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Potiches en foire


Dans un Moyen-Orient où les régimes politiques se partagent entre les roitelets exotiques de droit divin et les dynasties militaires calcifiées, les Libanais ne connaissent pas leur bonheur ! Une classe dirigeante sans cesse occupée à organiser des passes d’armes improbables aussitôt suivies de réconciliations incompatibles, une police qui s’essouffle à faire le ménage d’un point à l’autre du territoire, des dirigeants de parti se curetant le nombril devant des neuneus qui leur passent la brosse à reluire et le plumeau… En somme, un pouvoir politique qui n’a ni le temps ni la compétence pour s’occuper des citoyens, mais qui leur fout en revanche une paix royale. Le paradis, quoi !

Près de deux ans déjà sans président de la République, et les gens ne s’en portent pas plus mal. Deux ans c’est long au regard du temps qui passe, des rides qui lassent et de l’ostéoporose qui casse… Mais cela reste un salaire de moins payé par le contribuable, et c’est toujours ça de pris ! Encore quelques années de ce cirque, et l’on finira par réaliser l’inutilité de la fonction. Ne reste plus qu’à se convaincre de la futilité des deux autres potiches à califourchon sur Aïn el-Tiné et le Sérail. D’ici là, la bêtise naturelle aura été remplacée par l’intelligence artificielle, les télécoms par la transmission de pensée, Microsoft en sera à son 42e Windows… pendant que nos vieux birbes locaux continueront à se fritter autour de la confession d’un moukhtar du Akkar ou du caleçon surchargé d’un garde-chasse du Kesrouan.

La marotte de la saison a consisté pendant un moment à raccrocher les wagons entre le Basileus et le Franju. Et tenter, autant que faire se peut, d’entourlouper l’Ancêtre haut perché du Parlement. Peine perdue. Les deux larrons n’étaient pas d’accord sur le cérémonial : la grande tape dans le dos a été écartée d’emblée, aucun des deux ne pouvant savoir ce que l’autre pouvait avoir dans la main ; quant à l’étreinte frou-frou avec pelotage de proximité, il n’en était pas question vu qu’ils ne peuvent se blairer ni au propre ni au figuré. Si seulement on pouvait les embaucher dans un film 3D. Ce serait certainement la seule façon de leur donner du relief.

Ce que l’on sait en tout cas, c’est que les deux prétendants veulent l’entente, les deux veulent le partenariat, les deux pensent qu’une page de l’histoire du Liban est en train de s’écrire. Bon, on dit ça juste pour causer, parce que les deux sont surtout affamés ! Et avec le piment confessionnel qui épice la pantalonnade, on ne voit pas comment l’heureux désigné pourrait régner sur autre chose qu’un château de cartes.

Parlant de château, s’il y en a un qui doit se sentir indispensable aujourd’hui, c’est bien le troufion de la garde présidentielle qui continue de faire sa corvée de pas de l’oie à l’entrée de la coquille vide de Baabda. Un petit air d’Athènes, où les evzones du vieux palais royal sans roi gesticulent pour les touristes.

Finalement, c’est lui, notre vrai président…

gabynasr@lorientlejour.com

Dans un Moyen-Orient où les régimes politiques se partagent entre les roitelets exotiques de droit divin et les dynasties militaires calcifiées, les Libanais ne connaissent pas leur bonheur ! Une classe dirigeante sans cesse occupée à organiser des passes d’armes improbables aussitôt suivies de réconciliations incompatibles, une police qui s’essouffle à faire le ménage d’un point...
commentaires (7)

Gaby Nasr ou le billet des lumières Drôle , toujours juste délicieusement relevé À mettre tous les jours sur ordonnance Merci!

Noha Baz

08 h 48, le 18 juin 2024

Tous les commentaires

Commentaires (7)

  • Gaby Nasr ou le billet des lumières Drôle , toujours juste délicieusement relevé À mettre tous les jours sur ordonnance Merci!

    Noha Baz

    08 h 48, le 18 juin 2024

  • "Deux ans c’est long au regard du temps qui passe, des rides qui lassent et de l’ostéoporose qui casse…" mmm délicieux!!! Et pour le dessert, "troufion au pas de l'oie"... dé-li-Cieux...

    Wlek Sanferlou

    14 h 13, le 14 juin 2024

  • ""Près de deux ans déjà sans président de la République, et les gens ne s’en portent pas plus mal"". Le vide au sommet de l’État, c’est pour brouiller les pistes. Du déjà vu dans l’histoire, les politiciens sont de connivence pour une fuite en avant ou en arrière. Jadis, je le répète, la "politique de la chaise vide", du "siège vide",qui s’apparente à échapper à une échéance,pour finalement se laver les mains de toute responsabilité.La présidence,ce n’est pas cet exercice éprouvant de la politique pour que l’un et l’autre renoncent au poste,mais pour "inaugurer les chrysanthèmes" comme on dit.

    NABIL

    13 h 04, le 14 juin 2024

  • Une erreur : le pouvoir actuel du PM démissionnaire et sortant est très occupé à inventer tous les jours de nouvelles taxes et de multiplier par 30 ou 60 les taxes existantes. Il faut bien payer les fonctionnaires qui sont en grève et les élus en pâte de carton ainsi que les ministres plutôt sinistres

    Lecteur excédé par la censure

    11 h 53, le 14 juin 2024

  • CHAPEAU !

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    11 h 18, le 14 juin 2024

  • Merci M. Nasr de nous régaler ainsi à nos dépens. Vous sus surpassez. Bravo

    Sissi zayyat

    10 h 55, le 14 juin 2024

  • ""… on ne voit pas comment l’heureux désigné pourrait régner sur autre chose qu’un château de cartes"". La future désignation d’un président se fera par défaut, pour que le poste ne soit vacant, donnant un semblant de pouvoir, alors qu’il n’en est rien. Pour inverser le cours, pour arrêter une guerre, (je rêve, ou quoi) je n’oserai pas dire qu'il fera de la figuration. Tout cela pose une question de légitimité dont on ne se sait pas très d’où il pourrait l’obtenir. Des palabres à l’infini, un سوق عكاظ politique…

    NABIL

    10 h 28, le 14 juin 2024

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