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Économie - Crise

Salamé presse Wazni pour un plan de rationalisation des subventions

Le gouverneur de la Banque du Liban a une nouvelle fois proposé à la Banque mondiale de reverser en livres les aides qu’elle a débloquées.

Salamé presse Wazni pour un plan de rationalisation des subventions

La Banque mondiale a réitéré mardi son souhait que les aides financières soient distribuées en devises. Photo João Sousa

Le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, s’est adressé hier dans un courrier au ministre sortant des Finances, Ghazi Wazni, pour l’avertir de « l’impossibilité pour la BDL de poursuivre le système des subventions » couvrant encore certaines importations, en raison de la fonte de ses réserves en devises et du « gaspillage » découlant de ces mécanismes « inefficaces ». Le gouverneur a ainsi demandé au ministre sortant d’accélérer la mise en place d’un plan de rationalisation des subventions qui « préserverait les réserves de la BDL, garantirait l’argent des déposants et sécuriserait les importations essentielles », insistant également sur la nécessité de former urgemment un gouvernement, plus de huit mois après la démission de celui de Hassane Diab.

L’expédition de ce courrier, relayé dans la presse, survient alors que le débat sur l’avenir de ces mécanismes s’intensifie de jour en jour depuis son évocation initiale l’été dernier. Les réserves de devises du pays ont atteint un niveau désormais critique, soit environ 16,35 milliards de dollars, selon une déclaration du gouverneur en début de semaine, dont à peine plus d’un milliard serait utilisable, le reste étant constitué par les réserves obligatoires en devises des banques, qui ne peuvent être ponctionnées. Des réserves obligatoires dont l’Association des banques du Liban a demandé à récupérer une partie dans un courrier du 1er avril, date à laquelle le bâtonnier de Beyrouth, Melhem Khalaf, a menacé « de poursuites judiciaires » quiconque ponctionnerait ces réserves, soit « ce qui reste de l’argent des déposants libanais ». Des déclarations d’ailleurs reprises hier par Riad Salamé dans son courrier à Ghazi Wazni.

Un chaos précédant un autre

Les réserves obligatoires en devises doivent constituer 15 % du total des dépôts des clients en devises détenus par les banques du pays. Or, comme ces derniers ont diminué de plus de 7 % en 2020, les banques estiment qu’elles peuvent récupérer l’excédent des réserves allouées, craignant par ailleurs que la BDL ne l’utilise pour financer les subventions. Ces mécanismes, dont l’instauration remonte aux premiers mois de la crise, permettent à l’institution financière de vendre des dollars à un taux inférieur à celui du marché aux importateurs de produits identifiés – carburants, blé, médicaments, équipements médicaux et certaines denrées alimentaires – pour limiter l’inflation liée à la dépréciation violente que connaît la livre.

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Dans sa lettre, Riad Salamé souligne notamment que sans ce système, l’inflation annuelle se serait élevée à « 275 % » en 2020, alors que celle-ci s’est finalement « limitée » à 84,9 %. Pour autant, le pouvoir d’achat des Libanais s’est, lui, considérablement réduit en marge de cette dépréciation de la livre libanaise qui s’échangeait hier sur le marché parallèle autour des 12 300 livres le dollar, entraînant des rixes entre clients dans les supermarchés pour l’achat de produits subventionnés. Un chaos de plus en plus visible et qui devrait s’aggraver avec la levée des subventions, avertissait Ghazi Wazni dans un entretien accordé à l’agence Reuters début avril, y soulignant également la nécessité d’accélérer le plan de rationalisation, alors que le Premier ministre sortant Hassane Diab avait peu avant estimé à juin au plus tard la capacité des réserves de la BDL à maintenir le financement de ces subventions. Le tout sur fond d’une crise économique et financière sans précédent que traverse le Liban, qui aura vu en un an les prix des denrées alimentaires augmenter en moyenne de 417 %, selon un rapport de la Banque mondiale (BM) publié début avril.

La BM répond à Riad Salamé

Dans son courrier, Riad Salamé souligne enfin au ministère des Finances la nécessité d’apporter une « aide financière directe » aux plus démunis. Un point qui a d’ailleurs récemment été mis en exergue dans une seconde missive du gouverneur de la BDL, datée du 6 avril mais adressée, celle-ci, à Ralph Tarraf, ambassadeur de l’Union européenne au Liban, Najat Rochdi, coordinatrice adjointe des Nations unies pour le Liban, et Saroj Kumar Jha, directeur régional pour le Moyen-Orient de la Banque mondiale. La lettre, fuitée lundi par la plateforme indépendante Megaphone et authentifiée à L’Orient-Le Jour par une source proche du dossier, propose à ses interlocuteurs de décaisser en livres au taux du marché parallèle, plutôt qu’en dollars, le prêt de 246 millions de dollars accordé par la BM pour financer un filet de sécurité sociale pour les familles les plus démunies face à la crise.

Par ce biais, la BDL a ainsi une nouvelle fois tenté de convaincre la BM de ne pas verser directement les aides en dollars depuis que les discussions autour des modalités du prêt – adopté en mars par le Parlement – ont été entamées. L’intérêt pour la Banque centrale consiste naturellement à capter les devises du prêt pour ralentir la fonte de ses propres réserves, utilisées pour les subventions, et de fournir leur équivalent en livres à un taux plus proche du marché. À l’origine, la BDL avait proposé de reverser ces aides en livres à un taux dit « humanitaire » de 6 240 livres par dollar décaissé, soit 1,6 fois le taux appliqué pour les retraits de « dollars libanais » (les fonds des dépôts en devises dont l’accès a été illégalement restreint par les banques depuis l’automne 2019). D’abord en accord avec ces conditions, la BM avait finalement fait volte-face en constatant la forte dépréciation supplémentaire subie par la livre entre le moment où ces conditions avaient été négociées en amont et l’approbation du prêt par le Parlement, la livre flottant au-dessus de la barre des 10 000 livres depuis mars.

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Des circonstances qui expliquent le revirement de Riad Salamé, qui propose ainsi dans son courrier de verser ces aides au taux quotidien du marché parallèle « sur recommandation du ministère des Finances et de l’exécutif libanais », et « suivant un objectif humanitaire, sans que ce procédé rende légitime le marché noir, spéculatif par nature ». Un processus qui impliquerait que le montant du prêt soit directement versé à la BDL qui, de son côté, décaissera les montants correspondants en livres à un taux diffusé via l’application Sayrafa, lancée par la Banque centrale en juin dernier et dédiée aux agents de change, dès que les banques l’auront intégrée comme annoncé le mois dernier. La période d’inscription pour ces dernières se termine d’ailleurs cette semaine. Une suggestion de la part de Riad Salamé qui pose également question puisqu’elle entraînerait une hausse de la quantité – déjà très élevée – de livres en circulation, ce qui causerait une hausse de l’inflation et donc une diminution de la valeur réelle de ces aides financières si elles sont justement versées dans la monnaie du pays.

Reste à savoir si l’opinion publique va accepter cette décision. Le sujet a en tout cas a été au centre d’une réunion mardi entre des représentants de la BM, dont Saroj Kumar Jha, et l’Union des déposants, une des principales ONG locales investies dans la défense des clients des banques, qui sollicitait ce rendez-vous depuis un moment. Déjà opposée à l’instauration du taux de 6 240 livres précédemment négocié, indiquant notamment que faire coexister plusieurs taux était tout bonnement « illégal », l’Union a jugé inacceptable que la valeur des aides se retrouve tributaire des fluctuations du taux du marché parallèle, qui se sont révélées incontrôlables jusqu’ici, au détriment des Libanais dans le besoin auxquels les aides sont destinées. Dans un communiqué publié hier, l’Union a confirmé les propos de Saroj Kumar Jha qui a déclaré que la BM avait officiellement répondu à la BDL qu’elle souhaitait verser les aides prévues exclusivement en dollars.


Le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, s’est adressé hier dans un courrier au ministre sortant des Finances, Ghazi Wazni, pour l’avertir de « l’impossibilité pour la BDL de poursuivre le système des subventions » couvrant encore certaines importations, en raison de la fonte de ses réserves en devises et du « gaspillage » découlant de ces...

commentaires (4)

A QUAND LE RATIONNEMENT DU PAIN, DU SUCRE, DU SEL ET DE TOUS LES PRODUITS ALIMENTAIRES DE BASE ? A QUAND LES CARTES DE FAMILIALES DE RATIONNEMENT ? J,ENTENDS LE TONNERRE POPULAIRE QUI GRONDE. GARE A SON DECHAINEMENT.

SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

13 h 29, le 15 avril 2021

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Commentaires (4)

  • A QUAND LE RATIONNEMENT DU PAIN, DU SUCRE, DU SEL ET DE TOUS LES PRODUITS ALIMENTAIRES DE BASE ? A QUAND LES CARTES DE FAMILIALES DE RATIONNEMENT ? J,ENTENDS LE TONNERRE POPULAIRE QUI GRONDE. GARE A SON DECHAINEMENT.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    13 h 29, le 15 avril 2021

  • Le pays est en vrac et noyé sous des milliards de dettes et se concentre sur le menu fretin comme dans tous les scandales de ce pays. Ça s’appelle noyer une baleine.

    Sissi zayyat

    12 h 09, le 15 avril 2021

  • " le reste étant constitué par les réserves obligatoires en devises des banques, qui ne peuvent être ponctionnées" est une affirmation qui implique (1) que les dépôts bancaires auprès de la BdL hors réserves obligatoires peuvent (pouvaient) être ponctionnés et (2) que ces réserves auraient quelque caractère sacré ce qui ne correspond pas à ce à quoi elles sont censées servir. Ces réserves de 15% des dépôts en dollars sont un outil de politique monétaire pour moduler la création de crédit dans les banques. A 0% les banques peuvent prêter tous leurs dépôts et à 100% rien du tout. Votre affirmation est donc aussi vraie que fausse ce qui veut dire qu'elle est hors sujet sauf à en faire une limite artificielle, ce que le Gouverneur semble vouloir faire.

    M.E

    11 h 06, le 15 avril 2021

  • Saroj Kumar Jha risque de recevoir un midnight call de la maison blanche; Laissez-le payer en LBP, nous ne voulons pas injecter des dollars sans contrôle dans ce pays.

    Shou fi

    10 h 57, le 15 avril 2021

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