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Politique - Explosions au port de Beyrouth

Levée des immunités : Bassil réclame une séance parlementaire le 4 août

L'interrogatoire de l'ex-commandant en chef de l'armée reporté au 25 août.

Levée des immunités : Bassil réclame une séance parlementaire le 4 août

Le chef du CPL, Gebran Bassil. Photo AFP

Le chef du Courant patriotique libre (CPL, fondé par le chef de l'Etat, Michel Aoun), Gebran Bassil, a appelé le président de la Chambre, Nabih Berry, à convoquer l'assemblée nationale à une séance plénière "dans les prochaines 48 heures" afin que soit votée la levée des immunités de députés et anciens ministres dans le cadre de l'enquête sur la double explosion du port de Beyrouth. 

Le juge d'instruction près la cour de justice, Tarek Bitar, chargé de l'enquête sur le drame, avait demandé début juillet la levée de l'immunité de quatre anciens ministres (dont trois sont actuellement députés) et des responsables sécuritaires pour les mettre en examen et engager des poursuites à leur encontre pour "éventuelle intention d'homicide" et "négligence et manquements". Il fait face, depuis, à une levée de boucliers de la classe politique, notamment au Parlement qui a refusé, "dans l'attente de preuves", d'autoriser la levée des immunités, et qui tente de court-circuiter la procédure du magistrat en réclamant que les ex-ministres soient jugés devant la haute cour de justice, un organe devant lequel aucune affaire n'a jamais été portée. Par ailleurs, le Premier ministre sortant Hassane Diab a refusé de statuer sur l'autorisation de comparaître du chef de la sécurité de l'État, le général Tony Saliba, arguant du fait que cela relevait des prérogatives du conseil de Défense, et le ministre sortant de l'Intérieur Mohammad Fahmi a, lui, refusé d'autoriser la comparution du directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim. Une décision entérinée par le procureur Ghassan Khoury. Sauf que lundi, le juge Bitar a persisté et signé en demandant au parquet de la cour de Cassation d'engager des poursuites à l'encontre de Abbas Ibrahim.

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Au cours d'une conférence de presse au siège du parti aouniste à Sin el-Fil, M. Bassil a annoncé avoir adressé une lettre à M. Berry afin de réclamer une telle séance parlementaire le 4 août, à l'occasion de la première commémoration de la catastrophe qui a fait plus de 200 morts et des milliers de blessés. "En tant que députés, nous devons donner toutes les prérogatives à la justice, qui doit prouver qu'elle fait correctement son travail, loin de tout clientélisme", a-t-il ajouté, soulignant que le juge Bitar doit "prouver son intégrité et le fait qu'il travaille en toute transparence". Il l'a invité à "assurer qu'il n'a pas l'intention préalable d'arrêter toute personne qu'il veut interroger et que les personnes entendues auront le droit de se défendre". Il l'a encore appelé à "publier le rapport demandé par les sociétés d'assurance", pour qu'elles puissent débloquer les indemnités à leurs clients s'il est prouvé que la double explosion n'a pas été causée par un acte terroriste.

Crime contre l'humanité
"Le président de la République a donné l'exemple" lorsqu'il a affirmé, la semaine dernière, qu'il était prêt à être entendu par le juge, a encore salué Gebran Bassil, qui est le gendre de Michel Aoun. "L'explosion du port est une question sécuritaire, qui ne se limite pas à des négligences professionnelles", a encore déclaré M. Bassil, estimant que la déflagration "résume la négligence, la corruption et le chaos sécuritaire qui règnent dans le pays". 

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De son côté, le mufti de la République, cheikh Abdellatif Deriane, représentant de la plus haute instance sunnite dans le pays, a condamné les "tentatives de détourner le cours de la justice et de l'entraver", estimant que les personnes responsables de ces blocages commettent eux-mêmes un crime. "Nous voulons que l'enquête se poursuive rapidement, jusqu'à ce que la vérité soit connue et que justice soit faite", a ajouté le dignitaire. Il a estimé qu'il est "du droit des Libanais que la communauté internationale fasse la vérité sur ce crime contre l'humanité, afin que tous les criminels puissent être condamnés". Le cheikh Deriane ne s'est toutefois pas prononcé sur la question de la levée des immunités ni sur la proposition faite par le groupe parlementaire du Futur, dirigé par le leader sunnite Saad Hariri, d'amender la Constitution afin d'assurer la levée de l'immunité de tous les dirigeants. M. Hariri avait fait cette proposition la semaine dernière et l'avait ensuite présentée à plusieurs blocs, recevant notamment le soutien des députés du mouvement Amal, du président de la Chambre. D'autres, comme le CPL et les Forces libanaises, avaient toutefois estimé que cette démarche risquait de faire perdre du temps aux procédures judiciaires, réclamant un vote de la levée des immunités lors d'une séance parlementaire. Une levée des immunités par la Chambre des députés touche tout le monde sauf le président de la République, alors que l’objectif de M. Hariri est précisément de faire en sorte que le chef de l’État puisse être, comme tous les autres responsables, passible de poursuites pénales, d’où la nécessité d’un amendement constitutionnel.

Le leader maronite et chef des FL, Samir Geagea, a pour sa part déclaré que son parti poursuivra la lutte pour que la vérité concernant la double explosion au port de Beyrouth soit dévoilée et pour que toutes les immunités soient levées, afin que les responsables politiques soient entendus par le juge Tarek Bitar. A deux jours de la première commémoration du drame du 4 août, le leader des FL a souligné qu'il pourrait "brandir la carte d'une enquête internationale", si le pouvoir en place tente de mettre en échec les efforts de M. Bitar.
Samir Geagea a assuré qu'au centre de la lutte que mène actuellement son parti figure le fait de rendre justice aux proches des victimes. "Nous ne nous calmerons pas avant que les immunités, toutes les immunités, soient levées et que tous les tabous tombent", a lancé le leader maronite.  Louant "le sérieux" dont a fait preuve le juge Bitar, Samir Geagea a souligné que "s'ils (la classe dirigeante) tentent de mettre en échec ces efforts, les FL brandiront (de nouveau) la carte de l'enquête internationale". "En dépit de toutes vos tentatives d'échapper (à la justice), de vous laver les mains et d'entraver le cours de la justice, vous serez jugés devant les tribunaux", a lancé M. Geagea à l'adresse de ceux qu'il estime "responsables de la double explosion au port, que ce soit par négligence ou complicité".

Nouveau report de l'interrogatoire de Kahwagi
Par ailleurs, l'audience prévue aujourd'hui de l'ex-commandant en chef de l'armée Jean Kahwagi, qui devait être interrogé par le juge Bitar, a été reportée au 25 août, a confirmé l'avocat de l'ancien responsable militaire à L'Orient-Le Jour. Ce délai a été demandé afin de présenter un recours pour vice de forme de la mise en accusation du général.

Plus tôt dans la journée, Jean Kahwagi s'était désolidarisé de commentaires faits à la presse par son avocat, Antoine Toubia, qui avait accusé le Hezbollah d'avoir envoyé une partie du nitrate d'ammonium, à l'origine de la déflagration, vers la Syrie. Sur les 2750 tonnes de ce produit ayant été déchargées dans le port en 2014, seul un cinquième du stock aurait explosé le 4 août 2020, selon un rapport du FBI. Le général Kahwagi a affirmé que les déclarations de son avocat "relevaient de sa propre analyse et ne le représentent pas".

Le général Kahwagi, qui dirigeait la troupe au moment où le chargement de nitrate d'ammonium à l'origine de la déflagration est arrivé dans le port de Beyrouth (en 2013), avait déjà été entendu comme témoin dans le courant du mois d'août par le juge Fadi Sawan qui était alors chargé de l'instruction, à l'instar de plusieurs autres responsables sécuritaires. Lors de cette audition, le général avait indiqué avoir été mis au courant en 2015 de la présence de nitrate d'ammonium dans le port par les douanes, qui demandaient si la troupe pouvait avoir besoin de ce produit, ce qu'avait décliné le commandement. 

Le chef du Courant patriotique libre (CPL, fondé par le chef de l'Etat, Michel Aoun), Gebran Bassil, a appelé le président de la Chambre, Nabih Berry, à convoquer l'assemblée nationale à une séance plénière "dans les prochaines 48 heures" afin que soit votée la levée des immunités de députés et anciens ministres dans le cadre de l'enquête sur la double explosion du port de...
commentaires (6)

malheureusement le ridicule ne tue pas

Élie Aoun

17 h 41, le 02 août 2021

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Commentaires (6)

  • malheureusement le ridicule ne tue pas

    Élie Aoun

    17 h 41, le 02 août 2021

  • Il en joue du violon, tralala lala … Voyez-vous mon beau père donne l’exemple, il est prêt à témoigner devant le juge, ** mais lui est intouchable puisqu’il est à la plus haute marche de l’Etat. Oui nous devons voter pour la levée de l’immunité parlementaire à condition que le juge nous prouve que …C’est le monde à l’envers, c’est à la justice de montrer patte blanche, afin auditionner un témoin éventuellement soupçonné d’un fait, pour que ce dernier daigne accepter d’envisager de se présenter à la justice. Je suis persuadé qu’il est vraiment sérieux d’annoncer une telle ineptie. Pauvre Liban ! Triste et surtout inquiétant de lire cela au 21ème siècle. Dans les Pays démocrates, les ministres, hauts fonctionnaires, Militaires gradés ou non, sortent directement de chez le juge à la case prison, sans passer par la case départ. Nous avons assisté à des ministres éberlués par la tournure imprévue des événements en partant en prison, pour en sortir après un jugement quelques années plus tard. Au Liban les personnalités posent leurs conditions pour se présenter à la convocation d’un juge.

    Le Point du Jour.

    15 h 36, le 02 août 2021

  • Tel beaupère...tel gendre ! - Irène Saïd

    Irene Said

    15 h 12, le 02 août 2021

  • Le mec est en train de racler le fond de ses poches pour voir ce qu'il lui reste encore de conneries surrealistes a debiter ...

    Remy Martin

    14 h 50, le 02 août 2021

  • Il veut redorer son blason en se passant maintenant pour le défenseur des familles des victimes parce qu’on l’a démuni de sa protection des chrétiens. Il peut toujours essayer mais il ne trouvera aucun écho puisque tout le monde sait que c’est grâce a sa collaboration avec les saboteurs que le Liban est à ce stade de déchéance. Donc il est prié de la boucler par décence puisqu’on lui interdit de prononcer ne serait ce que la cause des victimes de ses agissements.

    Sissi zayyat

    14 h 23, le 02 août 2021

  • BITAR DOIT PROUVER SON INTÉGRITÉ DEVANT LE ROI BASSIL

    Gebran Eid

    14 h 05, le 02 août 2021

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