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Politique - Crise au Liban

Raï critique Aoun implicitement : Pas d'audit juricomptable sans gouvernement

Le mufti de la République critique également sans le nommer le chef de l'Etat : "Est-ce trop demander que d'avoir un gouvernement responsable ?"

Raï critique Aoun implicitement : Pas d'audit juricomptable sans gouvernement

Le patriarche maronite Béchara Raï (c), célébrant la messe du dimanche à Bkerké, le 11 avril 2021. Photo ANI

Le patriarche maronite, Béchara Raï, a implicitement critiqué le président de la République Michel Aoun, qui appelle à la tenue de l'audit de la Banque du Liban, alors que le pays est sans gouvernement depuis huit mois, en raison d'une lutte politique entre le chef de l'Etat et le Premier ministre désigné, Saad Hariri. Le chef de l'Église maronite a ainsi affirmé dimanche que l'audit ne pouvait se tenir sans qu'il n'y ait un nouveau gouvernement.

"La fête de Pâques est passée sans que les responsables ne forment un gouvernement de sauvetage, en guise de cadeau à la population. Ils ont déçu les Libanais une seconde fois et ont montré à tout le monde, localement et internationalement, qu'ils ne voulaient pas former de cabinet, et ce pour des raisons personnelles. Ils se sont retrouvés autour d'un intérêt commun, le blocage (...)", a déploré le prélat, dans son homélie à Bkerké, critiquant ainsi toutes les parties concernées par la formation du gouvernement.

La priorité des priorités

Désigné le 22 octobre dernier, le Premier ministre Saad Hariri n'a toujours pas formé son équipe ministérielle, lui-même et le chef de l'État Michel Aoun étant empêtrés dans des rivalités personnelles et un bras de fer autour de la nomination des ministres et du tiers de blocage que veut le camp aouniste. Le cabinet actuel dirigé par Hassane Diab et gérant les affaires courantes, a démissionné le 10 août 2020 en réaction à l'explosion dévastatrice au port de Beyrouth (plus de 200 morts, 6.500 blessés). Le Liban traverse une crise économique très grave. La dépréciation de la livre libanaise, l'explosion de la pauvreté et du chômage, l'érosion du pouvoir d'achat et la précarisation provoquent la colère de l'opinion publique, avec des manifestations et des blocages de routes sporadiques.

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"La priorité des priorités est la formation d'un gouvernement de pleins pouvoirs car il est la clé de toutes les solutions, qu'il s'agisse de politique, de réformes, de sécurité, d'économie, ou encore de questions sociales. Sans gouvernement, tout propos est vain", a estimé le patriarche, dans une pique adressée au chef de l'État. Ce dernier avait tenu mercredi dernier un discours adressé aux Libanais dans lequel il rappelait l'importance de l'audit des comptes de la Banque centrale, déplorant qu'il n'y ait aucune volonté réelle de le mener et en faisant assumer la responsabilité à ses rivaux politiques.

"Proposer sérieusement l'audit juricomptable se traduit par la globalité du processus et non son aspect volontairement partiel. De toute façon, il ne peut y avoir d'audit juricomptable avant la formation d'un gouvernement", a estimé Béchara Raï.

Dans un Liban en crise, le cabinet américain Alvarez & Marsal avait été mandaté en septembre 2020 pour réaliser l’audit juricomptable des comptes de la BDL, une opération qui vise à remonter à la source des transactions inscrites dans le but de détecter d’éventuelles fraudes. Il avait fini par jeter l’éponge deux mois plus tard après le refus de la Banque centrale de fournir l'intégralité des informations demandées. Un refus que la BDL avait justifié en invoquant la loi sur le secret bancaire. Après des mois de promesses non tenues et de tergiversations, la BDL puis le ministère des Finances ont tous deux affirmé vendredi avoir transmis les informations demandées par le cabinet Alvarez & Marsal. Cet audit a été érigé comme préalable au déblocage de toute aide financière par les partenaires internationaux du Liban.

Pauvreté, désespoir et émigration

Le patriarche maronite a également profité de son homélie pour critiquer implicitement le Hezbollah, l'accusant de vouloir mettre la main sur les institutions publiques à travers le blocage de la mise en place d'un gouvernement. "Nous craignons que le but du blocage ne soit d'empêcher les aides destinées à sauver la population de l'effondrement financier. Certains veulent que la situation s'aggrave afin que la population s'appauvrisse, que les gens aient faim, désespèrent, émigrent ou acceptent n'importe quel compromis, de sorte à ce qu'ils soient dominés, tout comme l'État", a mis en garde Mgr Raï.

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Les critiques du mufti

Le mufti de la République, le cheikh Abdel Latif Deriane, plus haute instance sunnite du Liban, a lui aussi critiqué les dirigeants du pays sur le plan de l'impasse gouvernementale, adressant des piques à l'encontre du chef de l'Etat, sans le nommer toutefois.

"Est-ce trop demander que d'avoir un gouvernement responsable ? De longs mois sont passés et certains continuent d'évoquer des règles constitutionnelles (...), le tiers de blocage ou encore l'attribution des ministères", a déploré le mufti, dans une critique claire adressée au camp du président de la République, Michel Aoun, le cheikh Deriane étant réputé proche de Saad Hariri. "Le pays a grandement besoin d'un gouvernement qui soit responsable devant le Parlement, ce même Parlement qui a désigné le Premier ministre", a encore fustigé le cheikh Deriane. Pour lui, "il n'y a pas de crise constitutionnelle. Le pays est victime d'un monopole et d'un effondrement, il est l'otage des axes et victime de la destruction volontaire de ses institutions".

Sur le plan international, le président français Emmanuel Macron s'est fortement impliqué pour tenter de débloquer la crise politique en lançant le 1er septembre 2020 une initiative en faveur du Liban, sans résultats tangibles jusqu'à présent. La feuille de route française table sur la mise en place d'un cabinet de mission formés d'experts, qui lancerait le chantier de réformes exigées par les pays donateurs pour débloquer les aides financières. Après avoir d'abord écarté toute imposition immédiate de sanctions contre les dirigeants libanais, le chef de l'Élysée a revu sa copie et semble désormais prêt à franchir le pas. Parallèlement, l'Égypte, par le biais de son chef de la diplomatie Sameh Choukri, et la Ligue arabe, à travers son numéro 2 Houssam Zaki, ont effectué des visites à Beyrouth pour tenter de débloquer la crise. Mais ni leurs efforts, ni ceux de Paris, n'ont permis jusque-là de faire avancer les choses. Houssam Zaki avait profité de son déplacement pour afficher son soutien au patriarche Raï et à ses appels à la neutralité du Liban.


Le patriarche maronite, Béchara Raï, a implicitement critiqué le président de la République Michel Aoun, qui appelle à la tenue de l'audit de la Banque du Liban, alors que le pays est sans gouvernement depuis huit mois, en raison d'une lutte politique entre le chef de l'Etat et le Premier ministre désigné, Saad Hariri. Le chef de l'Église maronite a ainsi affirmé dimanche que l'audit...

commentaires (9)

Les politiciens ont mené le pays au naufrage .Le clergé aurait dû juste parler du droit sacré des citoyens à connaître la vérité . On aurait tout vu de notre vivant .

Lecteurs OLJ

14 h 28, le 12 avril 2021

Tous les commentaires

Commentaires (9)

  • Les politiciens ont mené le pays au naufrage .Le clergé aurait dû juste parler du droit sacré des citoyens à connaître la vérité . On aurait tout vu de notre vivant .

    Lecteurs OLJ

    14 h 28, le 12 avril 2021

  • Le clergé commence nous à exaspérer dans leur ingérence au quotidien dans la vie politique. Leur rôle n'est il pas censé être consacré à la prière et rien que la prière?

    Hitti arlette

    08 h 47, le 12 avril 2021

  • Que n'a-t-on pas vu encore de l'ère Aoun ? Le parlement est responsable de négligence en évitant de prendre ses responsabilités accablant le chef de l'Etat de nuisance à l'unité nationale, et d'abus de pouvoir. Le problème, c'est que le chef du Législatif est lié au parti qui permet à Aoun de continuer ses errements au delà de la raison.

    Esber

    19 h 31, le 11 avril 2021

  • Waw quel courage ils n'ont pas peur de Hassouna ? ???

    Eleni Caridopoulou

    18 h 25, le 11 avril 2021

  • Que tous ces COMMERÇANTS DE DIEU se regardent dans un miroir avant de nous sortir leur cantique ROUTINIER ...

    aliosha

    16 h 56, le 11 avril 2021

  • Pourquoi le critique t-il implicitement il n’y a plus d’hommes courageux pour nommer les traitres et massacreurs du pays et de ses citoyens? A force de ménager la chèvre et le chou on se retrouve avec un champ de ruine et des zombies qui hantent le pays.

    Sissi zayyat

    14 h 58, le 11 avril 2021

  • Tous ces discours est ces réponses de berger à la bergère ne servent à rien. Il faut des actes concrets et on l’a mille fois répété descendez dans la rue avec tous les dignitaires de toutes les confessions à la tête d’un cortège rassemblant les libanais des quatre coins du pays pour les chasser du pouvoir et récupérer notre dignité et notre liberté. Il n’y a rien d’autre qui vaille ils ne partiront d’eux mêmes. Ils continueront jusqu’à ce que le dernier citoyen soit anéanti. REVEILLEZ-VOUS TOUS IL EST TEMPS DE RÉAGIR.

    Sissi zayyat

    14 h 29, le 11 avril 2021

  • ENCORE LE PATRIARCHE TERGIVERSE ET N,A PAS LE COURAGE DE NOMMER CEUX QUI BLOQUENT LA FORMATION DU GOUVERNEMENT POUR MENAGER LE PRESIDENT ET SON GENDRE MARONITES. PATRIARCHE, EST-CE HARIRI QUI A PRESENTE DEPUIS LE 9 DECEMBRE A AOUN SA MOUTURE D,UN GOUVERNEMENT DE MISSION DE 18 MINISTRES INDEPENDANTS COMME CONVENU PAR TOUS AVEC LE PRESIDENT MACRON ET AVALISE POUR DES MOIS PAR VOUS, OU AOUN, SON GENDRE PARAVENTS DU HEZBOLLAH POUR QUE SOIENT ACCUSES LES CHRETIENS ET NON LES CHIITES DU BLOCAGE. VOTRE RESPONSABILITE DE MENAGER AOUN ET SON GENDRE EN NE LES NOMMANT PAS MAIS EN ACCUSANT EN GENERA;ITE EST UNE ERREUR HISTORIQUE. L,UN VEUT SAUVER LE LIBAN AVEC UNE NOUVELLE EQUIPE DE MINISTRES INDEPENDANTS ET AOUN ET SON GENDRE AU SERVICE DU HEZBOLLAH VEULENT PERTERER LES GOUVERNEMENTS PASSES HONNIS PAR LE PEUPLE ET LES AMIS INTERNATIONAUX DU LIBAN QUI NE RISQUERAIT MEME PAS UNE PIASTRE DANS LE PAYS. ACCUSES : AOUN ET SON GENDRE AVANT LE HEZBOLLAH QUI DEVRAIT DISPARAITRE DE LA SCENE LIBANAISE ET REGIONALE POUR QUE REVIVE LE LIBAN. OSEZ, AYEZ LE COURAGE DE NOMMER AOUN ET SON GENDRE MEME S,ILS PRETENDRE ETRE DE VOTRE BERGERIE, DONT JE DOUTE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 02, le 11 avril 2021

  • Monseigneur, pourquoi ne pas vous rendre à Washington et rencontrer Biden qui est un fervent catholique et lui rappeler l’histoire du Liban et de sa montagne avec vos mots et lui rappeler que notre DNA est similaire au sien. D’autre part,vous n’êtes pas sans savoir que la vraie diplomatie exige un franc-parler face à face dans les yeux et non pas virtuellement. Vous profiterez de revisiter vos ouailles sur place qui ont besoin de stimulation et de chaleur spirituelle. Vous attendez quoi au juste pour le contacter personnellement ?

    Wow

    13 h 31, le 11 avril 2021

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