Rechercher
Rechercher

Politique - Crises au Liban

Forcing international pour la formation du gouvernement

La Ligue arabe prête à "faire ce qu'on lui demande" pour apaiser la situation ; le département d'Etat appelle à mettre de côté la "stratégie du bord du gouffre". 

Forcing international pour la formation du gouvernement

Un drapeau libanais accroché sur un fil barbelé dans le centre-ville de Beyrouth, lors d'une manifestation anti-pouvoir, le 13 mars 2021. Photo AFP / ANWAR AMRO

Au lendemain d'un nouveau bras de fer entre le chef de l'Etat libanais, Michel Aoun, et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, l'ONU, les Etats-Unis et la Ligue arabe ont exprimé leur inquiétude face au blocage politique et à la crise aiguë qui frappe le pays et réitéré leur appel à la formation rapide d'un cabinet. Ces nouvelles pressions internationales viennent s'ajouter à de précédentes déclarations faites la veille par la France et l'Union européenne. 

Le Liban est toujours sans gouvernement plus de sept mois après la démission du cabinet de Hassane Diab, dans la foulée de la double explosion le 4 août 2020 au port de Beyrouth. Lundi, le processus gouvernemental était une fois de plus revenu à la case départ à l'issue d'une très brève et orageuse réunion entre MM. Aoun et Hariri, qui campent tous les deux sur leurs positions et s'accusent mutuellement du blocage. Ces derniers développements politiques interviennent alors que le pays est englué dans une crise socio-économique sans précédent, qui a fait sombrer plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté.

Lire aussi

Baabda tente de débloquer la crise

Toutes les parties politiques doivent "faire prévaloir l'intérêt national et mettre un terme à l'obstruction politique, qui aggrave les souffrances du peuple libanais", a déclaré la Ligue arabe dans un communiqué. Le secrétaire général, Ahmad Aboul Gheit, "est très inquiet de ce qu'il se passe" au Liban et des "querelles" qui risquent de mener le pays vers une "crise aiguë dont les caractéristiques sont désormais manifestes". "Nous sommes prêts à faire ce que l'on nous demande pour apaiser la situation et parvenir à une équation permettant au Premier ministre désigné de former son gouvernement, conformément à l'initiative française, sans obstruction", ajoute la Ligue. Et de rappeler que le futur cabinet devra "sauver le pays et mettre en œuvre des réformes essentielles qui répondent aux aspirations du peuple". 

Stratégie du bord du gouffre
De son côté, le département d'État américain a réitéré son appel aux dirigeants libanais à mettre un terme à leur "stratégie partisane du bord du gouffre" pour former un nouveau gouvernement. "Nous sommes inquiets de voir les derniers développements au Liban et l'inaction apparente des dirigeants du pays face aux crises multiples", a déclaré Jalina Porter, porte-parole adjointe de la diplomatie américaine lors d'un point-presse. La formule "d'inaction apparente" avait déjà été lancée la semaine dernière par Mme Porter pour évoquer les responsables libanais. "Les responsables libanais doivent mettre de côté leur stratégie partisane du bord du bord du gouffre et former un gouvernement", a-t-elle ajouté, soulignant que cette équipe devra "rapidement mettre en œuvre les réformes essentielles et attendues depuis longtemps, restaurer la confiance des investisseurs et sauver l'économie du pays". 

Lire aussi

Aoun-Hariri : cinq ans d’amour et de haine

Le patriarche maronite Béchara Raï s'est pour sa part entretenu au téléphone lundi soir avec le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, sur la situation au Liban. Lors de cet appel, le responsable onusien a exprimé "sa grande préoccupation" et rappelé l'importance de la formation rapide d'un gouvernement et de ne pas entraîner le pays dans "des conflits". De son côté, le chef de l'Eglise maronite a dénoncé "l'incapacité" des dirigeants à "s'asseoir ensemble pour se mettre d'accord sur un projet de sauvetage, alors que la faim et la pauvreté se répandent et que la monnaie nationale s'écroule et pousse le pays vers un effondrement total". "Les Libanais attendent que l'ONU joue un rôle de premier plan" face à cette accumulation de crises, a-t-il ajouté, avant de faire part au haut diplomate des "raisons qui l'ont poussé à demander la neutralité et l'organisation d'une conférence internationale sur le Liban".

La veille, le chef de la diplomatie française Jean-Yves le Drian avait demandé à l'Union européenne d'actionner "des leviers" contre les responsables politiques libanais pour qu'un gouvernement soit formé et des réformes lancées dans ce pays "dans la dérive". "Tout le monde sait ce qu'il faut faire, mais c'est bloqué pour des intérêts particuliers, parce que les responsables politiques n'arrivent pas à engager le processus", avait encore accusé M. Le Drian lors d'une réunion à Bruxelles avec ses homologues de l'UE. "Nous avons eu l'occasion de dire à la France que nous partageons ses préoccupations. Le Liban s'effondre. La situation est catastrophique et le moment n'est plus aux querelles politiques", avait renchéri le chef de la diplomatie européenne, l'Espagnol Josep Borrell à l'issue de la réunion. "Si les pressions politiques ne suffisent pas, il faudra réfléchir à ce qui peut être fait et nous avons demandé au service pour l'action extérieure un rapport sur les autres possibilités", avait-il indiqué sans prononcer le mot sanction. Mercredi dernier, le président français Emmanuel Macron avait déjà jugé nécessaire de "changer d'approche" au Liban, accusant les responsables libanais d'avoir failli à leurs responsabilités. M. Macron s'est fortement impliqué, en vain jusqu'à présent, pour tenter de débloquer la crise politique libanaise en lançant en septembre 2020 une initiative en faveur du pays du Cèdre. Avant ces déclarations du chef de l'État français, une source diplomatique française avait indiqué à des journalistes qu'Européens et Américains doivent accroître les "pressions" sur la classe politique libanaise, ce qui pourrait in fine aussi passer par des "sanctions".

Au lendemain d'un nouveau bras de fer entre le chef de l'Etat libanais, Michel Aoun, et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, l'ONU, les Etats-Unis et la Ligue arabe ont exprimé leur inquiétude face au blocage politique et à la crise aiguë qui frappe le pays et réitéré leur appel à la formation rapide d'un cabinet. Ces nouvelles pressions internationales viennent s'ajouter à de...
commentaires (8)

Ces dirigeants de la communauté internationale devraient baisser les yeux quand ils s'adressent à nos dirigeants ... Ils semblent tellement sincères ... dans leurs déclarations que l'on serait tenté de les croire. Ils ne mentent pas sur les différentes listes proposées, c'est la vérité qui se trompe. Enfermés qu'ils sont dans cette logique destructrice et cette forme d'immobilisme caractérisée par une sorte d'état cataleptique, on en vient à espérer qu'ils disparaissent de la planète terre (vœu pieux)....

C…

19 h 58, le 23 mars 2021

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Ces dirigeants de la communauté internationale devraient baisser les yeux quand ils s'adressent à nos dirigeants ... Ils semblent tellement sincères ... dans leurs déclarations que l'on serait tenté de les croire. Ils ne mentent pas sur les différentes listes proposées, c'est la vérité qui se trompe. Enfermés qu'ils sont dans cette logique destructrice et cette forme d'immobilisme caractérisée par une sorte d'état cataleptique, on en vient à espérer qu'ils disparaissent de la planète terre (vœu pieux)....

    C…

    19 h 58, le 23 mars 2021

  • Pourquoi l’ONU ne veut pas agir à la demande du patriarche qui s’est réuni avec tous belligérants libanais qui veulent sauver le Liban et a transmis cette demande libanaise pour que l’ONU se réunisse d’urgence et exige la solution en appuyant sur la résolution 1559 qui n’a jamais été respectée par les mercenaires iraniens qui continuent à prendre le Liban pour une bourgade iranienne et ordonnent à Aoun et son gendre de bloquer le pays? Assez demander aux libanais de se mettre d’accord pour sauver leur pays, il est clair que ce ne sont pas les libanais qui refusent de le faire mais bien une milice armée étrangère qui utilise ses armes et ses alliés au pouvoir pour empêcher toute solution et le monde entier le sait sauf Guterres et ceux qui ont la solution entre les mains et ne veulent pas l’exiger par lâcheté ou par intérêts. Assez prendre les libanais pour des idiots.

    Sissi zayyat

    15 h 38, le 23 mars 2021

  • ONU ET GRANDS PUISSANCES OCCIDENTALES OBLIGEZ LE LIBAN A SE CONFORMER A LA RESOLUTION 1559 DONC AU DESARMEMENT DE TOUTES LES MILICES LOCALES ET NON LOCALES SUR LE SOL LIBANAIS, OBLIGEZ L,APPLICATION DE LA 1701 ET DE SON ARTICLE 7 POUR EN FINIR AVEC LES MERCENAIRES IRANIENS. UNE FOIS CES DEUX RESOLUTION IMPOSEES ET PARE FORCE APPLIQUEES ET LE HEZBOLLAH DESARME ET DISSOUS AVEC AMAL AUSSI DE BERRY TOUT RENTRERA DANS L,ORDRE DANS LE PAYS CAR AUCUNE COMMUNAUTE NE PEUT TENIR EN OTAGE LES AUTRES ET AVOIR UN PARAVENT CHRETIEN POUR LA SERVIR.

    LA LIBRE EXPRESSION

    14 h 41, le 23 mars 2021

  • PAROLES GRATUITES....QUE DES PAROLES....UN JOUR ON TROUVERA TOUS CES MAFIEUX BIEN INSTALLÉS EN FRANCE.

    Gebran Eid

    14 h 40, le 23 mars 2021

  • La communauté internationale a de la salive a distribuer gratuitement, alors elle s'en donne a cœur joie avec des "il faut ...", "C'est impératif..." , etc... Ce ne sont plsu des paroles dont ce pays a besoin mais des actes concrets et efficaces. La seule cependant qui donnera des résultats c''est la menace une intervention militaire en bonne et due forme pour détruire la machine militaire de la milice Iranienne si le Hezbollah ne transfert pas ses armes a l’armée dans les trois mois a venir. Le reste se fera tout seul... Croix de bois croix de fer si je mens je vais en enfer!

    Pierre Hadjigeorgiou

    13 h 36, le 23 mars 2021

  • La Ligue arabe ferait mieux de se mettre de côté , et de laisser pour une fois quelques gros bras manier le gourdin ...

    LeRougeEtLeNoir

    13 h 29, le 23 mars 2021

  • Les antécédents historiques de Aoun, ne présagent pas, autant que ça dure, d'une solution. Alors, changez de tactique, messieurs les bienvenues de toutes parts.

    Esber

    13 h 13, le 23 mars 2021

  • La "stratégie du bord du gouffre" c'était il y a 5 ans. Maintenant il s'agit d'une stratégie de remontée du fin fond des abysses. Et encore, si ce n'est pas trop tard. Cela dit, à quoi ça sert encore d'écrire des articles pareils ? A quoi ça sert encore de dire "faire prévaloir l'intérêt national et mettre un terme à l'obstruction politique, qui aggrave les souffrances du peuple libanais", "nous sommes inquiets de voir les derniers développements au Liban et l'inaction apparente des dirigeants du pays face aux crises multiples", "qui risquent de mener le pays vers une crise aiguë", ... ? Nous n'avons pas besoin de langue de bois mais d'actions concrètes et courageuses pour éradiquer le cancer iranien qui a rongé le pays. Et puis la Ligue arabe !... Toute ligue et toute arabe qu'elle soit, peut-elle affronter les mercenaires iraniens ? Elle se contente de baragouiner ces phrases standards pour faire bonne figure et on n'entendra plus parler d'elle.

    Robert Malek

    12 h 59, le 23 mars 2021

Retour en haut