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Campus - ENTRETIEN

Pour que l’université résiste sur le long terme, il faut des réformes structurelles

Lors d’un entretien accordé à « L’Orient-Le Jour » au terme des États généraux de l’enseignement supérieur au Liban, le recteur de l’AUF, le professeur Slim Khalbous, a souligné que la solution à la crise qui touche le milieu universitaire ne peut venir que de l’intérieur, des Libanais et des universitaires eux-mêmes.

Pour que l’université résiste sur le long terme, il faut des réformes structurelles

Slim Khalbous, recteur de l’Agence universitaire de la francophonie. Photo AUF

En visite à Beyrouth pour participer aux États généraux de l’enseignement supérieur au Liban, 4e et dernier volet des consultations nationales consacrées au système éducatif libanais conjointement organisés par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur libanais et l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) sur proposition de cette dernière, le recteur de l’AUF, le professeur Slim Khalbous, a répondu à nos questions.

Pouvez-vous nous présenter rapidement la journée de consultations sur les États généraux de l’enseignement supérieur au Liban ?

Cet événement met autour de la même table tous les acteurs du système scientifique, du système éducatif, du système universitaire mais aussi de la société civile, avec les entreprises notamment pour la question de l’employabilité. C’est vraiment très appréciable de voir qu’il y a une vraie réflexion de fond. Il était temps, je pense, que le Liban s’intéresse de plus près à la réforme du système éducatif universitaire. Ce dernier a toujours été une fierté pour le Liban. Mais lui aussi, comme d’autres secteurs actuellement, passe par des moments très difficiles, des difficultés de gouvernance, de qualité, des difficultés financières. On était orienté beaucoup plus sur les solutions que tout simplement sur un diagnostic et des lamentations. Et c’est ce qu’on a voulu à l’AUF, orienter le débat vers la recherche de solutions.

Une synthèse des actes de ces États généraux, de toutes les solutions abordées et des pistes de réflexion sera faite. J’espère que ce sera un document de référence pour les autorités publiques et que cela constituera une feuille de route pour les universités pour les prochains mois afin de mettre en place la réforme.

Que pouvez-vous dire du discours des universités libanaises présentes à cet événement ?

Les 24 établissements universitaires libanais adhérents à l’AUF ont participé à la consultation. Avant la crise, beaucoup d’universités libanaises étaient assez autonomes parce que ça allait bien économiquement et financièrement. Elles n’avaient pas besoin de l’État et réclamaient rarement son aide. Mais avec la survenue de la crise, on a remarqué que le discours a changé et que beaucoup d’universitaires sont dans une position d’attente. Ça va mal, qu’est-ce que vous avez fait pour nous ? Le danger de cette attitude est d’oublier que nous aussi, en tant qu’universitaires, on peut faire des choses. Certes l’État doit jouer son rôle et les pouvoirs publics doivent avoir un rôle régulateur, assurer un minimum de garantie et compenser les pertes des universités et des écoles, au moins partiellement, mais nous avons eu l’impression, à un moment donné, que face au poids de la crise, on est devenu comme assisté, comme si on attendait un miracle d’une solution qui venait de je ne sais où. Or la solution ne peut venir que de l’intérieur, que des Libanais, que des universitaires eux-mêmes.

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Lors des débats des États généraux, j’ai ressenti à nouveau cette volonté de trouver des solutions. Les gens n’étaient pas en situation de demandeurs, il y avait un échange avec le ministre : voilà ce qu’on pense, voilà ce qu’il faudrait faire, voilà les zones d’amélioration. Et c’est cette réflexion nouvelle qui fera qu’on trouvera des solutions plus efficaces parce que réfléchies collectivement, et qui permettra en second lieu de confirmer le rôle de l’université comme un rôle citoyen et d’aide à la communauté en plus de ses deux rôles classiques à savoir la pédagogie et la recherche.

Quel regard portez-vous sur la crise qu’affronte aujourd’hui l’université au Liban ?

Cette crise a montré que le problème n’était pas seulement un problème d’argent. Ce dernier cachait les vrais défauts de gouvernance des structures éducatives universitaires. Aujourd’hui qu’il y a une pénurie de ressources, on ne peut plus le dissimuler et les difficultés de fonctionnement, de structure, apparaissent plus clairement. Il faut qu’il y ait des réformes structurelles de fond pour que l’université puisse tenir le coup sur le long terme, d’autant que les problèmes sont bien antérieurs à la crise financière ou la crise du Covid-19 que nous vivons aujourd’hui. Si aujourd’hui il y a des chômeurs dans les rangs des diplômés, ce n’est pas parce qu’il y a une crise financière, c’est parce qu’on n’a pas réformé les curriculums des universités depuis dix ans.

Comment, selon vous, le système éducatif libanais doit-il préparer l’après-crise ?

Certes, il n’y a pas de solution miracle mais il y a des solutions qui marchent, qui ont marché dans certaines sociétés et certains systèmes. L’idée est donc de s’en inspirer et de les adapter. Et c’est ça notre rôle à l’AUF, sachant que l’avantage que l’on a, c’est que nous sommes présents dans beaucoup de pays dans le monde, nos 1 000 universités membres viennent de 100 pays différents et on n’est pas seulement dans l’espace francophone mais on est au-delà de l’espace francophone. La mobilisation de l’expertise de l’AUF est internationale.

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C’est pour cela que nous parlons à l’AUF d’une stratégie standard adaptée, c’est-à-dire qu’il y a toujours une orientation commune liée aux principes et fondamentaux qui ne changent pas et qui sont identiques partout dans le monde comme la qualité de l’enseignement, l’importance de l’employabilité des diplômés ou encore le développement par la recherche et l’innovation. Pourquoi stratégie standard adaptée ? Parce que faire de la recherche avec de l’innovation à Yaoundé, à Rabat, à Bruxelles ou à Montréal, ce n’est pas la même chose. Beyrouth doit donc trouver sa voie, définir ce qui est intéressant pour le Liban dans le domaine de la recherche, travailler sur les secteurs où il y a plus de valeur ajoutée, plus de compétitivité. Idem pour l’employabilité. Choisir vers quel secteur s’orienter. Il y a des pays industriels, des pays de commerce donc forcément l’approche à l’emploi n’est pas la même et par conséquent, l’adaptation de l’université au marché de l’emploi n’est pas la même. Un système éducatif doit évoluer en prenant les règles de base communes au niveau international. Toutefois, la réussite réside dans la capacité à adapter ces règles aux réalités et aux spécificités du pays.

Lors de votre dernière visite au Liban en décembre 2020, vous aviez annoncé un vaste plan d’aide pour le Liban qui s’articule autour de 5 axes. Deux ans après, pourriez-vous nous indiquer où nous en sommes ?

Ce plan AUF est aujourd’hui exécuté à environ 95 %. Il a fallu investir près de 1,8 million d’euros, ce qui représente une somme importante, plus évidemment beaucoup de mobilisation, d’expertise et de savoir-faire des experts qui sont avec nous à l’AUF. C’est pourquoi ces États généraux sont venus au bon moment parce qu’ils ont pris le relais voire ont illustré une continuité dudit plan mais au niveau intellectuel et celui de la réflexion. À l’époque où nous avons lancé le plan et surtout au moment où on l’a appliqué, le Liban est resté plusieurs mois sans gouvernement et donc nous n’avions pas vraiment d’interlocuteurs au niveau du pouvoir public et il fallait donc travailler directement avec les universités. Nous étions plus dans la solidarité, le soutien et l’aide. Aujourd’hui, nous sommes dans la construction. Je pourrai dire qu’il s’agit de la phase 2 du programme parce que c’est une phase où maintenant qu’il y a un gouvernement en place, il y a surtout une volonté, en tout cas au niveau du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, de changer les choses et c’est précisément ce que nous, à l’AUF, attendions depuis longtemps. Par conséquent, nous avons décidé de nous investir sur l’accompagnement du ministère dans la réforme structurelle du système.

Un dernier mot ?

Je suis toujours content de venir au Liban et de voir qu’il reste quand même un espace important pour la francophonie scientifique. Il est important que le Liban, qui a une place particulière dans la francophonie, puisse toujours exprimer cette particularité qui réside dans le fait qu’il est un pays plurilingue, multiculturel, multiconfessionnel mais toujours francophone.



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