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Campus - TABLE RONDE

L’insertion professionnelle des diplômés au cœur des défis qu’affronte le pays

De plus en plus de diplômés se retrouvent aujourd’hui au chômage. Adapter le système éducatif aux impératifs économiques et sociaux est le thème d’une table ronde organisée le jeudi 3 mars par l’AUF, en collaboration avec « L’Orient-Le Jour », en présence des principaux acteurs des domaines concernés.

L’insertion professionnelle des diplômés au cœur des défis qu’affronte le pays

De gauche à droite, MM. Fady Gemayel, Abbas Halabi, Slim Khalbous, Mmes Dolla Karam Sarkis et Roula Azar Douglas. Photo AUF

Retransmise le jeudi 3 mars en direct sur Facebook depuis le Centre d’employabilité francophone à Beyrouth (CEF), cette table ronde, organisée par l’AUF, en collaboration avec L’Orient-Le Jour, est la première d’une série de trois, intitulée « Les jeudis de la francophonie », figurant au programme de l’AUF pour le mois de la francophonie.

Modérée par notre collègue Roula Azar Douglas, responsable de la page Campus, la table ronde a réuni Abbas Halabi, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Slim Khalbous, recteur de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), Fady Gemayel, président de l’Association des industriels libanais (AIL), et Dolla Karam Sarkis, vice-rectrice de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ).

Pour examiner les divers aspects de l’adaptation du milieu universitaire au milieu du travail, chacun des principaux acteurs a présenté, de sa perspective, le problème et ses défis, et a proposé des solutions. Avec un objectif : la réduction du taux de chômage parmi les diplômés, et la contribution à leur insertion professionnelle. Il s’agissait ainsi, comme l’a soulevé Roula Azar Douglas en lançant le débat, d’explorer des possibilités différentes permettant de former les jeunes, pour qu’ils soient, une fois diplômés, immédiatement opérationnels en milieu professionnel. « Aujourd’hui, plus que jamais auparavant, notre système éducatif, dans toutes ses composantes, est appelé à se réformer pour accompagner les changements fondamentaux qui affectent les milieux de travail et les nouveaux besoins en compétences qui en découlent », estime-t-elle.

Un nombre élevé d’universités aux dépens de la qualité des programmes

Comme point de départ, figure un triste constat sur l’employabilité des jeunes. « Le thème de cette table ronde est au cœur des défis qui touchent pas mal de pays, mais dont l’impact au Liban, à la lueur de toutes les crises survenues récemment, est encore plus critique et déstabilisateur. Certes ces crises ont aggravé la situation, mais avant 2020, les chiffres du chômage étaient déjà dramatiques », a relevé Abbas Halabi, avant d’indiquer que, selon une étude effectuée entre 2018 et 2019 par l’Administration centrale de la statistique, le taux de chômage s’élevait alors, chez les diplômés, à 36 %. Les raisons sont multiples, et relèvent de la responsabilité des établissements universitaires, du secteur économique et des instances gouvernementales.

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Concernant le rôle des universités, Slim Khalbous évoque la problématique de « l’adaptabilité de la formation universitaire aux demandes des entreprises ». « Le grand problème, c’est que, en dépit du chômage, certaines entreprises disent ne pas trouver le profil qu’elles recherchent », souligne le recteur. Parmi les autres causes pointées du doigt, figure « la massification des diplômes », comme l’indique la vice-rectrice de l’USJ, Dolla Karam Sarkis. En d’autres termes, tous les établissements universitaires proposent des formations dans les mêmes disciplines traditionnelles, comme la gestion, les finances, la médecine ou l’ingénierie, produisant un grand nombre de diplômés dans ces domaines, sans tenir compte de la capacité du marché à les recruter. D’autant plus que ces dernières années ont vu l’augmentation du nombre d’établissements universitaires, au détriment de la qualité de l’enseignement. Dolla Karam Sarkis pointe ainsi du doigt « le rôle de l’État dans la limitation du nombre des universités, notamment celles qui n’ont pas le minimum requis des standards de qualité ».

L’innovation à l’université, une manne à explorer pour les entreprises

Fady Gemayel, lui, met en cause la nature des formations. « D’une part, on note un déclin des formations techniques spécialisées et, d’autre part, on observe une flambée d’institutions universitaires. Ces dernières revêtent en grande partie un aspect commercial et préparent des diplômés prêts au chômage et à l’émigration », résume-t-il. Or le marché de l’emploi a besoin de diplômés possédant des compétences techniques. Pour le président de l’AIL, il ne s’agit pas seulement « d’une disparité technique entre l’offre et la demande ». Le problème est bien plus complexe, car ancré dans la mentalité de nos sociétés. « La culture libanaise privilégie malheureusement la formation universitaire aux dépens de la formation technique et vocationnelle. Même avec des horizons très réduits localement, les jeunes veulent être médecins, ingénieurs ou avocats, quitte à être contraints à l’émigration », déplore Fady Gemayel. Ce dernier appelle ainsi au développement de formations universitaires « qui doteraient les étudiants de compétences technologiques et techniques. Ceci répondrait aux besoins du marché du travail, tout en respectant la contrainte culturelle, liée à l’obsession du diplôme universitaire », estime-t-il.

Dans la même perspective, Dolla Karam Sarkis souligne que la mission de l’université doit désormais aller au-delà de l’enseignement et la recherche. « Nous avons quelque chose de beaucoup plus important qui est l’engagement dans le monde socio-économique, le transfert de technologies, les partenariats avec les entreprises, l’employabilité des étudiants et surtout l’innovation qui, même petite, peut apporter beaucoup sur le marché libanais », suggère-t-elle. Les projets novateurs produits dans des cadres universitaires constituent en effet une opportunité que devraient saisir les entreprises pour se renouveler. Celles-ci doivent « essayer par la recherche et l’innovation d’améliorer leurs produits et leurs services sinon elles seront vouées à la disparition dans un monde concurrentiel », souligne Abbas Halabi.

Une collaboration étroite entre entreprises et universités

Invitant les universités à actualiser mais aussi diversifier leurs formations, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur propose que ces établissements dialoguent avec les recruteurs. Le secteur économique doit non seulement « informer l’université sur la nature des compétences dont il a besoin », selon le ministre, il doit aussi « contribuer à apporter un éclairage sur les professions émergentes dont il aura besoin à l’avenir ». Fady Gemayel le confirme : « Il est indispensable d’identifier des secteurs économiques et industriels qui offriraient une relance des activités, en particulier l’industrie 4.0, qui représente un axe de force puisqu’elle fait converger ses ambitions et ses besoins à l’ADN des jeunes. Comme prétendant acteur de la 4e révolution industrielle, le Liban doit revoir la structure et les programmes de son enseignement post-secondaire », observe le président de l’Association des industriels libanais.

D’ailleurs, pour Slim Khalbous, « ce qui manque au Liban, c’est un travail en commun, entre l’employeur et l’université, sur le référencement métier qui implique correspondre les diplômes et les compétences aux besoins et aux métiers ».

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Confiant que les universités souhaiteraient collaborer avec les industriels « d’une façon institutionnelle, pour être actives et productives dans le pays », la vice-rectrice de l’USJ va jusqu’à proposer l’implication directe de professionnels dans les conseils de certaines facultés qui préparent à des professions pratiques. « Les industriels et les chefs d’entreprise pourraient aider à clarifier leurs demandes. Et c’est ce à quoi s’attendent les universitaires », assure Dolla Karam Sarkis. Que cette collaboration se fasse à travers des conseils, des forums ou autre, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur préconise la création d’un espace de dialogue entre les universités et les entreprises. Cet espace est d’ailleurs « fortement recommandé dans la stratégie quinquennale de l’enseignement supérieur », révèle Abbas Halabi. Préparée par l’équipe de consultants BH Associates, mandatés par l’Unesco pour le compte du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, cette stratégie s’inscrit dans le cadre des consultations nationales consacrées au système éducatif libanais, dont le 4e et dernier volet a été consacré à l’enseignement supérieur et organisé en collaboration avec l’AUF.

Des programmes pour mettre à jour les compétences des diplômés

Afin de contrer le chômage des diplômés, Slim Khalbous insiste d’ailleurs sur l’urgence de mettre en œuvre ce plan quinquennal, même s’il relève du long terme, visant le changement du système d’enseignement supérieur. « Il faut entamer la réforme de fond, structurelle, même si elle prend du temps », assure le recteur de l’AUF.

En parallèle, à travers son Centre d’employabilité francophone (CEF), l’AUF propose « une politique de court terme, de correction, qui donne des résultats immédiats », assure Slim Khalbous. Ainsi le CEF prodigue aux étudiants, en phase finale de leur apprentissage, des formations complémentaires à leur cursus universitaire, allant des programmes d’aide à l’emploi, à ceux visant l’acquisition des compétences transversales, non prodiguées à l’université, indispensables dans le monde du travail. « Il y a une nécessité à faire participer les entreprises, sans lesquelles ce genre d’espaces ne peut pas fonctionner », poursuit le recteur de l’AUF.

Quant à la responsabilité des autorités publiques, elle englobe plusieurs aspects. « L’État doit être régulateur », affirme Abbas Halabi. Pour encourager les industriels à investir dans les innovations, « il leur faut une législation qui les encadre convenablement et un environnement politique stable », ajoute-t-il. L’État doit aussi mettre en place, entre autres, des politiques économiques et des politiques de fiscalité avantageuses.

Enfin, pour améliorer l’employabilité des jeunes qui ont déjà leur diplôme en main, des programmes pourraient être élaborés, comme des plans « de reconversion », selon Fady Gemayel, ou « des formations continues », d’après Abbas Halabi. L’enjeu, développer les compétences de sorte à répondre aux exigences d’un monde de travail en évolution.



Retransmise le jeudi 3 mars en direct sur Facebook depuis le Centre d’employabilité francophone à Beyrouth (CEF), cette table ronde, organisée par l’AUF, en collaboration avec L’Orient-Le Jour, est la première d’une série de trois, intitulée « Les jeudis de la francophonie », figurant au programme de l’AUF pour le mois de la francophonie.Modérée par notre collègue...

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