié.
Les habitants qui sont retournés dans le village frontalier de Dhaïra (caza de Tyr) lundi pour inspecter leurs maisons ont été accueillis par des tirs de l'armée israélienne dans une tentative d'intimidation, ont indiqué des sources locales.
Dimanche, premier jour de l'Adha, des dizaines de civils se sont rendus sur la plage de Tyr, décrivant cette action comme leur propre forme de résistance. Depuis la plage, on pouvait apercevoir de la fumée s'échapper d'une colline à Naqoura, qui a été bombardée plusieurs fois par l'armée israélienne ce jour-là.
Selon de récents chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations, publiés dans un rapport repris jeudi 13 juin par le ministère libanais de la Santé, plus de 94 000 personnes ont été déplacées du Liban-Sud en raison des tirs et des bombardements quotidiens d'Israël depuis le début des affrontements entre le Hezbollah et l'armée israélienne, le 8 octobre 2023. Depuis le début du conflit, Israël aurait tué 72 civils libanais, tandis que 303 membres du Hezbollah ont perdu la vie au Liban selon notre décompte. Le Hezbollah a toujours affirmé que ses actions visaient à soutenir son allié palestinien, le Hamas, à Gaza.




Que ceux qui veulent le Hezbollah restent la où ils sont heureux et tranquilles avec lui. Nous on n’en veut pas! C’est clair, net et précis. Soit fédéralisme soit partition. On ne forme pas une nation. Nous avons des cultures diamétralement opposées
17 h 22, le 18 juin 2024