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Politique - Liban

La fuite en avant du gouvernement : les mégacentres de vote en commission

Le cabinet reporte les municipales et les élections de moukhtars au 31 mai 2023.

La fuite en avant du gouvernement : les mégacentres de vote en commission

Le Conseil des ministres réuni sous la houlette du chef de l'Etat libanais, Michel Aoun à Baabda, le 4 mars 2022. Photo Dalati et Nohra

C’est par un règlement « à la libanaise » que le gouvernement de Nagib Mikati a échappé de justesse à une secousse politique qu’aurait pu provoquer le rejet d’une mise en place de mégacentres de vote, dans la perspective des législatives de mai prochain comme le veut le président de la République, Michel Aoun, et son gendre, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil.

Lors de sa séance tenue vendredi à Baabda sous la présidence de M. Aoun, le Conseil des ministres n’a trouvé de meilleure solution que de renvoyer la balle des mégacentres (les bureaux de vote géants permettant aux électeurs de voter en leur lieu de résidence au lieu de se rendre dans leurs circonscriptions d’origine) dans le camp d’une commission ministérielle qui sera chargée d’examiner la question, et de remettre un plan écrit d’ici mardi. La commission en question est composée de ministres représentant toutes les composantes du gouvernement. Il s’agit du ministre de l’Intérieur, Bassam Maoulaoui, qui organisera les législatives de mai, ainsi que de ses collègues: Abdallah Bou Habib (Affaires étrangères), Henri Khoury (Justice), Mohammad Mortada (Culture), Youssef Khalil (Finances), Walid Nassar (Tourisme), Johnny Corm (Télécoms) et Abbas Halabi (Education, proche du leader druze Walid Joumblatt). Une source ministérielle indique dans ce cadre que la commission a été élargie sur demande de Michel Aoun. Dans un premier temps, il était question d’y inclure uniquement les juges faisant partie de l’équipe ministérielle (Henri Khoury, Mohammad Mortada, Abbas Halabi et Bassam Maoulaoui). Mais le président n’a pas voulu limiter la question à la dimension strictement juridique de l’affaire.

Le rapport de cette commission sera exposé lors de la séance gouvernementale prévue jeudi à Baabda. Une façon pour le cabinet Mikati de gagner du temps en attendant que mûrisse une entente politique élargie autour de ce dossier. D’autant plus que le chef du CPL avait clairement fait savoir que son parti (qui fait des mégacentres un de ses principaux chevaux de bataille) ne restera pas les bras croisés si la création des mégacentres n’est pas approuvée. Emboîtant le pas à la formation qu’il a fondée, M. Aoun s’était montré favorable à l’adoption de ces bureaux de votes géants, lors de la séance gouvernementale du 16 février dernier.

Au vu de son timing, cette demande qui est intervenue trois mois seulement avant les législatives, a été interprétée comme une volonté du camp présidentiel de reporter le scrutin, tandis que la popularité du CPL est en baisse depuis plus de deux ans et alors que la communauté internationale fait pression pour la tenue des élections dans les délais. Le ministère de l’Intérieur, principal concerné par les questions électorales, a été le premier à se montrer hostile à l’ouverture du débat sur les mégacentres peu avant le scrutin. A la demande du chef du gouvernement, le ministre Bassam Maoulaoui a établi une étude concernant ces bureaux de vote. Les résultats en avaient été publiés jeudi. Dans ses grandes lignes, l’étude stipule que « l’installation de mégacentres dans les délais impartis est complexe, au vu des modifications légales nécessaires, des obstacles logistiques et des besoins en ressources humaines », précise le texte. « Il faudrait cinq mois au minimum après la modification de la loi électorale », évalue-t-il, ainsi qu’un financement global de « 5.872.500 dollars », alors que le pays est en plein effondrement économique et financier.

Quoi qu’il en soit, M. Maoulaoui a exposé son étude lors de la séance gouvernementale. « Personne ne s’oppose aux mégacentres », affirme un ministre proche de la présidence. Il confie que seul le ministre de l’Education a formulé des craintes quant à un report du scrutin.

Report des municipales
Le Conseil des ministres a, en outre, approuvé une proposition de reporter au 31 mai 2023 les élections municipales (et de moukhtars) qui devaient se tenir peu après les législatives programmées pour le 15 mai prochain, alors que la présidentielle est attendue le 31 octobre. S’il a motivé sa proposition par le fait que le Liban, plombé par une crise économique et financière inédite depuis plus de deux ans, n’était pas prêt pour organiser ce scrutin, ni sur le plan humain, ni sur le plan financier, le gouvernement Mikati n’a pas pris de décision ayant un effet exécutoire. Il a, en revanche, renvoyé la balle dans le camp du Parlement, qui devrait trancher la question.

La décision du Conseil des ministres n’a pas eu l’effet d’une surprise. Le chef du gouvernement, Nagib Mikati, avait en effet déclaré en septembre 2021, peu après la formation de son équipe, que les municipales allaient être reportées, sans donner de raisons claires pour une telle démarche, alors que plusieurs observateurs jugeaient possible d’organiser ce scrutin parallèlement aux législatives.

La position officielle concernant l’Ukraine
La guerre russo-ukrainienne s’est par ailleurs une nouvelle fois invitée en Conseil des ministres. Prenant la parole, Moustapha Bayram, ministre du Travail (proche du Hezbollah) a dénoncé le vote du Liban, mercredi soir, en faveur d’une résolution (non contraignante) de l’Assemblée générale des Nations unies isolant Moscou. Le texte exige « que la Russie cesse immédiatement le recours à la force contre l’Ukraine ».

« Pourquoi exprimons-nous une nouvelle fois un parti-pris qui ne fera que compliquer notre situation déjà difficile ? » s’est interrogé le ministre du Travail. Une telle question ne mérite-t-elle pas d’être discutée en Conseil des ministres, surtout que nous nous étions opposés au premier communiqué du ministre des Affaires étrangères ? » s’est demandé le ministre du Hezbollah. Il faisait référence au communiqué du palais Bustros qui avait « condamné l’invasion russe de l’Ukraine ».

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Réagissant aux propos du ministre du Hezbollah, Nagib Mikati a déclaré : « Nous vous avons déjà dit que le communiqué ne visait pas la Russie ». « Nous voulons entretenir les meilleures relations avec Moscou, mais nous sommes contre le fait que l’armée d’un pays envahisse le territoire d’un autre », a-t-il souligné. Précisons à cet égard que le gouvernement a débloqué le montant d’un milliard deux cents millions de livres libanaises pour le compte du Haut-comité de secours, afin de pouvoir évacuer les Libanais arrivés en Pologne, après avoir fui le conflit en Ukraine.

Emboîtant le pas au président Aoun, Nagib Mikati et le ministre de l’Economie, Amine Salam, ont soulevé, en dehors de l’ordre du jour de la séance, la question de la sécurité alimentaire, au vu de la crise économique et financière et de l’impact de l’invasion russe de l’Ukraine. Le Premier ministre a, dans ce contexte, suggéré que des mesures préventives soient prises pour éviter une crise alimentaire, surtout si la guerre en Ukraine venait à se prolonger. C’est d’ailleurs dans ce contexte que s’inscrit la décision du gouvernement de former un comité présidé par le ministre de l’Economie et incluant ses collègues de l’Industrie, la Culture, la Défense et l’Agriculture.

Lors de leurs interventions en début de séance, MM. Aoun et Mikati ont, en outre, exposé les grandes lignes des discussions menées en début de semaine avec les délégations du Fonds monétaire international et du Trésor américain, qui s’étaient rendues au Liban.  « La situation financière ne tolère plus (d’atermoiements) », a affirmé le président Aoun qui fait de cette question, notamment de l’audit juricomptable de la Banque du Liban et des administrations et établissements publics, son cheval de bataille. « Je mets tous les protagonistes face à leurs responsabilités », a-t-il encore dit, dans une allusion à ceux qu’il accuse d’entraver l’audit.

C’est par un règlement « à la libanaise » que le gouvernement de Nagib Mikati a échappé de justesse à une secousse politique qu’aurait pu provoquer le rejet d’une mise en place de mégacentres de vote, dans la perspective des législatives de mai prochain comme le veut le président de la République, Michel Aoun, et son gendre, le chef du Courant patriotique libre, Gebran...
commentaires (4)

Assez de jouer au cache- cache. Les méga centres électoraux sont introuvables pour le 15 mai 2022. Le mieux, ce serait pour un 15 mai 2026.

Esber

15 h 47, le 05 mars 2022

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Commentaires (4)

  • Assez de jouer au cache- cache. Les méga centres électoraux sont introuvables pour le 15 mai 2022. Le mieux, ce serait pour un 15 mai 2026.

    Esber

    15 h 47, le 05 mars 2022

  • Je suis pour le report des elections rien que pour voir la reaction des francais,et de voir s'il vont enfin sanctionner les responsables de cet ajournement. Serieusement Macron est digne d'etre libanais!

    Nassar Jamal

    15 h 16, le 05 mars 2022

  • Tout ce qui est dit dans cet article prouve à quel point ces loubards (tous sans exception) sont d’accords entre eux pour serrer l’étau sur les libanais qui eux, ne s’intéressent plus à ce qui se trame contre eux et laissent faire par lassitude et par dégoût. On peut dire qu’ils ont réussi leur mission tous de noyer ce pays dans les profondeurs abyssales sans mal et sans résistance.

    Sissi zayyat

    11 h 50, le 05 mars 2022

  • Une immense table ovale réunissant...23 ministres, un premier ministre et...un "chef d'Etat". Tout ce beau monde...chaque fois qu'il devrait prendre une décision importante, ressort sa combine-diversion préférée = une commission ! Composée, cette fois, d'une dizaine de ministre, rien que ça ! Et comme chez nous les sujets étudiés en commission finissent toujours par moisir dans des tiroirs...on devine déjà le sort du dernier en date...hourrah...!!!...et que vive notre super-démocratie à la libanaise !!! - Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 01, le 05 mars 2022

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