Rechercher
Rechercher

Politique - Repère

De Robert Murphy à Le Drian : retour sur les grands émissaires au Liban... et leurs succès mitigés

De Robert Murphy à Jean-Claude Cousseran en passant par Dean Brown, nombreux sont ceux qui ont essayé de peser sur la donne politique libanaise. Mais « de toute façon, le Libanais comprend ce qui l’arrange » dans leurs discours.

De Robert Murphy à Le Drian : retour sur les grands émissaires au Liban... et leurs succès mitigés

De gauche à droite : Robert Murphy, Maurice Couve de Murville et Jean-Yves Le Drian. Montage Guilhem Dorandeu

« Envoyé spécial », énième du nom. La mission confiée à Jean-Yves Le Drian par le président français Emmanuel Macron est loin d’être nouvelle. Attendu au Liban mercredi, l’ex-chef de la diplomatie française doit s’entretenir avec les divers responsables politiques d’un pays qui ne parvient pas à se trouver de président depuis dix mois. Depuis des dizaines d’années, le Liban accueille ces émissaires envoyés par des grandes puissances pour prendre le pouls du jeu politique local et tenter de peser dans l'équation... Le plus souvent sans succès notable.

Avant l’atterrissage à Beyrouth de Jean-Yves Le Drian, revenons sur une chronologie, non exhaustive et en anecdotes, des « envoyés spéciaux » les plus notables qui sont passés au Liban depuis 1958.

Illustration Guilhem Dorandeu

1958 : Robert Murphy, léquilibriste qui a amené Fouad Chéhab

Dans les années 1950, des tensions internes opposent les partisans du président Camille Chamoun, libaniste et pro-occidental, à l’opposition (essentiellement proche du raïs égyptien Gamal Abdel Nasser et favorable aux mouvements panarabes) qui lui reproche sa proximité avec les États-Unis. Nous sommes en pleine guerre froide et le rideau de fer s’étend jusqu’au Moyen-Orient, l’opposition à M. Chamoun étant favorable aux aides de l’URSS. En 1958, un sanglant conflit déchire le Liban, opposant les mouvements d’insurrection aux partisans de Chamoun. L’armée américaine intervient directement, une première au Moyen-Orient.

Lire aussi

Fouad Chéhab : Le Caire plutôt que Damas

Après ces développements, Washington dépêche Robert Murphy pour exprimer au Liban le soutien américain à Fouad Chéhab, commandant en chef de l’armée, resté neutre durant le conflit. Et surtout celui de l’Égypte de Gamal Abdel Nasser, président de la toute nouvelle « République arabe unie » qui inclut la Syrie. M. Murphy rencontre Raymond Eddé, prêt à se porter candidat face à Fouad Chéhab, et l’informe de la décision de Washington. Il tire de sa poche un bout de papier et lui dit : « Vous allez être le premier à en connaître la teneur. » C’était un télégramme que venait d’envoyer Nasser pour signifier son soutien à Fouad Chéhab. Du tac au tac, Raymond Eddé lui répond : « Et vous, M. Murphy, serez le premier à connaître mon intention de présenter ma candidature à la présidence. » Même s’il savait que son échec était assuré face à cette entente américano-égyptienne, Eddé a maintenu sa candidature pour préserver le jeu démocratique.

Guerre civile : « bons offices » français et influence de Dean Brown

Au début de la guerre civile en 1975, la France dépêche deux émissaires, Maurice Couve de Murville et Georges Gorse, pour tenter de rapprocher les points de vue. Ils furent chargés de missions d'« amitié et d’information » et de « bons offices »... qui portèrent mal leur nom, vu leur échec à contenir les passions tristes d’un Liban qui s’enfonce dans le conflit.

« Ça n’a pas toujours fonctionné, les émissaires », se souvient l’analyste Nicolas Nassif, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. « Robert Murphy avait beaucoup travaillé et réussi, mais d’autres ont échoué », poursuit-il. Au début de la guerre civile, ce sont encore les médiations américaines qui aboutissent, plus que celles de la France. En 1976, Dean Brown, nouvel émissaire de l’Oncle Sam, tente de favoriser un rapprochement avec la Syrie et obtient un accord sur la candidature d’Élias Sarkis, qui sera élu par une majorité de 66 voix sur 99 députés.

Lire aussi

Élias Sarkis : la Syrie s’installe...

1988 : léchec de Richard Murphy

« Ce sera Mikhaël Daher ou le chaos. » Cette phrase, lancée par Richard Murphy à son retour de Damas, signe la position des États-Unis et de leur allié syrien de l’époque pour la présidentielle de l’été 1988, pour succéder à Amine Gemayel. Chargé d’une mission au Liban par le département d’État américain, le nouvel émissaire aura moins de succès que le Murphy de 1958.

Les poids lourds chrétiens du pays se dressent contre l’initiative américaine. « Nous ne sommes pas un protectorat américain ! » rétorque Michel Aoun, alors chef de l’armée, à Richard Murphy. Avec le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, M. Aoun empêche les députés d’accéder au Parlement pour l’élection présidentielle, la rendant ainsi impossible.

2007 : Le style Kouchner nopère pas

« Parfois, ce ne sont pas les émissaires qui font avancer les choses, mais les événements du pays. C’est ce qui s’est passé avec le 7 mai 2008 et Michel Sleiman », raconte Nicolas Nassif. Ce jour-là, des éléments armés du Hezbollah envahissent Beyrouth et la Montagne après une décision du gouvernement Siniora de saisir le réseau de télécoms privé du parti chiite et de démettre de ses fonctions Wafic Choucair, alors responsable de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth et réputé proche de cette formation. « Avant ces événements, la candidature de M. Sleiman était bloquée. C’est ce qui l’a remise sur les rails », explique M. Nassif.

Lire aussi

Michel Sleiman : du « rééquilibrage » au « souverainisme »

Auparavant, l’envoyé spécial au Liban Jean-Claude Cousseran et surtout Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, avaient tenté de réconcilier les camps du 8 et du 14 Mars. « M. Kouchner est venu, il a rencontré le patriarche Sfeir, Nabih Berry... mais ça n’a pas fonctionné », raconte Nicolas Nassif. Le pays est resté plusieurs mois sans président après la fin du mandat d’Émile Lahoud.

« Les Français n’arrivent jamais à trouver d’explication sur pourquoi les Libanais n’arrivent pas à élire de président. Alors que les Libanais peuvent toujours citer une raison quelconque, poursuit l’analyste. Leur compréhension des enjeux n’est pas la nôtre. » Avec son style brut de décoffrage, Bernard Kouchner dénonçait ainsi avec insistance ceux qui bloquent l’élection présidentielle au Liban. Il allait même jusqu’à dire que « la France fera savoir au monde entier » qui est responsable de cette situation. Devant un parterre de journalistes, le sulfureux ministre lance : « Le Liban est un casse-tête, et vous Libanais, vous ne vous mettrez jamais d’accord entre vous ! » Realpolitik oblige.

Quel que soit l’émissaire, le même problème persiste, selon Nicolas Nassif. « Chacun lit à sa guise les déclarations des ambassadeurs. Le Libanais comprend ce qui l’arrange dans leur discours, et chacun y lit son propre intérêt. C’est exactement ce qui se passera avec Le Drian mercredi. » Bienvenue au nouvel émissaire dans l’impasse libanaise, et bon courage à lui.

« Envoyé spécial », énième du nom. La mission confiée à Jean-Yves Le Drian par le président français Emmanuel Macron est loin d’être nouvelle. Attendu au Liban mercredi, l’ex-chef de la diplomatie française doit s’entretenir avec les divers responsables politiques d’un pays qui ne parvient pas à se trouver de président depuis dix mois. Depuis des dizaines d’années, le...
commentaires (5)

On le répète à l’envi, et l’adage le dit très bien, ""les conciliateurs ne sont pas les payeurs"". Ils admettent leurs échecs, mais ne les assument pas. C’est au Libanais de s’entendre (mission impossible). Jouer au go-between pour se donner une bonne réputation à l’international, faire la navette diplomatique ne porte pas tellement de résultats, et l’article par l’historique des missions accordées, le montre bien. Au Liban, les coups d’éclat, les coups de baguette magique ça ne fonctionne, sauf que si les protagonistes le veulent bien, comme la signature de l’accord récent sur l’exploitation des hydrocarbures au sud… Peut-être qu'on donne à Mr Le Drian plus de chance qu'aux autres.

NABIL

10 h 02, le 21 juin 2023

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • On le répète à l’envi, et l’adage le dit très bien, ""les conciliateurs ne sont pas les payeurs"". Ils admettent leurs échecs, mais ne les assument pas. C’est au Libanais de s’entendre (mission impossible). Jouer au go-between pour se donner une bonne réputation à l’international, faire la navette diplomatique ne porte pas tellement de résultats, et l’article par l’historique des missions accordées, le montre bien. Au Liban, les coups d’éclat, les coups de baguette magique ça ne fonctionne, sauf que si les protagonistes le veulent bien, comme la signature de l’accord récent sur l’exploitation des hydrocarbures au sud… Peut-être qu'on donne à Mr Le Drian plus de chance qu'aux autres.

    NABIL

    10 h 02, le 21 juin 2023

  • Des bras cassés qui se relayent depuis plusieurs décennies pour venir soit disant secourir un peuple en souffrance mais ne font qu’ajouter de la misère à ses souffrances dont tout le monde s’en moque et pour cause, des corrompus qui se croient héritiers de leurs postes trônent avec l’accord de tous les pays civilisés prétextant notre bien et le bien vivre ensemble qui n’a pas fini de nous tuer malgré tout notre courage, notre bonne foi et notre résilience. Des décennies de malheur ça use, il est temps qu’un autre pays prenne le relais, nous avons tout donné.

    Sissi zayyat

    23 h 19, le 20 juin 2023

  • Il faut rappeler sans cesse qu'en 1976 Dean Brown çetait venu proposer au Président Frangié de déporter tous les chrétiens du Liban au Canada et autres pays occidentaux . Le président lui montra immédiatement la porte sans lui dire au revoir . Le plan Kissingerd'évacuation des chrétiens n'est pas encore mort , les réfugiés syriens et palestiniens sont appelés , selon ce plan , à remplacer les chrétiens au Liban . Le danger pèse très lourd et de plus en plus . La déliquescence de l'Etat libanais fait partie de ce plsn . Le Liban est censé devenir la patrie des réfugiés présents et à venir . Israel compte expulser tous les non-juifs de Palestine qui trouveront une seconde patrie au Liban .

    Chucri Abboud

    14 h 22, le 20 juin 2023

  • ElAkhdar ibrahimi , le diplomate algérien émissaire de la ligue arabe. Sur tous les dossiers depuis le liban aux autres pays voisins … il n’a subi que des échecs en tant qu’émissaire.

    LE FRANCOPHONE

    09 h 47, le 20 juin 2023

  • Ce sont tius des saltimbanques qui nous ont vendu a l iran depuis belle lurette…

    Robert Moumdjian

    03 h 02, le 20 juin 2023

Retour en haut