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Politique - Éclairage

Les Occidentaux font le pari de l’armée libanaise

La France a promis des aides alimentaires et des médicaments, les États-Unis, une aide supplémentaire de 15 millions de dollars pour cette année.

Les Occidentaux font le pari de l’armée libanaise

Une patrouille de l’armée au centre-ville. Nabil Ismaïl/Photo d’archives

Les Occidentaux n’ont pas l’intention de laisser l’armée libanaise se désagréger. Ils comptent au contraire accroître leur soutien en sa faveur et lui permettre de jouer un rôle de premier plan et à différents niveaux, dans les années difficiles à venir. Cette volonté de faire du maintien de la troupe l’un des piliers de leur politique libanaise s’est matérialisée à plusieurs reprises au cours des derniers jours. Fait le plus notoire : la rencontre à l’Élysée mercredi entre le président français Emmanuel Macron et le commandant en chef Joseph Aoun. Déçu par la paralysie du système libanais, par l’irresponsabilité et l’inaction des leaders politiques qui s’étripent depuis des mois dans une guerre de prérogatives, Paris semble considérer l’armée comme un interlocuteur plus crédible et plus efficace. Une carte sur laquelle mise tout autant Washington qui s’attelle depuis un certain temps, en concertation avec ses partenaires européens, à consolider le seul rempart face au chaos, voire à une guerre civile latente, si les rouages de l’État devaient complètement lâcher.

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M. Macron, qui recevait pour la première fois le représentant de l’armée libanaise, a assuré à son interlocuteur la poursuite de l’appui de la France à l’institution militaire dans un contexte de grave crise économique et financière qui a sérieusement affecté les effectifs de la troupe, que l’État n’arrive plus à entretenir ni même à nourrir. Menacée par la dévaluation de la livre libanaise, l’armée craint aujourd’hui plus que jamais les défections dans ses rangs, à l’instar de ce qui s’était passé à la veille de la guerre civile. Lors de cette rencontre, Joseph Aoun s’est vu promettre des aides alimentaires et des médicaments pour empêcher l’institution de crouler à l’approche de la levée des subventions annonciatrices de nouveaux troubles sociaux. « Il est nécessaire de soutenir l’armée libanaise pour l’aider à continuer à s’acquitter de ses nombreuses tâches », a commenté le commandant en chef des armées françaises François Lecointre, avec lequel M. Aoun s’est également entretenu. Selon des sources proches de la réunion citées par l’agence Reuters, le général Aoun a établi devant ses interlocuteurs le bilan d’une situation qu’il a qualifiée d’« intenable ». Le commandant en chef de l’armée a mis en garde à plusieurs reprises la classe politique contre les risques d’effondrement de l’institution militaire. En mars dernier, il avait lancé un énième ultimatum : « Que comptez-vous faire face à la situation explosive ? Nous n’accepterons pas que l’armée soit un défouloir pour qui que ce soit. »

Contrer le Hezbollah

Durant la rencontre à l’Élysée, ses interlocuteurs ont évoqué la possibilité pour la France d’organiser une conférence internationale de soutien à la troupe dans le courant du mois de juin, afin de mobiliser des aides financières. Alors que les aides au Liban sont toujours conditionnées à des réformes structurelles, les Occidentaux ne posent pas les mêmes conditions lorsqu’il s’agit d’offrir leurs aides à la troupe. Selon un responsable politique français qui a requis l’anonymat, la visite du chef de l’armée a une double importance : elle est d’abord destinée à canaliser les aides pour faire face aux difficultés financières, mais aussi pour approfondir et coordonner la lutte contre le terrorisme et la criminalité.

Un objectif que partage également Washington qui va même plus loin dans la rhétorique. Un responsable du Pentagone ayant requis l’anonymat a affirmé mercredi à la chaîne britannique Sky News Arabia que Washington souhaitait renforcer l’armée libanaise afin de « contrer le Hezbollah » et d’« éviter que les institutions sécuritaires du pays ne se retrouvent entre les mains du parti ». La logique est limpide : plus l’armée est soutenue et renforcée, plus l’espace et la marge de manœuvre du Hezbollah seront réduits. Une équation qui ne fait toutefois pas l’unanimité au sein du département d’État américain, certains de ses membres influents étant toujours opposés à un renforcement d’une institution militaire qui reste à leurs yeux « inefficace » face au parti chiite.

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Vendredi dernier, le département d’État a tenu une conférence avec l’armée libanaise par visioconférence durant laquelle Washington et Beyrouth ont discuté du « renforcement de la coopération sécuritaire ». À l’issue de celle-ci, à laquelle ont notamment pris part le général Aoun et l’ambassadrice Dorothy Shea, le département d’État a annoncé une aide financière de 120 millions de dollars à l’armée pour l’année 2021. Cette aide, qui doit encore être validée par le Congrès, dépasse de 15 millions de dollars celle de l’année dernière.

Message inquiétant

L’aide américaine apportée par Washington à l’armée libanaise n’est pas uniquement destinée à rogner les ailes du parti chiite, laisse entendre un diplomate à Washington. « Le fait de lier cette aide au Hezbollah est une dynamique destinée à la consommation intérieure, d’autant que cette question a de tout temps divisé les officiels américains », commente un responsable libanais bien introduit à Washington. Dans un contexte économique post-Covid, où ni le Liban ni le Moyen-Orient ne sont perçus comme prioritaires, les gouvernements doivent justifier encore plus que d’habitude la moindre aide étrangère. « Il y a une fatigue et une lassitude générales vis-à-vis du Liban. Paradoxalement et dans le cas d’un effondrement complet, le pays s’imposerait comme priorité », note encore ce responsable. C’est précisément ce que veulent éviter en chœur Washington et ses partenaires européens – en concertation continue à ce sujet –, qui préfèrent mettre un Liban croulant sous perfusion au lieu d’en arriver au scénario catastrophe de l’effondrement. Dans ce cas de figure, c’est tout un ensemble de dossiers lourds qui risqueraient de leur exploser à la figure – les États européens surtout –, notamment celui des réfugiés ou, pire encore, une guerre civile. C’est dans cette optique qu’il faut donc analyser le soutien in extremis apporté à la troupe par l’Occident.

« Cela a quelque chose de rassurant dans le sens où le Liban n’est pas complètement lâché. Mais en même temps, le message est inquiétant. Il signifie que rien ne va plus au Liban », souligne le responsable politique.


Les Occidentaux n’ont pas l’intention de laisser l’armée libanaise se désagréger. Ils comptent au contraire accroître leur soutien en sa faveur et lui permettre de jouer un rôle de premier plan et à différents niveaux, dans les années difficiles à venir. Cette volonté de faire du maintien de la troupe l’un des piliers de leur politique libanaise s’est matérialisée à...

commentaires (7)

D'aucuns pensent que face a l'incapacite et la corruption de la classe politique, un "coup" militaire pourra redresser le pays. Nous rejoindrons ainsi la cohorte des dictatures de la region : Syrie, Egypte, Algerie, Et, il n'y a pas si longtemps, Libye, Tunisie (Ben Ali), Soudan, Irak. Que des exemples concluants, n'est ce pas ????

Michel Trad

20 h 39, le 28 mai 2021

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Commentaires (7)

  • D'aucuns pensent que face a l'incapacite et la corruption de la classe politique, un "coup" militaire pourra redresser le pays. Nous rejoindrons ainsi la cohorte des dictatures de la region : Syrie, Egypte, Algerie, Et, il n'y a pas si longtemps, Libye, Tunisie (Ben Ali), Soudan, Irak. Que des exemples concluants, n'est ce pas ????

    Michel Trad

    20 h 39, le 28 mai 2021

  • CA DONNE UN SENTIMENT DE SECURITE AUX LIBANAIS A L,APPARTENANCE NATIONALE.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    19 h 42, le 28 mai 2021

  • Pour contrer le Hezbollah, c'est simple. Soit on désarme Israel, soit on équipe l'armée libanaise. Pour l'équiper, il faut non pas 100 millions de dollars mais une dizaine de milliards. Est-ce que ceux qui sont gênés par le Hezbollah sont prêts à payer. Manifestement non, car ils l'auraient dit.

    NASSER Jamil

    19 h 11, le 28 mai 2021

  • De toutes manières , les trois derniers presidents sont issus des rangs de l' armee...Ca ne devrait pas changer...

    LeRougeEtLeNoir

    13 h 00, le 28 mai 2021

  • Envoyez quelques porte-avions au large des cotes pour appuyer une prise de pouvoir par l' armee , au cas ou certains seraient tentes de le contester, et qu' elle fasse un nettoyage en profondeur..! Il n' y a plus autre chose a faire !

    LeRougeEtLeNoir

    11 h 38, le 28 mai 2021

  • Se méfier : SI il y a UN ESPRIT DE RÉVOLUTION ( ? ) SUREMENT IL SERA TRAHI PAR L’ESPRIT MILITAIRE ….

    aliosha

    11 h 14, le 28 mai 2021

  • "Rien ne va plus au Liban". fausse conclusion. Ils veulent soutenir l'armee pour permettre la transition de la ridicule ere des subventions et des salaires mirobolants des fonctionnaires a une politique plus normale. Apres quoi le Liban re emergera. Mais personne ne veux presider sur cette ere, justqua la levee des subventions...

    Le Liban d'abord

    09 h 32, le 28 mai 2021

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