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Politique - Justice

Au lendemain de sa convocation devant le CSM, Ghada Aoun persiste et signe

La procureure générale a mené hier une nouvelle perquisition, par la force, des locaux de la société Mecattaf. La police antiémeute a été déployée.

Au lendemain de sa convocation devant le CSM, Ghada Aoun persiste et signe

Ghada Aoun s’est rendue hier une nouvelle fois aux locaux de la société Mecattaf à Awkar. Photo d’archives Marc Fayad

Des véhicules blindés et des éléments de la force antiémeute déployés devant la société de change Mecattaf à Awkar (Metn) pour faire tampon entre cette entreprise privée et… une juge. Cette scène, absurde, s’est déroulée hier sous l’œil des caméras. Il s’agissait là du dernier épisode en date du feuilleton du refus, de la part de la procureure générale près la cour d’appel du Mont-Liban Ghada Aoun, de se plier aux décisions du procureur général près la Cour de cassation Ghassan Oueidate. Au lendemain d’une réunion avec le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) à laquelle elle avait été convoquée et au terme de laquelle elle avait été déférée devant l’Inspection judiciaire, la juge Aoun a ainsi lancé une nouvelle perquisition contre les locaux de la société Mecattaf. Quelques heures seulement après que le CSM l’avait enjoint de se conformer à la nouvelle répartition, par Ghassan Oueidate, des tâches au sein du cour d’appel qui a eu pour effet de la dessaisir des affaires liées aux crimes financiers, la juge Aoun a marqué son refus de lâcher l’enquête, pourtant transférée par le procureur général près la Cour de cassation au juge Samer Lichaa.

L'édito de Issa GORAIEB

Touche pas à mon juge !

L’affaire en question est basée sur une plainte pour blanchiment d’argent contre le gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé, et le PDG de la Société générale de banque au Liban, Antoun Sehnaoui. Dès mardi soir, certains médias indiquaient que Ghada Aoun, proche des milieux aounistes, n’avait pas l’intention de se conformer à la décision du procureur Oueidate, qui navigue plutôt dans l’orbite du courant du Futur. La juge insiste sur le fait que même si le dossier a été transféré au juge Lichaa, la décision du procureur général n’a pas d’effet rétroactif, justifiant ainsi la poursuite de son enquête. C’est par le procureur financier Ali Ibrahim qu’a été entendu, mardi, Michel Mecattaf, PDG de la société éponyme. Il s’agissait donc, hier, de la troisième perquisition des locaux de la société par Ghada Aoun depuis vendredi, date à laquelle la décision du procureur Oueidate, prise jeudi, a été rendue publique. Comme lors des autres opérations très médiatisées, la juge est arrivée en compagnie de dizaines de partisans aounistes sur les lieux, avant d’ordonner à des ouvriers civils de faire sauter les serrures des barrières et portes. Le tout sous les acclamations de ses supporters à qui la magistrate s’est adressée à plusieurs reprises.

Nouvelles portes forcées

Avant l’arrivée de Ghada Aoun à Awkar, deux experts financiers s’étaient réunis avec les avocats de la société Mecattaf. Face aux portes fermées de la société, la juge Aoun a, dans un premier temps, attendu dans son véhicule, un dossier à la main et semblant rédiger quelque chose. C’est vers 15h30 qu’elle a été rejointe par des partisans qui, à sa demande, ont fait sauter la serrure du portail extérieur, sous les vivats. Vers 16 heures, la magistrate a demandé à ce que soient forcés les cadenas installés sur la porte d’entrée des locaux de la société. Ce qui a provoqué une dispute entre l’avocat de la société et quelques-uns des employés, d’un côté, et les « partisans » qui accompagnaient la juge, de l’autre. Mme Aoun a alors assuré qu’elle entrerait seule dans les locaux, c’est-à-dire sans ses partisans, avec les enquêteurs financiers.

Seule nouveauté hier, par rapport aux perquisitions tenant du spectacle pour le moins surprenant et ultramédiatisé du week-end dernier, au lendemain de l’intervention du CSM, dont Mme Aoun n’a clairement tenu aucun compte, une importante unité antiémeute des Forces de sécurité intérieure a fini par se déployer sur les lieux avant de négocier avec les supporters de la juge pour qu’ils se retirent. Lesquels militants ont répondu soutenir la juge Aoun parce qu’elle a été « abandonnée face à cette mafia » et qu’ils se retireraient plus loin si les forces de l’ordre décidaient de « la protéger enfin ».

Pendant ce temps, dans les locaux de la société Mecattaf, les ouvriers de Mme la juge s’employaient à casser les portes. Un de ces ouvriers a assuré à un journaliste d’al-Jadeed que la porte de la salle où se trouveraient tous les documents de la société a bien été forcée. C’est cette même porte que la juge n’avait pas pu ouvrir lors de sa première perquisition vendredi dernier.

Pour mémoire

Ghada Aoun devant l’Inspection judiciaire à la demande du CSM

Peu avant 17 heures, des militants qui s’étaient assis à même le sol dans la cour de la société ont été délogés par la force antiémeute, à laquelle ils ont tenté de résister. Un peu plus tard, tous les avocats encore présents, celui de la société comme ceux qui accompagnaient la juge, notamment ceux affiliés au groupe « Moutahidoun », ont été priés de quitter les locaux de la société, et la juge est restée seule sur place avec les deux experts financiers. Ce n’est qu’en soirée, après 20 heures, que la juge s’est retirée des locaux de la société Mecattaf, emportant des ordinateurs.

Malgré ce nouvel épisode illustrant la grave crise qui traverse le corps judiciaire, Ibrahim Najjar, ancien ministre de la Justice, se dit « confiant sur le plan de l’ordre judiciaire », estimant que « les décisions du CSM seront en fin de compte respectées » et affirmant « ne pas douter de la fermeté des membres de cet organisme ». Interrogé sur les raisons, selon lui, de la poursuite des perquisitions par la juge, malgré la décision la veille du CSM, M. Najjar, après avoir précisé ne pas détenir de détails lui permettant de se prononcer, se demande « si la juge a été notifiée officiellement de la décision du procureur général ». Selon certaines sources relayées par la OTV, chaîne proche du CPL, Mme Aoun compterait se conformer à la décision de M. Oueidate « à l’avenir », et non pour les dossiers qu’elle a déjà en main, ce qui expliquerait son insistance à se rendre aux locaux de la société Mecattaf (voir L’OLJ du 21 avril). Les décisions du procureur n’ont-elles pas un effet rétroactif ? « Toute décision disciplinaire a un effet immédiat », souligne le juriste. Elles s’appliquent donc quelle que soit la situation en cours, par la force de la loi, ajoute-t-il. En attendant, le bras de fer se poursuit, et avec lui la projection d’une triste image du système judiciaire libanais.

Des « poursuites », exige le CPL

Aussitôt après l’intervention des forces de l’ordre, le bureau de communication du CPL a publié un communiqué dans lequel il « dénonce l’agression des forces de l’ordre contre des manifestants pacifiques, qui étaient rassemblés dans la rue et n’empiétaient pas sur un quelconque bien privé ». « Les forces de l’ordre sont supposées protéger les manifestants contre la corruption et non les agresser », poursuit le texte, dans lequel le CPL demande « que des poursuites soient engagées contre les responsables ». De son côté, le bureau du ministre sortant de l’Intérieur, Mohammad Fahmi, a publié un communiqué dans lequel il « affirme soutenir tout rassemblement pacifique, tout en insistant sur le devoir des forces de sécurité concernant la protection des biens privés ». Il a demandé « à tous les citoyens de respecter les lois ».


Des véhicules blindés et des éléments de la force antiémeute déployés devant la société de change Mecattaf à Awkar (Metn) pour faire tampon entre cette entreprise privée et… une juge. Cette scène, absurde, s’est déroulée hier sous l’œil des caméras. Il s’agissait là du dernier épisode en date du feuilleton du refus, de la part de la procureure générale près la cour...

commentaires (10)

Scène de western à Awkar : un chef qui rentre de force dans une hacienda pour s'emparer de documents d'un clan adverse, ça ne s'était jamais vu ni au Texas ni en Arizona. Pourquoi le Liban est-il tombé si bas dans les démocraties du monde libre ?

Honneur et Patrie

18 h 17, le 22 avril 2021

Tous les commentaires

Commentaires (10)

  • Scène de western à Awkar : un chef qui rentre de force dans une hacienda pour s'emparer de documents d'un clan adverse, ça ne s'était jamais vu ni au Texas ni en Arizona. Pourquoi le Liban est-il tombé si bas dans les démocraties du monde libre ?

    Honneur et Patrie

    18 h 17, le 22 avril 2021

  • LES COMPORTEMENTS AVENTURIERS ET VIOLATIONS REPETEES PAR CETTE DAME DE LOI PARTISANE DECLAREE, 3ALA 3AYNAK YIA TAJER, QUI BAFOUE TOUTES LES LOIS QU,ELLE EST SUPPOSEE DEFENDRE, PEUT MENER LE PAYS VERS DES JOURS NOIRS. ENTHOUSIASME OU FANATISME PARTISAN ET AVEUGLE OU EXECUTIONS D,ORDRES POLITIQUES ? QUOI QU,IL EN SOIT ELLE MET EN PERIL ET EN DANGER LA SECURITE ET LE VIVRE ENSEMBLE DU PAYS. ELLE DONNE UN EXEMPLE A TOUS CEUX QUI VEULENT VIOLER LES LOIS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 24, le 22 avril 2021

  • C’est fait, elle a perquisitionné et on attend avec impatience de savoir le but de cette perquisition. Serait elle un moyen de chantage sur Hariri pour qu’il lâche du lest et accepte enfin de rencontrer le gendron et accéder à ses exigences ou est ce que Robin des bois ira jusqu’au bout et dévoilera les montants du pillage et transferts et les noms de tous les acteurs de ce hold up? This is the question. La suite serait qu’un autre scandale verrait le jour cette fois ci à charge contre le CPL qui croit avoir gagné la bataille de la corruption avec leur show à deux balles comme s’ils étaient irréprochables alors que leur leader est déjà sanctionné et on se demande pour quels motifs et quels montants transférés on ne sait où. En attendant ils ont réussi à donner un exemple de démocratie bananière où chacun a sa boutique, voyous pour forcer des serrures et menacer la paix sociale en divisant encore et toujours les libanais sous prétexte de protéger leurs intérêts. Et le pompon c’est lorsque le CPL s’égosille de reproches concernant la maltraitance des manifestants pacifiques et menace de porter plainte contre les responsables alors que pas plus loin qu’hier ce même pouvoir interpelait les manifestants pacifiques pour les traîner devant des tribunaux militaires après les avoir tabassés par les voyous et FSI incrustés dans les manifestations pour brûler, tabasser et s’enfuir sous leurs regards et avec leur bénédiction pour se maintenir au pouvoir. Elle est belle la démocratie.

    Sissi zayyat

    10 h 04, le 22 avril 2021

  • Je ne sais pas si la juge "vedette" a raison ou non de soupçonner la Société Mkattaf d'avoir subtilisé l'argent des Libanais, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'un(e) juge ne devrait pas se comporter de cette façon qui est manifestement l'apanage des chefs de milices!

    Georges MELKI

    09 h 43, le 22 avril 2021

  • Voilà le Prestige de l’Etat sous le régime du président Fort. Même dans le pays le plus reculé du quart monde on n’a jamais assisté à de pareilles scènes. Pouvons nous tomber encore plus bas?

    Liberté de Penser

    09 h 34, le 22 avril 2021

  • C’est Lamentable: Mme le juge demande à ses partisans de forcer les portes...elle a été cependant « gentille » en promettant de rentrer seule dans les locaux de la société sans ses partisans écervelés et complètement aveuglés. Le pays s’effrite de plus en plus, une juge qui n’obéit pas à son supérieur, un parti qui distribue ses cartes d’alimentation et fait la loi sur le terrain qu’il contrôle ridiculisant un état de plus en plus fantomatique et nos hommes politiques qui se foutent complètement à la fois du peuple libanais et des autres pays qui ne veulent plus aider le Liban sans réformes structurelles solides. On ne s’en sortira pas et on va revenir à l’époque où les tribus faisaient chacune ses lois et passaient leur temps à se disputer et à faire des raids les unes sur les autres. Merci aux fossoyeuses et aux fossoyeurs bien nombreux de tout bord, bien nombreux dans ce pays

    mokpo

    09 h 32, le 22 avril 2021

  • DEVINETTE : appelons la juge Aoun ( X ). QUESTION : VOS AVIS SI ( X ) est Maronite ou Shiite ou Sunnite ou Orthodoxe ou Druze ou .. ; bien sûr le plus intéressant si ( X ) est partisan des FL ou du CPL ou des Bleu ou des 3,14 ou des Porte-Plume/Piolet ,ou des Rouges ,Jaunes , Noir, ou des Saoudiens, des Iraniens ( pour ceux-là on connait la chanson )des Amerlos,des Russes !!! MOI JE M’EN FOU : VIVE ( X ) - WHO EVER - D’avance je suis sûre des Avis/ Reportages/des Commentaires ça va être CRITIQUE +CRITIQUE . OUI ,mais entre-temps notre argent : BYE BYE .

    aliosha

    09 h 20, le 22 avril 2021

  • Quelle mascarade! Mafiosi, mafioso, mafioso!!

    Allam Charles K

    08 h 11, le 22 avril 2021

  • "le devoir des forces de sécurité concernant la protection des biens privés " ne les a cependant pas poussées à protéger les locaux de la société en question contre cette intrusion illégale et commise par effraction!

    Yves Prevost

    07 h 07, le 22 avril 2021

  • Faut qu'elle se calme donc. Elle nous ramène à l'ère de l'autre Aoun, le Michel qui a voulu la jouer solo en refusant d'obéir. Il a mené ses guerres. Il a mené le pays au désastre. La destruction. La fuite pour sa part. Et l'occupation pour les libanais. Cette juge, agit de la même façon. La même école. La justice est morte désormais. Les vicitmes du port peuvent mettre une croix sur la justice. Le dernier maillon qui est malgré tout sur ces pieds. L'armée. L'armée qui survit grâce aux subventions alimentaires en provenance du génial Roi M6 du Maroc. Nos pauvres soldats et leurs familles creuvant de faim. Si l'armée tombe? Vous savez bien qui est "prêt" et n'attend que prendre le relais pour installer sa république islamique. Un plan machiavélique pour faire en sorte que les libanais aillent demander "l'aide alimentaire et financière" du hezbollah. Il attend son tour ce dernier pendant que "les imbéciles" qui croient défendre leur communauté ont oublié de défendre la république. Bande d'incompétents. Vous méritez la potence et encore...c'est trop peu. Merci pour la publication.

    radiosatellite.online

    01 h 41, le 22 avril 2021

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