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Politique - Éclairage

L’Égypte tente de combler le vide sunnite au Liban

Le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, a été reçu au Caire mercredi par le président Sissi.


L’Égypte tente de combler le vide sunnite au Liban

Le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Joseph Aoun. Photo d’archives ANI

Bénéficiant d’une excellente réputation auprès de plusieurs États, le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, tente depuis quelques mois d’investir ce crédit personnel et professionnel dont il jouit pour sauver l’institution militaire, touchée de plein fouet par la crise économique et financière.

Après avoir été reçu par le chef de l’État français Emmanuel Macron, dans une première rencontre entre un commandant en chef de l’armée libanaise et un président français, c’est avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, qu’il s’est entretenu mercredi. Un échange qui en dit long sur l’intérêt croissant du Caire pour le Liban dont il s’efforce de soutenir les institutions, particulièrement l’armée, et de les prémunir contre l’effondrement qui a touché l’ensemble des secteurs du pays.

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Symbolique à plus d’un égard, cette visite, placée sous le titre des « aides opérationnelles » à apporter à la troupe, a une portée qui va au-delà du soutien humanitaire et logistique que plusieurs pays s’efforcent d’ailleurs de mettre en place depuis que le Liban a sombré dans l’abîme. « Le soutien à l’État libanais et à ses institutions est une constante pour l’Égypte et ce depuis l’époque de l’ancien président Gamal Abdel Nasser à ce jour », note un analyste politique.

Ce n’est pas un hasard si le président égyptien a qualifié, lors de sa rencontre avec le général Joseph Aoun, l’armée libanaise d’« épine dorsale de la cohésion du pays qui continue d’assurer la sécurité et la stabilité ».

À l’instar de ses partenaires arabes et de plusieurs pays occidentaux, Le Caire souhaite préserver le Liban du chaos qui, s’il devait s’installer, serait préjudiciable à tous ces États qui craignent comme la peste une immigration non plus seulement des réfugiés palestiniens et syriens, mais aussi des Libanais dont plusieurs milliers ont déjà plié bagage. « Outre l’immigration de masse, ces pays craignent surtout que le Liban ne redevienne un terreau fertile pour l’État islamique », commente Khalil Hélou, un ancien officier de l’armée. Une appréhension que l’Égypte partage d’ailleurs avec son alliée, l’Arabie saoudite. Si les questions sécuritaires pèsent lourdement dans la relation bilatérale entre Le Caire et Beyrouth, les calculs géopolitiques ne sont pas non plus absents.

Parrain des sunnites

Depuis que Riyad boude politiquement le Liban, du fait notamment que l’Iran s’y est forgé une place importante par le biais du Hezbollah, c’est Le Caire qui aspire à remplir ce vide, ambitionnant de repasser au premier plan devant le royaume. « Un rôle d’autant plus facilité pour l’Égypte que celle-ci entretient de bonnes relations avec l’ensemble des parties libanaises », commente M. Hélou.

Alors que le Liban se débattait avec la crise gouvernementale, l’Égypte avait envoyé en avril dernier son ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, pour tenter de débloquer la situation. Ce que Riyad, qui pratique depuis des années déjà une diplomatie discrète à Beyrouth, n’a pas fait. L’ancien Premier ministre Saad Hariri a pour sa part multiplié les visites au Caire, qui s’est clairement repositionné comme le parrain du camp sunnite. L’une des spécificités de l’Égypte est qu’elle possède la première armée dans la région et la 13e du monde, rappelle le général Hélou. Le Caire est en outre producteur de munitions dont le Liban pourrait potentiellement bénéficier, sachant que les États-Unis n’y trouveront probablement pas d’inconvénient, note encore cet ancien militaire.

Pour mémoire

Joseph Aoun et la tentation de Baabda

L’Égypte peut jouer sur son poids historique, sa dimension politique et sur son positionnement dans la région pour sortir de l’ombre de Riyad en développant des relations avec Amman et Bagdad et en faisant partie intégrante d’un axe méditerranéen auquel le Liban pourrait avoir intérêt à adhérer. Mais Le Caire n’est plus la puissance qu’il était autrefois et manque considérablement de moyens pour venir en aide au Liban, lui-même étant dépendant de l’aide externe.

Le dossier des aides logistiques et humanitaires était au centre des entretiens entre le général Aoun et son homologue égyptien, le maréchal Mohammad Farid, à qui il a présenté un dossier comprenant une liste des besoins de l’armée libanaise. Une aide d’autant plus vitale que la conférence internationale organisée le 17 juin dernier par Paris pour apporter une aide humanitaire à l’armée n’a pas véritablement eu le succès attendu. Une vingtaine de pays dont les pays membres du Groupe international de soutien au Liban (GIS) et les pays du Golfe ont participé à cette rencontre soutenue par l’ONU et tenue à huis clos. Alors que l’Occident comptait sur la générosité de l’Arabie saoudite, celle-ci s’est abstenue de contribuer au financement de cette aide urgente.

Pour mémoire

Les Occidentaux font le pari de l’armée libanaise

Une attitude interprétée par certains comme un refus d’aider l’armée d’un pays en proie à la domination du Hezbollah. Ce n’est pas tout à fait le cas, assurent des sources diplomatiques française et américaine selon lesquelles Riyad n’a pas vraiment rejeté la demande, mais étudie lentement et sûrement le dossier avant de se prononcer. « Les Saoudiens ont besoin de digérer les requêtes formulées par Paris et Washington », dont le principal objectif était d’embarquer Riyad dans le partenariat franco-américain, selon une source proche des milieux diplomatiques occidentaux.

Les ambassadrices de France et des États-Unis, Anne Grillo et Dorothy Shea, s’étaient rendues à Riyad le 9 juillet pour évoquer les aides potentielles à apporter notamment à l’armée. Selon notre chroniqueur politique Mounir Rabih, si l’Arabie saoudite ne s’est pas encore prononcée à ce sujet, c’est parce qu’elle attend de l’armée qu’elle fasse preuve de bonne foi et d’efficacité dans le dossier de l’exportation du captagon vers Riyad, imputée au Hezbollah. L’Arabie saoudite ne semble pas avoir oublié non plus l’épisode de l’aide des trois milliards de dollars qu’elle avait promise en 2016 à l’institution militaire et dont « plus de 200 millions devaient être payés en commissions à des personnalités libanaises et leurs proches », rappelle un ancien officier de l’armée. Riyad avait justifié l’interruption de cette aide par un acte de « protestation contre les prises de position hostiles à son égard inspirées par le Hezbollah ».


Bénéficiant d’une excellente réputation auprès de plusieurs États, le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, tente depuis quelques mois d’investir ce crédit personnel et professionnel dont il jouit pour sauver l’institution militaire, touchée de plein fouet par la crise économique et financière. Après avoir été reçu par le chef de l’État français Emmanuel Macron,...

commentaires (4)

Que les libanais se mettent d’accord pour évincer tous ces vauriens et nous n’aurons plus besoin de la bénédiction des autres pays qui a tout l’air d’ingérence dans nos affaires intérieures avec tous les inconvénients qui vont avec. Nous allons élire des responsables politiques assez matures et patriotiques pour mettre fin à ces mauvaises habitudes qui, dès que le Liban tousse tous les pays se portent volontaires pour l’ausculter et lui prodiguer les soins qui leur conviennent sans même savoir établir le vrai diagnostic. Non merci sans façon, plutôt crever.

Sissi zayyat

21 h 13, le 30 juillet 2021

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Commentaires (4)

  • Que les libanais se mettent d’accord pour évincer tous ces vauriens et nous n’aurons plus besoin de la bénédiction des autres pays qui a tout l’air d’ingérence dans nos affaires intérieures avec tous les inconvénients qui vont avec. Nous allons élire des responsables politiques assez matures et patriotiques pour mettre fin à ces mauvaises habitudes qui, dès que le Liban tousse tous les pays se portent volontaires pour l’ausculter et lui prodiguer les soins qui leur conviennent sans même savoir établir le vrai diagnostic. Non merci sans façon, plutôt crever.

    Sissi zayyat

    21 h 13, le 30 juillet 2021

  • Chère Egypte, prière de noter que le peuple ne souffre point d'un vide, mais plutôt d'un monticule d'immondices dont il espère se débarrasser... un cumul de décennies d'ordures qui nous tiennent le pouvoir par la force et qui sucent le sang des citoyens de tout âge tout en leurs polluants les cervelles en même temps que l' eau, la bouffe, l'air et lavenir. Si vous pouvez nous aider en les emportants très loin ou en les ensevelissants sous les sables d'un désert (potentiel de gaz dans l'avenir, quoique nauséabond ...), On vous sera bien reconnaissant. Mais attention, ils mordent et sont contaminés.

    Wlek Sanferlou

    21 h 08, le 30 juillet 2021

  • SI SISSI & Co SE POURLECHENT LES BABINES , ESCOMPTENT DE BELLES ANNEES DE MAMMOURS AVEC LES LIBANAIS EN SE FIANT A L'HISTOIRE DES ANNEES LIBANO-EGYPTIENNES DU TEMPS DE NASSER, ILS SE GOURRENT DU TOUT AU TOUT. LA RACE DES POLITIQUES DE CES TEMPS LA ETANT REVOLU, AVOIR A DIALOGUER AVEC LA NOUVELLE RACE POLITIQUE LIBANAISE INNOMMABLE ? BONNE CHANCE MR SISSI IL NE SAIT PAS ODANS QUELLE MERDIER IL SE DEBATTERA.

    Gaby SIOUFI

    10 h 21, le 30 juillet 2021

  • L’Egypte se tient tant et si bien aux côtés du Liban “depuis Gamal Abdel-Nasser » que ça nous a valu, entre autres, l’accord du Caire. Mon dieu, gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge.

    Marionet

    08 h 44, le 30 juillet 2021

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