Liban

Derrière le gouvernement, l’ombre de Berry...

Décryptage
27/03/2020

Depuis la formation du gouvernement, dans les circonstances complexes que l’on connaît, le président du Conseil est rarement apparu souriant et détendu. Il est vrai que les problèmes n’ont cessé de se succéder, depuis la crise économique et la pénurie de dollars jusqu’à l’épidémie de coronavirus. Les Libanais ont donc été surpris de le voir tout sourire en compagnie du président de la Chambre Nabih Berry, mercredi à Aïn el-Tiné, d’autant qu’entre les deux hommes et ce qu’ils représentent, les dossiers conflictuels sont nombreux.

Selon une source gouvernementale, les sourires captés par les caméras des chaînes de télévision étaient surtout dus à l’humour du président de la Chambre, passé maître dans l’art de détendre les atmosphères les plus crispées. Mais cela ne signifie nullement que l’entretien était aisé.

En effet, depuis l’entrée en fonctions du gouvernement, les dossiers lourds n’ont cessé de s’accumuler sur la table du Conseil des ministres. Il y a eu ainsi la crise des eurobonds, l’attitude envers le Fonds monétaire international, le projet de loi sur le contrôle des capitaux, les mesures à prendre pour lutter contre le coronavirus – notamment la polémique autour de l’état d’urgence – et, enfin, les nominations qu’elles soient judiciaires ou financières.

Tous ces dossiers provoquaient le plus souvent des débats, voire des conflits, au sein du Conseil des ministres, selon le scénario habituel des affinités politiques des ministres. Il y avait donc, d’un côté, ceux qui étaient proches du mouvement de protestation populaire et, de l’autre, ceux qui avaient été plus ou moins adoubés par les parties politiques.

Quand les conflits impliquaient le Hezbollah, il était plus ou moins facile de les régler, car ce parti a depuis le début décidé d’appuyer le gouvernement et de lui faciliter la tâche. Concernant par exemple le recours ou non au FMI, le parti chiite a commencé par y être hostile, puis par la voix de son secrétaire général Hassan Nasrallah, il a expliqué qu’il n’est pas contre le recours au FMI dans l’absolu, mais contre les solutions imposées qui ne tiennent pas compte des réalités libanaises et cherchent à poser des conditions qui mettent en cause l’indépendance et la souveraineté du pays.

Mais les conflits les plus difficiles à gérer – qui suscitaient des divisions au sein du gouvernement que les ministres s’employaient à maintenir discrètes – cachaient mal l’ombre du président de la Chambre Nabih Berry. Ce dernier a depuis le début cherché à imposer son autorité sur le gouvernement, comme il le faisait dans le passé. Il a même été le seul chef de file politique à nommer un ministre membre de son parti, le ministre Abbas Mortada, chargé des portefeuilles de l’Agriculture et de la Culture, même si son appartenance au mouvement Amal n’a pas été officiellement confirmée. À ceux qui lui ont demandé la raison de son choix, Nabih Berry aurait répondu qu’il voulait montrer que sa position de réclamer un gouvernement techno-politique était la bonne. Aujourd’hui, ce débat semble complètement dépassé, tant la priorité des Libanais est de surmonter l’épidémie de coronavirus et la crise économique qui s’aggrave considérablement avec les mesures de confinement.

Malgré tout, les tensions demeurent grandes au sein du Conseil des ministres et en particulier avec le président de la Chambre, qui continue d’y exercer une grande influence. Une source gouvernementale précise à cet égard que pour Nabih Berry et les autres partis politiques, c’est surtout la personne du président du Conseil qui pose problème, sachant qu’il ne vient pas du monde de la politique et n’est nullement habitué aux pratiques qui y sont en vigueur, notamment les bras de fer sur le partage des parts. C’est le problème qui s’est posé notamment dans le cadre des nominations financières au niveau de la désignation des nouveaux vice-gouverneurs de la Banque du Liban. Nabih Berry et derrière lui Walid Joumblatt (les deux chefs de file faisant souvent cause commune dans certains dossiers internes) ont posé des conditions que le président du Conseil a essayé de transgresser. Hassane Diab voulait ainsi qu’il y ait un changement total à ce niveau et, par conséquent, qu’il n’y ait de prorogation de mandat pour personne. Immédiatement le président de la Chambre a adopté la position inverse, ainsi que le chef druze. Hassane Diab a donc décidé de retirer ce dossier pour un surplus de contacts. Il a réclamé que les CV lui soient envoyés et, en principe, la question devrait de nouveau être examinée la semaine prochaine. Même chose au sujet du projet de loi sur le « Capital Control », présenté par le ministre des Finances Ghazi Wazni, qui a été lui aussi retiré des débats (souvent animés) pour un surplus de contacts.

Entre-temps, Nabih Berry a mis la pression sur le Premier ministre en disant, dans une déclaration à la presse, qu’il ne comprenait pas pourquoi le gouvernement ne décrète pas l’état d’urgence, sachant qu’une telle décision équivaut à donner les pouvoirs exécutifs à l’armée. Ce qui risque de provoquer une campagne contre le président du Conseil, qui serait ainsi accusé de renoncer aux prérogatives de la communauté sunnite au profit du commandant en chef de l’armée. Ce n’est d’ailleurs qu’un des aspects de la campagne politique que pourrait susciter une telle décision, qui a en outre besoin de l’approbation du Parlement... En parfait connaisseur des rouages politiques et constitutionnels, le président de la Chambre connaît bien les obstacles qui pourraient entraver une telle décision. Mais l’objectif de sa décision était de « titiller » le président du Conseil. Ce dernier a d’ailleurs compris le message et il s’est rendu mercredi à Aïn el-Tiné. Le premier résultat de cet entretien a été la tenue sans problème d’un Conseil des ministres hier et une déclaration dans laquelle il a affirmé que le gouvernement a accompli un pas positif... Au Liban, les voies du changement restent tortueuses et doivent souvent se plier à des détours !

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Bery tus

Mais est ce que c’est l’Etat d’urgence qui fait en sorte que c’est l’armée qui détient les pouvoirs exécutifs .... ou LA LOI MARTIAL ?!?!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L.EMINENCE GRISE !

Sissi zayyat

La question du couvre feu au Liban soulève beaucoup de questionnement.
Le HB a peur de se retrouver écarté du contrôle du pays si l’armée se déploie partout y compris et surtout sur les frontières et qu’à la fin du confinement le HB aurait du mal à leur demander de rétrocéder le contrôle du pays dans tous ces recoins y compris les frontières chères à HN.
Autrement ils auraient opté depuis très longtemps au couvre-feu.
Hémiha Haramiha.
Ils décident en fonction de leurs projets futurs en privilégiant le pillage à venir.

Dounia Mansour Abdelnour

Compromis et compromissions restent l’apanage de ces gouvernements corrompus et incompétents! Malheur à qui tenterait de se rebeller contre l’association de malfaiteurs dirigeante depuis trois décennies ! Nous l’avons compris!

Wlek Sanferlou

Really? Le Liban a donc atteint un niveau si bas que l'on se retrouve à se raconter des romans photos de ce que ces politiciens se magouillent alors que le pays sombre dans un, plutôt des, désastre sous le regard satisfait du grand frérot iranien.

Effectivement il nouS manquait bien un décryptage pour savoir dans quel enfer s'engouffrer!

Allah yisseid kél lébnéné!!

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