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Incident

Tollé après l’agression d'un médecin par deux militaires dans un hôpital de Tripoli

Les soldats voulaient interroger un patient soigné par l’urgentiste alors que ce dernier devait d’abord lui assurer les premiers soins.

Capture d’écran d’une vidéo prise par les caméras de surveillance de l’hôpital montrant l’agression contre un médecin par des militaires, le 19 mai 2020.

L’agression par deux militaires contre un médecin qui tentait de les empêcher d’interroger un patient à l’hôpital Dar al-Chifa’ à Tripoli a suscité un tollé sur les réseaux sociaux hier, surtout qu’une vidéo de l’incident a fait le tour du web. L’armée libanaise a annoncé avoir mis en détention les deux militaires qui ont agressé le médecin urgentiste, Lou’aï Chalabi, et a fait savoir qu’une enquête avait été ouverte concernant cet incident. Selon une source de l’hôpital ayant requis l’anonymat, les militaires souhaitaient interroger un homme qui venait d’être admis alors que l’urgentiste voulait d’abord lui assurer les premiers soins. Le patient, qui souffrait d’une blessure par balle reçue suite à une dispute à caractère individuel à Tripoli, se trouvait dans un état critique. Sur la vidéo, on peut voir l’altercation opposant un groupe de soldats et le médecin qui se fait ensuite pousser et frapper à plusieurs reprises par deux des militaires présents sur les lieux. Toujours selon la même source, le traitement du patient aurait duré une dizaine de minutes, mais les militaires insistaient à l’interroger sur-le-champ. « Comment comptaient-ils l’interroger et mener à bout leur enquête alors qu’il perdait conscience à plusieurs reprises ? » déplore la source.

Joint au téléphone par L’Orient-Le Jour, le responsable des relations publiques de l’hôpital, Mohammad Zaïlaa, révèle qu’une première dispute avait eu lieu entre des officiers du service de renseignements de l’armée et le médecin, avant que des militaires n’interviennent pour calmer la tension. « Malheureusement, au lieu de trouver une solution à la dispute, les deux militaires ont agressé l’urgentiste », ajoute M. Zaïlaa. Une réunion devait se tenir hier soir entre le médecin, le responsable du service de renseignements du Liban-Nord, le président de l’ordre des médecins de Tripoli et l’administration de l’hôpital « pour rétablir la dignité du médecin », conclut M. Zaïlaa. De son côté, l’administration de l’hôpital Dar al-Chifa’ a souligné qu’une personne avait été admise aux urgences de l’établissement dans la soirée de mardi, après une dispute à caractère individuel. « Les forces de sécurité sont ensuite arrivées sur les lieux et un militaire a frappé un médecin urgentiste », ajoute l’hôpital qui condamne l’agression. L’établissement a encore souligné ne pas être à l’origine de la fuite de la vidéo, prise au moyen d’une caméra de sécurité. Interrogé par L’Orient-Le Jour, le médecin n’a pas souhaité s’exprimer.

« Une attaque odieuse »

Dans un communiqué publié hier, l’armée a annoncé avoir pris immédiatement des mesures à l’égard des deux soldats impliqués et les avoir placés en détention. « Ce qui s’est passé est une réaction individuelle de ces militaires et ne représente en aucun cas les principes et l’éthique de l’armée », a ajouté l’institution. Réagissant à cet incident, la ministre de la Défense, Zeina Acar, a réclamé des sanctions à l’encontre des agresseurs. « Nous ne pouvons accepter que l’on s’en prenne à la dignité des citoyens, alors que dire d’une attaque contre la dignité d’un médecin dans l’exercice de ses fonctions dans un hôpital ? » a écrit la ministre sur Twitter. « J’ai demandé que les mesures disciplinaires adéquates soient prises afin de protéger la dignité du médecin et de l’hôpital, et que ce genre d’incident ne se répète plus, quelles que soient les circonstances », a-t-elle ajouté.

Pour sa part, l’ordre des médecins a condamné une « attaque odieuse », appelant le commandement de l’armée à prendre les mesures disciplinaires les plus sévères contre les agresseurs et à s’assurer que ce genre d’attaque ne se reproduise plus. Selon l’ordre des médecins, l’incident est d’autant plus grave qu’il a eu lieu alors que le médecin remplissait son devoir à l’égard du patient et que les agresseurs font partie d’une institution officielle censée protéger les citoyens et veiller au respect de la loi. « Nous demandons à la justice militaire de poursuivre les personnes impliquées et de leur imposer de sévères sanctions », a encore réclamé l’ordre à l’issue d’une réunion urgente consacrée à cette affaire.

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Par ailleurs, un autre incident s’est produit hier à Nabatiyé, où un patient et sa famille ont agressé des médecins et des infirmières à l’hôpital du Secours populaire, selon l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). Le patient, qui se plaignait d’un mal de dos, voulait entrer aux urgences par une porte condamnée dans le cadre des mesures de précaution pour limiter la propagation du coronavirus. Ses proches s’en sont pris aux médecins et aux infirmières qui ont voulu les empêcher d’emprunter cette entrée, les agressant et endommageant du matériel.



L’agression par deux militaires contre un médecin qui tentait de les empêcher d’interroger un patient à l’hôpital Dar al-Chifa’ à Tripoli a suscité un tollé sur les réseaux sociaux hier, surtout qu’une vidéo de l’incident a fait le tour du web. L’armée libanaise a annoncé avoir mis en détention les deux militaires qui ont agressé le médecin urgentiste, Lou’aï...

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