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Lifestyle - Patrimoine

La maison beyrouthine, une richesse architecturale et une histoire à ressusciter

Beirut Heritage Initiative (BHI) publie, avec le soutien de la Fondation de France, un manuel de restauration consacré aux bâtiments de la fin de l’époque ottomane (1860-1925) intitulé « Les maisons de Beyrouth 1860-1925, manuel de restauration ». Pour que Beyrouth reste Beyrouth...

La maison beyrouthine, une richesse architecturale et une histoire à ressusciter

Les importants dégâts dans les anciennes maisons de Beyrouth provoqués par la double explosion du 4 août.

En raison de leur intérêt architectural, du témoignage qu’ils portent sur l’histoire de Beyrouth, les quartiers comme Saïfi, Gemmayzé, Mar Mikhaël et Medawar ne peuvent pas, ne doivent pas mourir. Dévastés par la double explosion du 4 août 2020, ils méritent un important programme de restauration, dans le respect des vieilles pierres et traditions, et non une simple opération cache-misère. Voilà pourquoi un groupe d’architectes, d’anthropologues et d’ingénieurs de structures, membres du collectif Beirut Built Heritage Rescue 2020 (BBHR2020) et de la Beirut Heritage Initiative (BHI), ont décidé de partager leur expérience sur le terrain, en publiant Les maisons de Beyrouth 1860-1925, manuel de restauration.

Dédicacé « pour Beyrouth ville meurtrie, ses habitants et ses maisons », édité en trois langues (arabe, français et anglais), ce manuel technique – adressé au profane et au néophyte, mais aussi au professionnel pressé – se veut d’accès facile, avec une littérature simple et un support graphique et photographique adapté.

Sur plus de 200 pages, les auteurs présentent les styles, les éléments, les matériaux et techniques de chaque période et de chaque type architectural ; les pathologies constatées et les traitements à adopter ; les réparations majeures visant à consolider toutes les structures, fondations, charpentes, planchers, dalles, fer forgé, etc. En bref tout y est pour reconstruire les immeubles historiques et restituer la beauté architecturale de leurs façades et leurs intérieurs.

Une vue de Zokak el-Blatt au début du XXe siècle. Photos tirées du « manuel de restauration »

Le pouvoir de mémoire

« Sensibiliser les ONG et les entreprises actives sur le terrain, introduire les styles, les techniques et les matériaux utilisés dans le patrimoine bâti beyrouthin et tenter de limiter les maladresses », est l’objectif du manuel, écrit l’architecte Fadlallah Dagher dans l’introduction de l’ouvrage. Cofondateur de la Beirut Heritage Initiative (BHI), membre de l’Apsad depuis 1992, et ancien conseiller au ministère de la Culture pour la protection et la conservation des bâtiments historiques de Beyrouth, M. Dagher considère que les travaux entrepris sur des bâtiments d’intérêt patrimonial par les ONG avec l’aide d’ingénieurs et d’architectes volontaires « ne respectent pas les normes de restauration, par manque de moyens d’abord, mais aussi et surtout par ignorance des techniques de construction de la fin de l’époque ottomane et de l’entre-deux guerres mondiales ». Il ajoute cependant que le manuel ne saurait remplacer les années de formation académique ni les ouvrages spécialisés. Face aux cas difficiles, il convient donc de faire appel à des spécialistes. « Le caractère des quartiers dévastés, Saïfi, Gemmayzé et Mar Mikhaël, Geitaoui et la Quarantaine, Achrafieh, Bachoura, Zokak el-Blatt et Aïn el-Mreissé, dépend en grande partie de ce patrimoine rescapé tant bien que mal depuis la fin de la guerre civile en 1990 », dit-il. Faisant observer également que « l’authenticité des méthodes à mettre en œuvre est cruciale, au même titre que la préservation du tissu social pour que, pour les générations à venir, Beyrouth soit toujours Beyrouth ».

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« Beyrouth est morte, même si la vie reprend progressivement »

Publié dans la collection Cahiers d’architecture, le manuel propose une sélection d’articles dont celui de Ralph Bodenstein, titulaire d’une maîtrise en histoire de l’art islamique et en urbanisme de l’université de Bonn. Chercheur à l’Institut archéologique allemand, il a vécu et travaillé à Beyrouth entre 1997 et 2006, effectuant des recherches sur l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme. Il note que les premières preuves concrètes de l’existence de la « maison aux trois arcs », ou « maison à hall central » datent du milieu du XIXe siècle. Quant à la question de savoir avec exactitude de quelle manière est apparu à Beyrouth ce type de maison, l’historien considère qu’« elle ne peut être entièrement résolue en raison de la rareté des bâtiments d’époque préservés et de l’absence de sources anciennes ». Il ajoute néanmoins que le modèle des maisons ottomanes à sofa a eu « une influence déterminante sur la formation de la maison libanaise » et que d’autres influences ont suivi : la vague italianisante à la fin du XIXe siècle, les styles néo-islamiques et néo-orientaux dans les années 1920, avant que les styles Art-déco ou modernistes ne deviennent prédominants dans les années 1930-1940. De plus, le processus de construction des vieux bâtiments est « peu documenté », signale Fadlallah Dagher. Il n’existe aucun dessin, plan ou littérature descriptive concernant les méthodes et techniques utilisées autrefois. « Ce n’est que par l’observation, la comparaison et l’analyse des spécimens subsistants que l’on peut codifier les principes de construction, identifier les failles et les pathologies, et poser les bases d’une restauration convenable. »

Photo de couverture du « manuel de restauration » qui vient de sortir.

Fissures, ruptures ou effondrement

Au fil des pages et des chapitres, on apprend aussi qu’au niveau des fondations, « l’explosion de Beyrouth n’a pas provoqué des dommages structurels importants », comme le note l’ingénieur structuriste Michel Chalhoub qui fournit néanmoins les méthodes d’interventions en cas de dégâts. Quant aux murs porteurs, conçus pour supporter des charges verticales, leur résistance aux charges latérales produites par les tremblements de terre ou les explosions est « médiocre ». Ce qui explique l’apparition de fissures dans le plan et la rupture de mécanismes entre les éléments structurels lors de l’explosion de Beyrouth, explique l’ingénieur Chalhoub.

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Par ailleurs, il signale que les voûtes étant des éléments rigides et résistants aux charges latérales induites par les séismes et les explosions, « leur structure est demeurée intacte, avec des dégâts superficiels au niveau des enduits ». « Médiocre » est toutefois la résistance latérale hors plan des poteaux circulaires en marbre ou en pierre locale et les arcs en ogive fréquemment présents dans les maisons à trois arcades. Et ce « en raison de leur élancement, du cadre rigide en maçonnerie qui les entoure, et de leur faible connexion avec les arcs qui les surmontent et leur appui de base ». Aussi, deux catégories de dommages postexplosion ont été identifiées : un effondrement total dû à la pression du souffle qui a fait sauter les colonnes et la structure des trois arcs de leur position initiale et, dans d’autres cas observés, des colonnes qui ont été fragmentées. Des colonnes, il en faudra toutes celles du journal pour aborder les thèmes proposés dans Les maisons de Beyrouth 1860-1925, manuel de restauration ! Citons toutefois les architectes qui ont collaboré à l’ouvrage fait sous la direction de Fadlallah Dagher et Nathalie Chahine, à savoir Paula Abou Harb, Mazen Haïdar, Jad Hammoud, Jala Makhzoumi, Jean Samaha et Marc Yared. En coordination avec l’ethnologue et photographe Houda Kassatly ; l’architecte Lara Maalouf ; l’Association pour la protection des sites et anciennes demeures (Apsad) et Beirut Built Heritage Rescue, initiative créée à la suite de la double explosion du 4 août pour sauver le patrimoine bâti de Beyrouth.


En raison de leur intérêt architectural, du témoignage qu’ils portent sur l’histoire de Beyrouth, les quartiers comme Saïfi, Gemmayzé, Mar Mikhaël et Medawar ne peuvent pas, ne doivent pas mourir. Dévastés par la double explosion du 4 août 2020, ils méritent un important programme de restauration, dans le respect des vieilles pierres et traditions, et non une simple opération...

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RESSUSCITONS D,ABORD PHENIX DE SES CENDRES ET TOUT LE RESTE VIENDRA. DEBARRASSONS-NOUS DE LA TRINITE DIABOLIQUE DU MAL.

OLJ, FOSSOYEUR DE LA LIBRE EXPRESSION.

20 h 59, le 31 août 2021

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Commentaires (1)

  • RESSUSCITONS D,ABORD PHENIX DE SES CENDRES ET TOUT LE RESTE VIENDRA. DEBARRASSONS-NOUS DE LA TRINITE DIABOLIQUE DU MAL.

    OLJ, FOSSOYEUR DE LA LIBRE EXPRESSION.

    20 h 59, le 31 août 2021

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