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Nos Lecteurs ont la Parole

Lettre à un Beyrouthin

Cher ami,

Ce combat pour protéger ta vieille maison, c’est un message contre l’obscurantisme et la culture de la mort qui gangrènent cette région.

Contrairement à ce que certains te font croire, ce combat n’est pas celui d’une communauté contre l’autre. C’est plutôt le combat qui dresse les élites cultivées et les bonnes âmes qui tiennent à protéger notre héritage contre la lie de notre nation, cupide et pétrie de violence, de fanatisme et de populisme. C’est le combat de la civilisation contre l’arriération (ou « takhallof »), entre la culture de la vie et de l’amour, et puis celle de la mort et de la violence si puissante dans notre région.

J’ai remarqué avec plaisir que les architectes et les ONG les plus dynamiques pour restaurer ces belles maisons sont justement multicommunautaires. Les donateurs de notre petit fonds Save Beirut Old Houses sont aussi de tous bords. C’est l’une des plus belles consolations que de voir des prénoms aussi divers, chrétiens, musulmans, juifs ou sans religion, tous ensemble au chevet de notre culture en péril. Tu envisages d’émigrer pour assurer un avenir à tes enfants. Je ne peux pas te le reprocher ou t’en dissuader, je serais bien mal placé pour le faire étant moi-même à l’étranger depuis l’âge de 14 ans. Mais, étrangement, en ces trente ans d’exil, je ne me suis jamais senti aussi libanais, je n’ai jamais été, avec mes enfants, autant à l’écoute et à la rescousse de ce pauvre Liban. Je m’étais un peu fâché avec lui pendant toutes ces années, je ne le visitais que rarement juste pour voir ma famille. Tout en lui m’exaspérait, sa faillite morale, ses infrastructures nulles, son environnement ravagé, son urbanisme sauvage, son manque de civisme érigé en système, tout comme sa corruption chronique et affligeante. Mais maintenant qu’il est presque mort, terrassé par tous ses maux, ma tristesse est immense, je lui pardonne tout ou presque, j’accours à son chevet de grand malade, je le cajole comme un vieux grand-père centenaire qui n’en peut plus, on l’embrasse et on ne veut pas le voir partir... Courage mon cher Beyrouthin, ne cède pas aux sirènes de la haine religieuse, ce serait rendre les armes à ceux-là mêmes que tu vomis. Donner raison aux chantres du communautarisme et de l’intolérance ou « ta3assob », ils sont toujours prêts à en découdre et tuer. Et restons fiers de notre petite culture levantine même quand elle est si mal en point. Comme l’a si bien dit ce président français qui s’est entiché de nous : le Liban est un trésor pour l’humanité tout entière.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Cher ami, Ce combat pour protéger ta vieille maison, c’est un message contre l’obscurantisme et la culture de la mort qui gangrènent cette région.Contrairement à ce que certains te font croire, ce combat n’est pas celui d’une communauté contre l’autre. C’est plutôt le combat qui dresse les élites cultivées et les bonnes âmes qui tiennent à protéger notre héritage contre...

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