Témoignages

« Les mesures, au Liban, sont dignes d’un pays occidental »

Les arrivants rendent hommage aux autorités pour leur gestion du processus de rapatriement, dans un contexte sanitaire inédit.

Aline Deriane, à l’aéroport Charles de Gaulle.

Rentrer au pays. En ce temps de coronavirus, c’est le vœu cher de nombreux Libanais installés à l’étranger ou s’y trouvant pour un séjour ponctuel. Le processus de rapatriement organisé par le gouvernement et entamé dimanche a déjà bénéficié à plusieurs centaines de personnes en provenance du Golfe, d’Afrique et d’Europe. Parmi ces privilégiés, Walid Farah, qui vivait à Lagos, et Amer Ejjeh qui s’était rendu à Abou Dhabi pour un voyage d’affaires quelques jours avant la fermeture de l’aéroport. Ils racontent chacun pour L’Orient-Le Jour les détails de leur voyage, du départ à l’arrivée, rendant un vibrant hommage aux autorités pour l’excellente prise en charge de leur périple dans ce contexte sanitaire inédit.

« Les mesures aménagées pour préserver la santé des voyageurs et la santé publique étaient dignes d’un pays occidental », schématise Walid Farah, installé depuis 15 ans au Nigeria où il travaille dans la restauration rapide.

Dès l’embarquement dans l’avion, des agents de la Sûreté générale (SG), des fonctionnaires du ministère de la Santé et le personnel de la MEA, tous équipés de vêtements de protection couvrant la tête, le visage et le corps, s’activent pour mesurer la température des passagers, leur verser du gel hydro-alcoolique dans les mains, et leur distribuer masques et gants, raconte M. Farah. Le tout, avec « une courtoisie exemplaire », précise-t-il, soulignant que les passagers ont été installés dans des sièges intercalés de sièges vides pour respecter les distances de sécurité. Ce qui expliquerait les prix exorbitants des tickets de retour : 1 800 dollars en classe économique, et 3 900 dollars en classe affaires, alors qu’en temps normal le prix d’un billet aller-retour en économie est de 700 dollars, et celui en classe affaires de 2 500 dollars.



(Lire aussi : Le consulat du Liban à New York met en place un mécanisme pour faciliter le rapatriement)


Vert et jaune
À l’arrivée, les mesures de précaution sont drastiques. Nouvelle prise de température, aseptisation des voyageurs et de leurs bagages et tests de détection du coronavirus. Chaque voyageur reçoit un bracelet de couleur différente à porter au poignet. Vert pour qui n’a pas d’antécédent médical et jaune pour qui souffre de maladies chroniques. Walid Farah est dans cette catégorie, ayant subi une angioplastie de l’artère coronaire. C’est d’ailleurs « grâce » à son état de santé qu’il a été prioritaire pour le retour. Les autres avantagés sont les femmes enceintes, les familles avec enfants… M. Farah salue à cet égard le consulat du Liban à Lagos qui a prêté assistance aux Libanais désireux de rentrer.

Toujours à l’arrivée, les rapatriés remplissent auprès de la SG et du ministère de la Santé des formulaires dans lesquels ils communiquent leurs coordonnées et s’engagent à s’isoler pendant 14 jours. Par groupes de neuf, ils sont emmenés dans de grands bus à l’hôtel Lancaster à Raouché, où ils resteront confinés jusqu’au lendemain dans l’attente des résultats des tests, qui se sont avérés tous négatifs. Walid Farah n’en revient pas de « la formidable coordination » entre les différents organismes administratifs, racontant qu’une fois son résultat connu, il a été contacté par la municipalité de Jounieh, qui lui a envoyé à l’hôtel deux voitures pour l’accompagner à son domicile situé à Kaslik.


(Lire aussi : « Le Covid-19 est effrayant parce que imprévisible » : Intissar Sleiman, médecin libanaise au cœur de l’enfer lombard)


Hôtel et carte de crédit
Amer Ejjeh, rentré dimanche d’Abou Dhabi, apprécie lui aussi les services de l’État dans le cadre du rapatriement. Ce jeune père divorcé, qui travaille dans le secteur de l’habillement, était arrivé dans la capitale des Émirats arabes unis pour un séjour d’affaires, peu de temps avant que le gouvernement ne décide de la fermeture de l’aéroport, le 18 mars. Comme la réouverture était prévue le 29 du même mois, il réserve une place de retour pour le 30, avant de savoir que cette réouverture est annulée. Sa petite fille est traumatisée, pensant qu’elle ne verra plus jamais son père. Sa carte de crédit a atteint la limite de retrait et il ne peut plus payer l’hôtel, ce qui le force à se réfugier chez un ami. Il sollicite alors l’ambassadeur du Liban aux EAU, Fouad Dandan, qu’il décrit comme un homme « serviable et disponible, répondant à toutes les demandes ». Le diplomate s’est même rendu dimanche à l’aéroport d’Abou Dhabi pour s’enquérir personnellement de chacun des Libanais en partance, affirme M. Ejjeh. Dans l’avion, les membres de l’équipe du ministère de la Santé sont vigilants. Ils font ainsi rasseoir plusieurs passagers indisciplinés qui ont violé les consignes de distanciation en accourant à la porte de sortie aussitôt l’avion atterri. L’accueil au sol est des plus attentifs. Les voyageurs sont rassemblés par groupes de six pour mesurer leur température, se faire aseptiser, remplir les formulaires de coordonnées et d’engagement au confinement, être testés et retirer les bagages du tapis roulant.


(Lire aussi : Le choix des hôtels pour la quarantaine des rapatriés libanais fait grincer des dents)


Humble et aimable
De retour de Paris hier, Aline Deriane, militante du mouvement du 17 octobre, rend hommage aux responsables, notamment au ministre de la Santé Hamad Hassan, qu’elle qualifie d’« humble et aimable ». L’apercevant dans le hall de l’aéroport, elle lui fait part de l’interdiction faite à sa sœur de garer sa voiture près de la porte de sortie, alors que celle-ci avait obtenu une dérogation du ministère pour la transporter elle-même à l’hôtel. C’est qu’opérée de la hanche dans la capitale française, Aline Deriane est sur chaise roulante. Voyant la convalescente dans cet état, M. Hamad donne ses instructions pour que sa sœur puisse venir l’assister. Mme Deriane rend aussi hommage à l’équipe de l’ambassade du Liban, qui l’a « épaulée et soutenue ». « Seule ombre au tableau dans le processus de rapatriement : la MEA a exigé l’achat des tickets de voyage à Paris plutôt qu’à Beyrouth », déplore-t-elle, exprimant toutefois son bonheur d’être rentrée. « Je vis un rêve, d’autant que je ne croyais pas revenir de sitôt », confie-t-elle.



Lire aussi
Rapatriement des expatriés : la MEA annonce douze vols pour les 9, 11 et 13 avril

Coronavirus : un nouveau groupe d'expatriés libanais de retour à Beyrouth


Rentrer au pays. En ce temps de coronavirus, c’est le vœu cher de nombreux Libanais installés à l’étranger ou s’y trouvant pour un séjour ponctuel. Le processus de rapatriement organisé par le gouvernement et entamé dimanche a déjà bénéficié à plusieurs centaines de personnes en provenance du Golfe, d’Afrique et d’Europe. Parmi ces privilégiés, Walid Farah, qui vivait...

commentaires (8)

Ils font leur boulot, ni plus ni moins. Ca nous change de leurs prédécesseurs ! Bon débarras, et pour longtemps, lonnnnngtemps.

Fifi Brindassier

16 h 27, le 09 avril 2020

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Ils font leur boulot, ni plus ni moins. Ca nous change de leurs prédécesseurs ! Bon débarras, et pour longtemps, lonnnnngtemps.

    Fifi Brindassier

    16 h 27, le 09 avril 2020

  • Pour l'amour du ciel je vous en conjure , ne prenez plus les pays occidentaux comme référence, on les voit comment ils agissent déjà entre eux , débarrassez vous de ce complexe conditionné , sortez la tête du gaz, regardez plutôt du côté des asiatiques , le monde a glissé sous nos pieds, on a des clown et des pervers qui gouvernent de ce côté du monde . Le Liban et les libanais viennent d'être déclarés comme étant des médecins fiables sur qui le monde peut compter comme vient de le déclarer le porte parole de l'U.E , même lui le dit .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 37, le 08 avril 2020

  • Cette bonne gestion de la crise sanitaire et du rapatriement est le résultat de la révolution du 17 octobre qui exige un gouvernement d'ordre et de loi. Le peuple qui communique intensément depuis la révolution et du coup s'est auto-confiné, a fait passer le message clair et net "gerez cette crise!". Et en ce qui concerne le titre de l'article, il faut arrêter de se comparer aux Occidentaux, qui ont très mal geré. Ce sont les pays d'extreme orient et surtout la Corée du sud qui a été exemplaire, sans confinement et sans atteinte a son économie. Beaucoup d'espoir pour le liban, hate de revoir la revolution dans la rue de nouveau.

    Marie-joe Ayoub

    12 h 02, le 08 avril 2020

  • Faudrait leurs poser ces mêmes questions après avoir passer au moins 10 jours au Liban... leurs réponses seront sans doute différentes sinon opposées...

    Nadine Naccache

    10 h 16, le 08 avril 2020

  • LES AUTORITES PRENNENT DES MESURES MAIS ELLES NE SONT PAS BIEN APPLIQUEES PAR LA POPULATION DONT DES ELEMENTS SORTENT ENCORE EN MANIFESTATIONS DANS PLUSIEURS VILLES DU PAYS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 09, le 08 avril 2020

  • Priere nous avons vu les pays occidentaux Durant cette pandémie et Durant les manifestations qui se sont succédées durant les dernières années . ceci dit priere , plus besoin de se les donner comme exemple Ou référence . Un semblant de démocratie et de souci des citoyens . Pas meilleur que d'autres gouvernements autoritaires .

    Lecteurs OLJ

    07 h 19, le 08 avril 2020

  • Un grand bravo au Ministre de la Santé et à tous ceux qui ont participé à l'Organisation du retour des libanais retenus à l'étranger. Cela montre bien que lorsqu'il y a de la bonne volonté, nos gouvernants sont capables de grandes réalisations. Espérons que les autres ministres, chacun dans son Département, feront l'effort de gérer les dossiers qui les concernent avec le même esprit d'abnégation, avec compétence et honnêteté. Il suffit que chacun y mette du sien et jouisse de ces qualités pour que les choses commencent à aller beaucoup mieux au Liban.

    Georges Airut

    02 h 05, le 08 avril 2020

  • Chapeau bas à notre bon gouvernement Diab , qui travaille inlassablement pour le bien des citoyen , quoiqu'en en disent les pseudo-révolutionnaires aveuglés . Jamais au grand jamais les circonstances n'ont été aussi difficiles et le travail aussi ardu , et en plus de cela nous voyons des éberlués vouloir mettre à tout prix des bâtons dans les roues à ce pauvre gouvernement honnête et travailleur !

    Chucri Abboud

    00 h 15, le 08 avril 2020