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Prestige fourre-tout

En quelle langue faut-il s’adresser aux grosses pointures de la politique, et accessoirement à leurs seconds couteaux encore plus teigneux, pour qu’ils cessent de nous bassiner avec le « prestige de l’État », une espèce de formule fourre-tout qui fait rire aux éclats, et sert surtout à embastiller les activistes qui osent moufter sur les réseaux.

Faut quand même être sacrément gonflé pour oser parler de « prestige », quand les institutions, l’une après l’autre, partent en quenouilles. Quand les sacs de farine offerts s’entassent parmi les rats dans les entrailles de la Cité sportive, alors que les explosifs s’amoncellent au port près des silos à grains détruits. Quand les hôpitaux de campagne fournis à titre gracieux prennent la poussière dans leurs cartons, pendant que les hôpitaux en dur tirent à la courte paille les patients très impatients de se trouver un lit. Quand les banques font main basse sur les avoirs de leurs clients, après avoir gavé cette République de poche du pognon dont ils savaient qu’il allait devenir hautement toxique. Quand pour communiquer la population se rue sur les messageries instantanées, parce que le réseau cellulaire s’est rapidement déglingué dès l’instant que les pouvoirs publics ont mis la main et les pieds dessus… Ouf !

Comment « ouf ! » ? C’est pas fini : un État infichu d’inverser la courbe des contaminations au Covid parce qu’incapable de maîtriser les gueux qui font bombance en se refilant des tuyaux de narguilé infectés qu’ils tètent goulûment, pendant que les gens normaux, eux, sont sous les verrous, masqués, gantés, sans boulot, sans argent, sans provisions…

Mais ne soyons pas injuste, car tout n’est pas en capilotade dans ce pays lunaire. Il reste quand même un tout dernier élément qui fonctionne encore, un reliquat de modernité, qui par sa précision horlogère nous fait ressembler un peu à la Suisse : le rationnement implacable du courant électrique. Depuis près de 50 ans, il fait tomber son couperet à heure fixe : matin, midi, soir et après minuit. Tic-tac, tic-tac, tic-tac… et clap de noir ! Admirable minutie, extraordinaire rigueur dans la ponctualité, un des derniers – sinon le dernier –

symbole de la rectitude de celui qu’on pourrait qualifier de « Fonctionnaire inconnu » et auquel il convient de rendre ici un hommage appuyé…

Pour le reste, le copier-coller avec l’univers de carte postale de Gaza fonctionne à merveille. Ne manque plus que le gracieux ballet du départ des missiles barbus au soleil couchant… et le retour de bâton des F-35 israéliens avec la rosée du petit matin.

Vous avez dit « prestige » ?

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En quelle langue faut-il s’adresser aux grosses pointures de la politique, et accessoirement à leurs seconds couteaux encore plus teigneux, pour qu’ils cessent de nous bassiner avec le « prestige de l’État », une espèce de formule fourre-tout qui fait rire aux éclats, et sert surtout à embastiller les activistes qui osent moufter sur les réseaux. Faut quand même être...

commentaires (3)

Drôle et déprimant. Et surtout surtout un véritable résumé.

Sabine Chamoun

11 h 49, le 23 janvier 2021

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Commentaires (3)

  • Drôle et déprimant. Et surtout surtout un véritable résumé.

    Sabine Chamoun

    11 h 49, le 23 janvier 2021

  • Attention, Monsieur Nasr, Gaza se porte bien mieux que le Liban. Suffit de voir sur twitter les supermarches extremement bien achalandes, les mall super luxueux. Soit disant sous embargo israelien, ya reit....

    IMB a SPO

    18 h 08, le 22 janvier 2021

  • Excellent bilan de l'Etat libanais. Inénarrable Gaby Nasr qui réussit à nous faire rire sur ce qui nous donne envie de pleurer!

    Yves Prevost

    06 h 42, le 22 janvier 2021

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