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Explosions à Beyrouth

Macron : C'est le temps des responsabilités aujourd'hui pour le Liban et pour ses dirigeants

Le président français annonce une conférence d'aide "dans les tout prochains jours" et réclame une enquête internationale. 

Macron : C'est le temps des responsabilités aujourd'hui pour le Liban et pour ses dirigeants

Le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse, jeudi 6 août 2020, à Beyrouth. AFP / POOL / Thibault Camus

En visite à Beyrouth après des explosions qui ont dévasté des quartiers entiers de la capitale, le président français, Emmanuel Macron, a réclamé jeudi une enquête internationale sur ce drame et appelé à un "profond changement" de la part des dirigeants libanais, accusés d'incompétence et de corruption par une population en colère. Il a en outre annoncé son retour à Beyrouth le 1er septembre ainsi qu'une conférence d'aide "dans les tout prochains jours" pour le Liban, pays meurtri et proie à une crise économique inédite.

"Il y aura un avant et un après 4 août 2020, a déclaré le président français, Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse à la Résidence des Pins, clôturant une visite de quelques heures, deux jours après les explosions dans le port de Beyrouth, qui ont fait près de 150 morts et plus de 5.000 blessés. Concernant l'origine de l'explosion, M. Macron a souligné "n'avoir aucune information" autre que les données officielles connues. Il a donc appelé à "une enquête internationale, ouverte et transparente pour éviter que des choses soient cachées et que le doute ne s'installe".

Une conférence d'aide, et une gouvernance transparente
"L'objet de ce déplacement était d'abord et avant tout celui d'un soutien au peuple libanais, à un Liban libre, fier et souverain. Dans des moments pareils, il n'y a qu'une évidence : être là et aider", a déclaré M. Macron. "La France n'abandonnera jamais les Libanais et les Libanaises", a lancé le président qui a adressé ses condoléances à toutes les familles touchées par cette catastrophe. Parmi les victimes figurent au moins "une cinquantaine de Françaises et de Français", a-t-il précisé, même s'il est selon lui "trop tôt pour donner des chiffres" définitifs.  "L'urgence, c'est d'abord et avant tout l'aide", a-t-il souligné, revenant sur les différents soutiens envoyés ces dernières heures par Paris et affirmant que cette solidarité "va se poursuivre". La France a déjà envoyé un détachement de sauveteurs de la Sécurité civile ainsi que du matériel sanitaire et des équipes de soignants pour aider les services de secours libanais. M. Macron a dans ce contexte annoncé une conférence d'aide internationale pour le Liban. "Dans les tout prochains jours, nous organiserons une conférence internationale de soutien et d'appui à Beyrouth et à la population libanaise afin de mobiliser des financements internationaux, des Européens, des Américains, tous les pays de la région et au delà, afin de fournir des médicaments, des soins, de la nourriture", a-t-il déclaré. "Nous mettrons aussi en place une gouvernance claire et transparente pour que l'ensemble de cette aide (...) soit directement acheminée aux populations, aux ONG, aux équipes sur le terrain qui en ont besoin, sans qu'aucune opacité, aucun détournement ne soit possible. Les Nations unies et la Banque mondiale joueront un rôle essentiel en la matière", a-t-il précisé.

"Leur responsabilité est immense"
Lors de sa conférence de presse, M. Macron n'a pas mâché ses mots à l'égard des autorités libanaises. "C'est le temps des responsabilités aujourd'hui pour le Liban et pour ses dirigeants. Je ne peux me substituer aux responsabilités d’un gouvernement souverainement élu, d’un président souverainement élu. Leur responsabilité est immense, a-t-il martelé. C'est celle d'une refondation, d'un nouveau pacte avec les Libanais dans les prochaines semaines. Ce changement profond, c'est celui qui est attendu. Les forces politiques libanaises ont aujourd'hui une démonstration à faire : celle de leur capacité à y répondre. Je le dis avec beaucoup d'humilité et beaucoup d'exigence." "Il faut rebâtir la confiance (...) mais elle suppose une refondation d'un ordre politique nouveau où chacun, au-delà des divisions dans lesquelles il s'est réfugié, d'un confessionnalisme qui a été parfois capturé, d'un système qui a été lui aussi capturé par une corruption organisée, d'avoir la force de rebâtir une union nationale pour mener les réformes indispensables dont les Libanaises et les Libanais ont besoin", a-t-il poursuivi.

Et de lancer : "La France ne signera pas de chèques en blanc à des systèmes qui ont perdu la confiance de leur peuple". Le président français a toutefois souligné qu'il n'a pas lui-même les prérogatives de forcer ce changement, qui doit être mené par les dirigeants libanais eux-mêmes. "Ce n'est pas à moi de désigner qui est légitime et qui ne l'est pas, ce n'est pas à moi de recomposer la vie politique libanaise, a-t-il lancé. Sous sommes là pour vous soutenir, mais c’est à vous de décider pour votre pays. Ce n'est pas à un président français d'écrire votre histoire".

J'attends des réponses claires...
"J'ai été franc, direct, sincère, a souligné Emmanuel Macron, en référence aux différentes réunions qu'il a tenues avec les responsables politiques. J'attends des autorités libanaises des réponses claires sur leurs engagements. Je les en crois capables". Il a assuré qu'il ne ferait preuve d'"aucune complaisance", ni d'"aucune ingérence".  M. Macron sera de retour le 1er septembre pour marquer le centenaire de la naissance du Liban, mais aussi "faire un point d'étape" sur "l'indispensable sursaut" attendu des responsables. "Il y a des mesures à court-terme qui sont possibles et qui doivent être lancées le plus rapidement possible", a répondu le président français à une question sur la capacité des autorités libanaises à lancer des réformes d'ici le premier septembre. En 2018, Paris avait organisé une conférence d'aide pour le Liban qui avait permis de lever 11 milliards de dollars, en contrepartie de réformes. Mais ces fonds n'ont jamais été débloqués car les réformes ne se sont jamais concrétisées, dans un pays habitué aux crises politiques à répétition et aux marchandages interminables. "Les financements sont là, ils attendent les réformes", a insisté Emmanuel Macron, citant l'énergie, l'électricité, la commande publique, les douanes, la lutte contre la corruption, et réclamant le lancement rapide d'un audit des comptes du pays. Interrogé par un journaliste sur la possibilité de "sanctions" contre les dirigeants libanais en l'absence de progrès, le président français a dit : "je n'exclus rien, mais je pense qu'il faut faire les choses en bon ordre", assurant que ce n'était pas "la priorité en terme d'action".

Les ingrédients d'un véritable espoir
"Le Liban peut sembler meurtri et épuisé, mais je sais qu'il a les capacités d'un rebond. Il y avait ce matin dans la colère de la jeunesse et de la rue les ingrédients d'un véritable espoir", a-t-il ajouté, soulignant que la France serait aux côtés des Libanais "au-delà" des aides humanitaires. Il est dans ce cadre revenu sur les aides à l'éducation déjà annoncées par le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, et a annoncé d'autres aides, notamment pour faciliter les inscriptions universitaires en France pour les étudiants libanais. Il a encore assuré que la France allait assurer le respect de la liberté d'expression au Liban. "N'oubliez pas qu'il y a en Europe un peuple, le peuple français, dont le cœur bat au rythme de celui du Liban", a-t-il déclaré. Et de conclure, en arabe, "Liban, je t'aime".

La réunion à la Résidence des Pins
Fait notoire, le président français a réuni à la Résidence des Pins les représentants des principaux partis politiques, dont le Hezbollah, ainsi que des figures de la société civile, autour d'une même table. Interrogé lors de la conférence de presse sur le fait d'avoir invité le Hezbollah à cette table, il a affirmé ne pas pouvoir faire comme si le parti chiite n'était pas au pouvoir. "Ils sont là. Mais derrière eux, il y a des Libanais et Libanaises aussi. La question c'est comment on rebâtit une unité, comment sortir d'une soumission à des puissances extérieures pour retrouver une vraie souveraineté libanaise, qui ne dépend pas d'intérêts extérieurs. Ça fait partie de cette refondation", a-t-il ajouté.

Dans le Commerce du Levant

Explosion au port de Beyrouth : qui est responsable ?

Lors de cette rencontre, M. Macron a déclaré aux responsables politiques qu'ils "ne peuvent pas continuer comme ça", selon notre correspondante Hoda Chédid. Il a déclaré que la crise actuelle que traverse le pays est "trop importante pour être gérée par une seule partie politique", appelant à la mise sur pied d'un gouvernement d'union nationale prêt à mener rapidement les réformes attendues.  De son côté, le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), Gebran Bassil, a interpellé le président français, insistant sur le fait que "si le Liban s'effondre, cela risque de provoquer l'effondrement des sociétés occidentales avoisinantes". Il a encore demandé à M. Macron d'aider Beyrouth à "convaincre les puissances régionales et internationales à ne pas faire du Liban une monnaie d'échange, un dommage collatéral ou un champ de bataille". "Nous avons fait des erreurs dans notre gestion du pays en raison d'un manque de vision partagée, mais nous ne pouvons plus rester inactifs", a encore souligné M. Bassil.

A sa sortie de la réunion, le chef des Marada, Sleiman Frangié, a souligné que M. Macron avait appelé les responsables au Liban à travailler autrement. Samy Gemayel, président des Kataëb, a pour sa part estimé que le président français "voit les choses comme elles le sont réellement". Le leader druze Walid Joumblatt a, lui, souligné qu'Emmanuel Macron "a affirmé que c'est aux Libanais de résoudre la crise économique, avant de commencer à débattre du sexe des anges". Samir Geagea, chef des Forces libanaises, a pour sa part estimé que "le fait que Macron abandonne tous les problèmes français pour venir au Liban est très important".

De son côté, l'éditrice Hind Darwiche, qui faisait partie des personnalités représentant la société civile à la Résidence des Pins, a rapporté que le président Macron avait apporté son soutien à la société civile et à ses revendications, soulignant toutefois que tout changement de régime devait entrer dans un cadre constitutionnel, notamment via l'organisation d'élections législatives.

Avant ses réunions à l'ambassade, M. Macron a rencontré au palais présidentiel le chef de l'Etat, Michel Aoun, le président du Parlement, Nabih Berry, et le Premier ministre, Hassane Diab. Le chef de l'Etat français s'était aussi rendu sur les lieux de l’explosion, puis effectué une tournée impromptue dans les quartiers sinistrés de Gemmayzé et Mar Mikhaël, où il a été accueilli par une foule de Libanais qui l'ont exhorté à évincer les dirigeants au pouvoir et à ne fournir aucune aide directement aux autorités.


En visite à Beyrouth après des explosions qui ont dévasté des quartiers entiers de la capitale, le président français, Emmanuel Macron, a réclamé jeudi une enquête internationale sur ce drame et appelé à un "profond changement" de la part des dirigeants libanais, accusés d'incompétence et de corruption par une population en colère. Il a en outre annoncé son retour à Beyrouth...

commentaires (5)

Suite LE RÔLE DE LA DÉFENSE DU LIBAN REVIENDRAIT À QUI DE DROIT QUI N’EST AUTRE QUE L’ARMÉE NATIONALE COMME DANS TOUS LES PAYS CIVILISÉS ET À PERSONNE D’AUTRE ET LA DÉCISION DE GUERRE OU DE PAIX AU SEUL ÉTAT SOUVERAIN QUI AURAIT SIGNÉ UN PACTE DE DISTANCIATION ET DE NEUTRALITÉ DU LIBAN VIS À VIS DU RESTE DU MONDE. NOUS NE POUVONS PAS SERVIR DE BASE MILITAIRE AU SERVICE DES AUTRES PAYS,EN GUERRE ALORS QUE NOTRE PAYS CROULE SOUS LES DETTES ET LA PAUVRETÉ.

Sissi zayyat

13 h 32, le 07 août 2020

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Commentaires (5)

  • Suite LE RÔLE DE LA DÉFENSE DU LIBAN REVIENDRAIT À QUI DE DROIT QUI N’EST AUTRE QUE L’ARMÉE NATIONALE COMME DANS TOUS LES PAYS CIVILISÉS ET À PERSONNE D’AUTRE ET LA DÉCISION DE GUERRE OU DE PAIX AU SEUL ÉTAT SOUVERAIN QUI AURAIT SIGNÉ UN PACTE DE DISTANCIATION ET DE NEUTRALITÉ DU LIBAN VIS À VIS DU RESTE DU MONDE. NOUS NE POUVONS PAS SERVIR DE BASE MILITAIRE AU SERVICE DES AUTRES PAYS,EN GUERRE ALORS QUE NOTRE PAYS CROULE SOUS LES DETTES ET LA PAUVRETÉ.

    Sissi zayyat

    13 h 32, le 07 août 2020

  • TOUS LES PAYS QUI ONT LA VOLONTÉ D’AIDER NOTRE PAYS DOIVENT SE CONCENTER SUR UNE SEULE ET UNIQUE EXIGENCE QUI EST LE DÉSARMENT DE HB. LES NATIONS UNIES DEVRAIENT OBLIGER CE PARTI À RESPECTER LA CONSTITUTION LIBANAISE QUI EXIGE LE,DÉSARMENT DE TOUS LES PARTIS ET MILICES SANS CONDITIONS. TOUT LE RESTE COULERA DE SOURCE. LES LIBANAIS SERAIENT LIBRES DE CHOISIR LEURS REPRÉSENTANTS SANS PRESSION OU MENACE CAR ILS SAURONT QUE LA SEULE AUTORITÉ A QUI ILS POURRAIENT DEMANDER LEURS DÛS SERAIT L’ÉTAT REPRÉSENTÉ PAR LES PERSONNES POUR QUI ILS ONT VOTÉ POUR LEURS QUALITÉS ET NON POUR LES FAVEURS ACCORDÉES PAR UN ZAIM APRÈS LES AVOIR DÉPOUILLÉS. .

    Sissi zayyat

    13 h 25, le 07 août 2020

  • A une réserve près, tout le discours tenu par Macron, quels que soient ses interlocuteurs, est excellent et devrait être source d'espoir. Ce qui tempère cet optimisme, c'est qu'on connaît nos dirigeants, et que l'on connaît aussi le personnage, qu'il est difficile de montrer comme un modèle de bonne gouvernance. Ma réserve porte sur le gouvernement "d'union nationale". Peut-être l'expression a-t-elle, pour Macron, une autre signification, mais on sait ce que cela veut dire chez nous: un rassemblement hétéroclite de représentants de tous les partis dont le seul but est d'obtenir sa part de gâteau. Il fallait dire: "gouvernement de salut public".

    Yves Prevost

    07 h 31, le 07 août 2020

  • ESPERONS QUE DE LA VISITE DU PRESIDENT MACRON SE LEVERA UNE NOUVELLE AURORE SUR LE LIBAN. ENCORE FAUT-IL QUE TOUS NOS ABRUTIS SE DESABRUTISSENT ET DEGAGENT LA PLACE POUR DU NOUVEAU SANG.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 48, le 06 août 2020

  • La montagne accouchera d’une souris, incha Allah que je me trompe...

    EL RIZ Mohamed

    20 h 35, le 06 août 2020