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Frontières maritimes

Pourquoi cette offensive « de charme » israélienne en direction du Liban ?

Le ministre israélien de l’Énergie invite Aoun à des pourparlers « face à face » en Europe, pour mener des négociations « ouvertes ou secrètes ».


Pourquoi cette offensive « de charme » israélienne en direction du Liban ?

Vue sur une base de la Force intérimaire de l’ONU, au Liban-Sud à Naqoura, le 29 octobre dernier. Aziz Taher/Reuters

Alors que les négociations sur la délimitation des frontières maritimes doivent reprendre la semaine prochaine, le ministre israélien de l’Énergie, Yuval Steinitz, a invité hier le chef de l’État Michel Aoun à des pourparlers « face à face » pour mener des négociations « ouvertes ou secrètes » sur cette question. Le Liban et Israël étant techniquement en guerre, cette invitation est pour le moins surprenante, alors qu’en fin de semaine dernière, M. Steinitz avait accusé le Liban d’avoir « changé » sa position sur la démarcation de leurs frontières en Méditerranée, ce qui pourrait conduire leurs pourparlers à une « impasse ». La présidence libanaise avait alors démenti les propos du ministre israélien, les estimant « sans fondement ». Cette seconde série de tweets publiée hier par le ministre Steiniz intervient alors que l’armée israélienne, par le biais de son porte-parole arabophone Avichay Adraee, a adressé des messages de vœux aux Libanais à l’occasion de la fête de l’Indépendance. « Monsieur le Président Michel Aoun. Tout d’abord, et malgré les relations actuelles entre nos deux pays, je souhaite au peuple libanais une bonne fête de l’Indépendance et un redressement rapide du pays face aux crises qu’il traverse », a écrit en arabe le ministre israélien sur son compte Twitter. « Malheureusement, il semble que vous ne connaissiez pas toute la vérité concernant la démarcation des frontières sur laquelle les Libanais ont changé plusieurs fois de position au cours des quinze dernières années », a-t-il souligné. « Je suis persuadé que si nous parvenons à nous rencontrer en face à face dans un pays européen afin de mener des négociations ouvertes ou secrètes, cela nous donnerait une belle opportunité de résoudre ce litige une bonne fois pour toutes », a-t-il estimé, affirmant qu’un tel règlement serait bénéfique « pour l’avenir économique, et le bien-être » des Libanais et des Israéliens. La présidence libanaise n’a pas réagi hier à cette invitation. Le Liban et Israël ont amorcé en octobre des pourparlers indirects, sous l’égide de l’ONU et avec la médiation des États-Unis, au siège de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) à Naqoura afin de régler leur différend sur le statut d’une zone maritime contestée de 860 km2, selon une carte enregistrée auprès de l’ONU en 2011, mais que le Liban juge aujourd’hui erronée. Des déclarations récentes du président Aoun sont venues, pour la première fois, confirmer publiquement que le Liban réclamait une zone plus large que celle annoncée initialement. Les discussions sont menées dans chaque délégation par de hauts fonctionnaires, et non des membres des gouvernements des deux pays. Après trois rounds de pourparlers, qui n’ont pas permis pour l’instant de débloquer la situation, une quatrième séance est prévue début décembre.

Une tentative de séparer Aoun de son allié ?

Au-delà des négociations proprement dites, comment interpréter ce tweet du ministre israélien ? Sami Nader, analyste politique et économique, retient deux aspects significatifs. « D’une part, c’est un appel à la négociation directe, alors que les pourparlers en cours se font par l’intermédiaire du facilitateur américain, sous l’égide de l’ONU, dit-il à L’OLJ. Ce que cherchent donc les Israéliens, c’est de changer le format actuel pour se diriger vers des pourparlers qui seraient bilatéraux. D’autre part, ce qui est frappant, c’est que le responsable israélien s’adresse directement au président de la République, qui est, de surcroît, un allié du Hezbollah. Et ce deux semaines après les sanctions américaines contre le chef du Courant patriotique libre, le député Gebran Bassil. Ce serait donc, du côté israélien, une tentative de plus de séparer Michel Aoun de son allié hezbollahi. »

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L’analyste place également cette déclaration du ministre israélien dans le contexte du climat de normalisation avec plusieurs pays arabes, dont l’État hébreu cherche à profiter pour pousser le Liban dans cette direction. Estimant qu’une telle requête venant du ministre israélien mettrait la présidence de la République dans l’embarras, Sami Nader juge que la meilleure réponse de Baabda serait de ramener, dans une éventuelle réponse, les négociations sur les frontières maritimes à leur contexte actuel sous l’égide de l’ONU et du facilitateur américain.

Pour sa part, Walid Charara, éditorialiste à al-Akhbar et spécialiste des affaires internationales, pense que ces tentatives israéliennes sont « futiles et destinées à l’échec ». « L’État hébreu tente de profiter des dissensions internes libanaises pour semer le trouble et faire montre de bonnes intentions à l’égard de la population et des autorités libanaises, dit-il à L’OLJ. Mais c’est un discours superficiel et galvaudé qui ne trompe personne. »

L’expert rappelle que les autorités israéliennes ne ratent pas une occasion de pêcher en eaux troubles, à l’instar de l’initiative de la municipalité de Tel-Aviv qui avait illuminé sa façade aux couleurs du drapeau libanais, au lendemain de la double explosion du 4 août au port de Beyrouth, en signe de « solidarité » avec Beyrouth.

« Ces tentatives ne peuvent qu’échouer parce que personne au Liban, de quelque sensibilité politique que ce soit, ne peut oublier les actions des Israéliens et leur occupation du Sud, poursuit M. Charara. Ils pourraient également chercher à tirer profit de ce qui semble être une tendance arabe à la normalisation avec eux. Mais finalement, cette normalisation se limite à quelques gouvernements du Golfe, même les Saoudiens hésitant à reconnaître les réunions qu’ils tiennent avec eux (comme cela a été le cas hier, NDLR). Et la normalisation continue d’être rejetée en bloc par les peuples arabes. »



Alors que les négociations sur la délimitation des frontières maritimes doivent reprendre la semaine prochaine, le ministre israélien de l’Énergie, Yuval Steinitz, a invité hier le chef de l’État Michel Aoun à des pourparlers « face à face » pour mener des négociations « ouvertes ou secrètes » sur cette question. Le Liban et Israël étant techniquement en...

commentaires (13)

MR charara je ne suis pas un arabe , je suis un libanais chretien qui voudrait la paix et la prospérité de mon défunt pays

Robert Moumdjian

04 h 07, le 26 novembre 2020

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Commentaires (13)

  • MR charara je ne suis pas un arabe , je suis un libanais chretien qui voudrait la paix et la prospérité de mon défunt pays

    Robert Moumdjian

    04 h 07, le 26 novembre 2020

  • Il faut prendre le ballon au bond. (et non il fut ) avec mes excuses

    Guy de Saint-Cyr

    20 h 20, le 24 novembre 2020

  • Il fut prendre la balle au bond, pour intégrer la France à la médiation et maintenir les USA et l'ONU. Sinon le reste n'est que poudre aux yeux.

    Guy de Saint-Cyr

    20 h 18, le 24 novembre 2020

  • "comment peut-on penser a negotier avec un usurpateur." avait demande le dictateur "C'est simple, c'est la seule pensee qui nous reste. " avait repondu le sage.

    SATURNE

    19 h 29, le 24 novembre 2020

  • Ben voyons! Je pense que les Israeliens savent tres bien que le Liban (Hezbollah) n'acceptera jamais de delimiter les frontieres (de 850 a 2200 km2? Foutaises). Donc en proposant une reunion et sachant que le Liban dira NON, Israel peut dormir tranquille. Le blame est sur le Liban.

    IMB a SPO

    17 h 16, le 24 novembre 2020

  • CE N,EST PAS UN ACTE DE CHARME MAIS UN ACTE DE PAIX QU,ILS PROPOSENT. IL FAUT SAVOIR LE SAISIR. LE PEUPLE LIBANAIS DANS SA MAJORITE Y SOUSCRIT.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    15 h 10, le 24 novembre 2020

  • Un usurpateur voudra toujours usurper ... par tous les moyens possibles et imaginables

    Chucri Abboud

    14 h 38, le 24 novembre 2020

  • Vous titrez, offensif de charme, vous auriez pu également titrer: foutage de gueule. Si Israël voulait la paix, elle donnerait au Liban tout ce qu'il demande, en guise de réparation du passé qui se chiffre, sans exagération, à plus que100 milliards de USD, pour tourner la page. Israël n'a aucun intérêt à laisser le Liban extraire du gaz.

    MGMTR

    14 h 31, le 24 novembre 2020

  • Je pense que la seule réponse intelligente de la part de Michel Aoun à cette invitation serait de l’accepter au lieu de nous servir les éternelles tergiversations stériles, comme le fait Mr. Charara. Un, s’il y a bluf du côté Israélien, il aurait sitôt fait de l’exposer en les empêchant de nous barbouiller encore une fois la face devant les milieux internationaux (auxquels ils ont bien plus accès que nous) prétendant que leurs gestes bienveillants tombent toujours sur des oreilles sourdes. Deux, en y allant de l’avant, il démontrerait que c’est bien lui le chef de l’état et pas HN et que, malgré tout, leur alliance n’ai pas une servitude. Oui, nous avons tous besoin de le voir prendre les rênes pour une fois. Trois, s’il arrive à apporter une solution à ce problème, les libanais lui en seront gré car il aura pu, malgré tout, mettre une note positive sur le triste bilan de son mandat. Finalement, qui sait si cela-même ne serait pas la petite lumière que les libanais attendent tous de voir percer au bout du tunnel? Un petit cadeau de Noël.

    Fady Abou Hanna

    12 h 46, le 24 novembre 2020

  • Ce Monsieur Charara a la mémoire courte et sélective. Ils veut que les libanais se rappellent des actions menées par Israël en réponse aux attaques de tout genre contre sa population et son pays mais qu’on oublie les attentats et assassinats de nos hommes politiques, les journalistes et du peuple libanais commis par HB et la Syrie pour justifier leur mainmise sur le pays et prendre le peuple en otage après l’avoir dépouillé de son argent et de sa dignité? Comment peut il parler des israéliens dans ses termes sans pointé du doigt les vrais ennemis de la républiques qui eux continuent de saccager le pays en voulant défendre d’autres nations et peuples que les nôtre? S’il veut vivre dans le passé il faut qu’il nous explique pourquoi les syriens continuent à bénéficier de la générosité du HB pour aider la Syrie, ce pays qui n’a de cesse de nous empêcher de vivre dignement depuis des décennies sous prétexte qu’elle est l’ennemi d’Israel alors qu’elle entreprend des relations secretes avec quand ça l’arrange et de façon honteuse. Que ça lui plaise ou pas, l’intérêt de notre pays est de passer un pact de paix avec Israël puisqu’il n’y a plus aucune raison libanaise qui nous empêche de le faire et ainsi les armes du HB deviennent inutiles sauf s’il a l’intention de continuer à terroriser les libanais avec et assurer une protection aux vendus de sa trempe pour continuer la destruction et le saccage de notre pays.

    Sissi zayyat

    11 h 22, le 24 novembre 2020

  • "L'expert" en relations globales Walid Charara a parlé. Nous voila tous bien rassurés.

    Mago1

    07 h 16, le 24 novembre 2020

  • "personne au Liban (...) ne peut oublier les actions des Israéliens et leur occupation du Sud"? Pourquoi pas? Certains ont bien oublié "les actions des syriens (100 fois pires que celles des israéliens)" et leur occupation du reste du Liban.

    Yves Prevost

    06 h 55, le 24 novembre 2020

  • En aucun cas on ne saurait mettre en doute les qualités ès expert de Mr charara ... mais pourquoi donc applique t il deux poids deux mesures ? Bien entendu l'on ne saurait oublier les actions, de quelque sensibilité que l'on puisse être, des israéliens au Liban au même titre que les actions du hezbollah au Liban en 2008 lorsque le gouvernement du Liban renvoie le directeur de la sécurité de l'aéroport de Beirut et ordonne de démanteler le réseau de télécommunication du Hezbollah.. Ce qui les oppose (israel et le hezbollah) c'est que l'état hébreu est en guerre avec nous et pas le hezbollah... La maison de Saad Hariri fut attaquée par des tirs de lance-roquettes alors que les membres du gouvernement, encerclés, étaient protégés par l'armée !!! Il semble que ce mr. charara ne saurait se prévaloir du titre d'expert en affaires internationales ... Quant à l’initiative de la municipalité de Tel-Aviv qui avait illuminé sa façade aux couleurs du drapeau libanais, au lendemain de la double explosion du 4 août au port de Beyrouth, c'était plutôt spontané.

    c...

    01 h 23, le 24 novembre 2020