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Société - TÉMOIGNAGES

« On est tous mis dans le même panier » : la peur des Syriens après le meurtre de Pascal Sleiman

Une fois dévoilée la nationalité des meurtriers présumés, le climat de défiance envers les exilés du pays voisin a atteint son paroxysme.
« On est tous mis dans le même panier » : la peur des Syriens après le meurtre de Pascal Sleiman

Des partisans des Forces libanaises brûlant des pneus lors d'un rassembment à Jbeil pour manifester leur colère après le meurtre de Pascal Sleiman, le 8 avril 2024. Joseph Eid/AFP

« S'il te plaît, ne cite surtout pas mon nom. Je ne veux pas que quelqu'un puisse me reconnaître. » C'est sur ces mots que Yasser* met un terme à la conversation téléphonique. Gardien d'un immeuble à Jeitaoui (Achrafieh), ce quadragénaire d'origine syrienne a très vite senti le vent tourner lundi soir, après la rumeur du décès de Pascal Sleiman, responsable des Forces libanaises à Jbeil tué lors d’une tentative de vol de sa voiture dans le secteur de Kharbé, selon la version officielle des autorités libanaises.

« Quand j'ai vu toutes ces vidéos de gens agressant des Syriens au hasard dans la rue apparaître sur les réseaux sociaux, j'ai compris que cela pouvait arriver à n'importe lequel d'entre nous, même ceux qui n'ont rien à se reprocher », confie-t-il. Depuis lundi, des vidéos montrant des individus agressant des ressortissants syriens ou vandalisant leurs voitures circulent en boucle sur les réseaux sociaux. Inquiet, Yasser raconte avoir demandé à sa femme et ses deux filles de ne pas sortir de leur appartement avant son retour du travail : « J'ai peur que si elles sortent, elles ne reviennent jamais... »

« Dès que j'ai vu la nouvelle, j'ai compris... »

Un climat de plus en plus pesant s'est propagé aux quatre coins du pays à mesure que s'enchaînaient les révélations sur l'affaire Pascal Sleiman. La tension est encore montée d'un cran après l'annonce, lundi, de la nationalité des suspects, l'armée indiquant avoir arrêté sept membres d'un gang criminel : « Dès que j'ai compris que ceux qui avaient fait ça étaient Syriens, j'ai compris que l'affaire allait prendre une ampleur encore plus grande », ajoute Yasser.

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Dans la foulée, plusieurs municipalités de la Békaa se sont empressées de publier des arrêtés interdisant la « libre circulation des déplacés syriens » et ordonnant  « la fermeture de leurs établissements », comme cela a également pu être observé mardi à Bourj Hammoud, à l'est de Beyrouth.

Le ministre de l'Intérieur, Bassam Maoulaoui, a surenchéri en déclarant lors d'un conseil de sécurité extraordinaire que  « la présence des Syriens au Liban, de la façon dont elle existe aujourd'hui, est inacceptable ». Ce dernier avait avancé en octobre dernier que 30 % des crimes sont commis par des ressortissants syriens. Des données contredites par plusieurs ONG dont Human Rights Watch, qui considère entre autres que compte tenu du nombre de crimes impunis, ces statistiques sont à prendre avec des pincettes.

Depuis le début de la crise, les tensions s’exacerbent autour de la présence des migrants syriens, estimés entre 1,5 et 2 millions sur le territoire libanais, selon la Sûreté générale, en particulier lors de faits divers impliquant l'un d'eux : la semaine dernière, le meurtre d'un octogénaire dans sa résidence de Sioufi commis par des ressortissants syriens avait déjà attisé des réactions hostiles à leur égard de la part des habitants du quartier et des élus locaux.

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« C'est toujours pareil, dès qu'il y a un problème politique, on met tous les Syriens dans le même panier et on menace de bientôt tous nous expulser, regrette Mounir*, un comédien d'une vingtaine d'années qui a vécu quasiment toute sa vie au pays du Cèdre. J'ai quand même décidé d'aller au bureau, car je sais qu'avec mon accent, je passe sans problème pour un Libanais. Pas comme mes deux frères, qui ont préféré rester à la maison aujourd'hui. »

Barrages sauvages

« Avec plusieurs de mes amis livreurs, on s'est dit qu'il valait mieux rester chez nous aujourd'hui pour ne pas tomber sur un barrage », confirme Bassam*, réfugié au Liban au début de la guerre syrienne et livreur pour Toters. Ces barrages sauvages, Samir*, employé dans un restaurant à Achrafieh, où il réside, les a également fuis en « passant à l'ouest » en direction de Hamra pour y passer la nuit à l'abri. « En passant près de Mar Mitr, j'ai vu une bande de jeunes avec des barres de fer arrêter des voitures pour vérifier si les passants étaient libanais ou syriens. J'ai préféré attendre jusqu'au lendemain pour retourner chez moi », détaille ce trentenaire, qui affirme que ces groupes n'étaient munis d'aucun signe distinctif.

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Samir espère toutefois que la situation reviendra au calme avec le Fitr, mais la plupart des personnes interrogées ne se font pas vraiment d'illusions à ce sujet. « La semaine dernière, l'un de mes amis, qui vivait ici depuis 10 ans, s'est fait arrêter à un barrage militaire à Achrafieh, reprend Mounir. Depuis, il a été expulsé vers la Syrie et a tout de suite été enrôlé de force pour faire son service militaire. »

Ces dernières années, les autorités libanaises ont multiplié les opérations ponctuelles d'expulsion ou de « rapatriement volontaire », malgré les mises en garde de la communauté internationale et de nombreuses ONG sur les risques pour leur sécurité. « Dans la vie de tous les jours, j'oublie que je suis syrien tant je peux me sentir bien intégré dans ce pays, poursuit-il. Mais dès qu'il se passe ce genre de choses, je me rappelle que non, je suis différent. »

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.

« S'il te plaît, ne cite surtout pas mon nom. Je ne veux pas que quelqu'un puisse me reconnaître. » C'est sur ces mots que Yasser* met un terme à la conversation téléphonique. Gardien d'un immeuble à Jeitaoui (Achrafieh), ce quadragénaire d'origine syrienne a très vite senti le vent tourner lundi soir, après la rumeur du décès de Pascal Sleiman, responsable des Forces libanaises...
commentaires (7)

Je serais à leur place, je rentrerai définitivement en Syrie pour la reconstruire (on ne peut pas nier que les syriens sont de bons maçons) et je ne remettrai plus jamais les pieds au Liban. Je demanderai même au gouvernement syrien d’interdire aux citoyens syriens de se rendre au Liban. Les libanais n’auront plus de concierges, plus d’ouvriers, plus de livreurs… c’est bien fait !

Lecteur excédé par la censure

12 h 29, le 11 avril 2024

Tous les commentaires

Commentaires (7)

  • Je serais à leur place, je rentrerai définitivement en Syrie pour la reconstruire (on ne peut pas nier que les syriens sont de bons maçons) et je ne remettrai plus jamais les pieds au Liban. Je demanderai même au gouvernement syrien d’interdire aux citoyens syriens de se rendre au Liban. Les libanais n’auront plus de concierges, plus d’ouvriers, plus de livreurs… c’est bien fait !

    Lecteur excédé par la censure

    12 h 29, le 11 avril 2024

  • Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés... Cette expression n'a jamais été autant d'actualité. Certains oublient l' intervention syrienne en 1976 puis l'occupation du Liban qui s'est terminée en 2005 !! Et nombre de ceux qui sévissaient ou leur progéniture vivent en toute impunité actuellement au Liban. Apres tout le Libanais de la rue ne leur veut que du bien, en souhaitant leur retour, afin d'éviter "tout" malentendu.

    C…

    18 h 50, le 10 avril 2024

  • Il est clair que ce sont souvent les innocents qui paient les frais. C'est triste mais c'est comme çà! Ces gens la ne doivent s'en prendre qu'a leur régime. Les Libanais ne s'en prennent pas aux Syriens pour le plaisir mais suite a 15 ans de guerre nourrie par leur pays suivie de 15 ans d'occupation pendant lesquelles ils étaient heureux de le saccager, le voler et assassiner ses dirigeants sans compter les divers massacres dont l’armée Syrienne fut l'instigatrice. Qu'il rentrent chez eux et libèrent leur pays ce serait plus saint pour tous.

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    09 h 44, le 10 avril 2024

  • Les syriens n’ont qu’à rentrer dans le pays où le calme et la sécurité règnent. Ainsi leurs craintes des libanais seront résolues. On est même prêt à leur offrir le coût du taxi du retour définitif

    Lecteur excédé par la censure

    09 h 14, le 10 avril 2024

  • Ce papier nous apprend qu’il y a des lynchages de Syriens. C’est INADMISSIBLE. A défaut de l’Etat, quasi-inexistant sur le terrain, les FL ne doivent pas laisser faire une abomination pareille. On sait à quelles horreurs l’esprit de vendetta nous avait menés. Réveillez-vous!

    Marionet

    08 h 40, le 10 avril 2024

  • Il faut saisir l'occasion afin d'insister sur la demande faite par tous les libanais sans exception de rapatrier au plus vite les réfugiés syriens et les aider à rentrer en Syrie avec toutes les garanties dont ils auraient besoin afin de vivre tranquillement dans leur propre pays , de façon décente et avec la sécurité requise , pour qu'ils puissent enfin contribuer à la reconstruction de la Syrie avec l'appui des puissances . Le Liban n'a plus la force de les acceuillir plus longtemps .

    Chucri Abboud

    02 h 44, le 10 avril 2024

  • Allez -vous en chez vous pardis!!!

    Robert Moumdjian

    00 h 18, le 10 avril 2024

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